La face cachée des extensions de tresse, souvent étiquetées comme « non toxique » ou « sans toxines » semble finalement se dévoiler. Du plomb et des dizaines d’autres produits chimiques dangereux, dont des organoétains, des pesticides, des phtalates, des époxydes, et du dichlorométhanes, ont été identifiés dans des extensions capillaires. C’est ce qu’ont révélé des études publiées en février dernier par Consumer Reports et Silent Spring Institute, portant respectivement sur 29 marques et 44 échantillons d’extensions capillaires synthétiques et naturelles. Selon Consumer Reports, Gyal et Rebundle figurent parmi les marques testées lors de la série d’analyses.
À en croire la CNN, les études n’ont pas clairement précisé si ces extensions capillaires sont dangereuses ou susceptibles de provoquer des maladies. Toutefois, certaines de ces substances, détectées dans 41 des échantillons analysés, sont associées à de sérieuses pathologies, dont le cancer, la malformation congénitale, des perturbations hormonales et des troubles de la reproduction. Par ailleurs, plus de 80 % des échantillons contiennent des substances spécifiquement liées au cancer du sein. Des études antérieures avaient déjà signalé la présence de substances carcinogènes dans plusieurs autres produits cosmétiques : permanente, gels, colle, huile de brillance, spray démêlant, perruque, rouge à lèvres, eyeliner, ombres à paupières, fond de teint, etc.
L’un des effets secondaires les plus fréquents chez des femmes portant des extensions capillaires est l’irritation de la peau et du cuir chevelu. Cette réaction allergique serait due aux substances organostanniques présentes dans les extensions de tresse. Certaines femmes ont ressenti cette irritation de façon particulièrement douloureuse. Hennii Dorsey, copropriétaire d’un salon de beauté américain, a elle-même confié à la CNN qu’« après avoir tressé ses cheveux avec des extensions, sa tête semblait couverte de fourmis rouges, comme si elles la mordaient tout le cuir chevelu ». « Quand j'ai regardé mon cuir chevelu, j'ai remarqué qu'il était rouge, comme s'il brûlait », a-t-elle déclaré. « J'ai dû le raser, c'est à quel point la brûlure était grave. »
Si le port d’extensions de tresse constitue une expression culturelle forte, cette pratique répond également à des raisons personnelles variées. « Ces "styles protecteurs" sont portés toute l'année pour protéger et entretenir des cheveux naturels », rapporte la CNN à propos de nombreuses femmes noires. « Il s'agit d'une folie avant les vacances, un moyen facile de protéger ses boucles de la dureté de l'eau salée de l'océan ou d'une piscine remplie de chlore. »
Selon les dernières études, les extensions capillaires sont plus largement portées par des femmes noires, avec une vulnérabilité particulièrement accrue chez les tresseuses amatrices et professionnelles exposées quotidiennement à ces produits dans l'exercice de leur métier. « Plus de 70 % des femmes noires déclarent avoir porté des extensions de cheveux au moins une fois au cours de la dernière année, contre moins de 10 % des femmes d'autres groupes raciaux et ethniques. » Les femmes noires auraient dépensé environ 8 milliards de dollars par an dans des produits de beauté et 70 milliards dans des produits capillaires. D’ici 2028, les extensions capillaires, à elles seules, devraient générer 14 milliards de dollars de revenus à l’industrie cosmétique mondiale, dont la Chine et l’Inde dominent la chaîne de production et d’exportation, alors que les Etats-Unis d’Amérique constituent l’un des premiers marchés importateurs.
Michel Dénéus,
Etudiant master en information-communication,
Université de Montpellier Paul-Valéry.
