Par Emerson Vilbrun
De Jacmel à Ottawa, le parcours de Nelson Jean-François illustre la trajectoire d’un professionnel haïtien dont l’expertise et l’engagement ont franchi les frontières. Économiste de formation et spécialiste en suivi, évaluation et apprentissage des politiques publiques, il vient de recevoir le Prix Karl Boudreault, une distinction décernée au Canada dans le domaine de l’évaluation des programmes et des politiques publiques. Cette reconnaissance met en lumière un itinéraire académique et professionnel qui relie Haïti, l’Europe et l’Amérique du Nord.
Originaire du Sud-Est d’Haïti, Nelson Jean-François s’est construit une carrière entre recherche, enseignement et accompagnement des institutions dans l’amélioration de leurs programmes et de leurs politiques. Lauréat du Prix Karl Boudreault, il voit dans cette distinction non seulement la reconnaissance d’un travail accompli au fil des années, mais aussi un symbole de la contribution des immigrants dans les sociétés où ils évoluent.
Né et grandi à Jacmel, Nelson Jean-François effectue ses études secondaires au Lycée Pinchinat, l’une des institutions éducatives emblématiques de la ville. Très tôt, il développe un intérêt pour les questions économiques et sociales qui influencent le développement des communautés.
« J’ai grandi à Jacmel où j’ai effectué mes études secondaires au Lycée Pinchinat. Très tôt, je me suis intéressé aux questions économiques et sociales qui influencent le développement des communautés », explique-t-il.
Animé par cette curiosité intellectuelle, il entreprend des études en économie à la Faculté de droit et des sciences économiques de l’Université d’État d’Haïti. Désireux d’approfondir ses connaissances, il poursuit ensuite son parcours académique en France, à l’Université Lumière Lyon 2, où il obtient une maîtrise en entrepreneuriat social.
Cette formation internationale lui permet d’élargir sa compréhension des dynamiques économiques et des modèles de développement.
Au fil de sa carrière, Nelson Jean-François collabore avec plusieurs organisations internationales et ONG de premier plan, notamment CARE, la Croix-Rouge canadienne, Save the Children et Handicap International.
Ces expériences lui permettent de travailler sur différents projets de développement et de renforcer son expertise dans l’évaluation des programmes.
Parallèlement à ses activités professionnelles, il s’engage dans l’enseignement universitaire en Haïti. Il intervient dans plusieurs institutions, dont le Centre de techniques de planification et d’économie appliquée (CTPEA), l’IHECE, l’Université Notre-Dame d’Haïti à Jacmel et l’Université publique du Sud-Est à Jacmel (UPSEJ).
Son engagement se manifeste également dans la vie communautaire. Il a notamment été membre du Conseil d’administration de la Caisse populaire Espoir de Jacmel, une institution coopérative importante pour le développement économique local.
En mai 2018, Nelson Jean-François s’installe au Canada dans le cadre du programme des travailleurs qualifiés. Pour lui, cette étape représente à la fois une opportunité professionnelle et un élargissement de ses horizons.
« Ma décision était motivée par le désir d’élargir mes horizons professionnels, de découvrir de nouvelles approches dans mon domaine et de continuer à apprendre dans un environnement international », confie-t-il.
Cependant, comme pour de nombreux immigrants, l’intégration professionnelle demande du temps et de la persévérance.
« L’un des défis est de reconstruire progressivement son réseau professionnel et de faire reconnaître son expérience dans un nouveau contexte », souligne-t-il.
Une reconnaissance prestigieuse
La reconnaissance de son travail prend une dimension particulière lorsqu’il apprend qu’il est le lauréat du Prix Karl Boudreault, décerné par la Société canadienne d’évaluation – Section de la Capitale nationale.
La nouvelle lui est annoncée par courriel.
« Ce fut un moment à la fois inattendu et profondément touchant », raconte-t-il.
Pour Nelson Jean-François, cette distinction dépasse la dimension personnelle.
« Ce prix représente une reconnaissance du travail accompli au fil des années dans le domaine de l’évaluation. Mais au-delà de la dimension personnelle, je le vois aussi comme un symbole de ce que les immigrants peuvent apporter aux sociétés dans lesquelles ils vivent ».
Aujourd’hui installé au Canada, Nelson Jean-François travaille dans la fonction publique fédérale, tout en dirigeant NelsonJF Consulting, un cabinet spécialisé dans le suivi et l’évaluation des programmes publics.
À travers ses activités, il accompagne des organisations dans la mise en place de systèmes d’évaluation permettant de mieux mesurer l’impact de leurs interventions et d’améliorer l’efficacité des politiques publiques.
« Je souhaite contribuer à renforcer les capacités des organisations et des institutions afin qu’elles puissent mieux comprendre l’impact de leurs actions et améliorer leurs interventions », explique-t-il.
Son parcours entre Haïti, l’Europe et le Canada influence profondément sa vision professionnelle.
« Mon parcours m’a appris l’importance de l’apprentissage continu et du partage des connaissances », affirme-t-il.
Un message à la jeunesse haïtienne
À la jeunesse haïtienne et aux immigrants qui cherchent leur place dans les institutions, Nelson Jean-François adresse un message empreint d’espoir et de confiance.
« Je voudrais leur dire que leur parcours et leurs compétences ont de la valeur. L’intégration peut parfois prendre du temps, mais il est important de continuer à avancer et à croire en sa capacité de contribuer. »
Aux jeunes Haïtiens qui rêvent de réussir à l’étranger, il conseille de rester attachés à leurs valeurs et de travailler avec détermination.
Selon lui, les clés d’un tel parcours restent simples : la persévérance, l’humilité, le travail et la volonté constante d’apprendre.
Le parcours de Nelson Jean-François rappelle que la diaspora haïtienne continue de porter haut les valeurs de travail, de savoir et d’engagement dans les sociétés où elle s’inscrit. De Jacmel à Ottawa, son itinéraire témoigne d’une conviction simple : l’apprentissage, la rigueur et l’engagement peuvent contribuer à transformer les institutions et à bâtir des ponts entre les cultures.
