Le journaliste Wilner Jean a décroché avec succès son diplôme de master 2 en Histoire, mémoire et patrimoine de l’Université d’État d’Haïti. Ce travail de recherche, intitulé « Changement climatique et littérature. Pour une étude écocritique du roman « Gouverneurs de la rosée » de Jacques Roumain », trouve sa pertinence dans le contexte actuel marqué par la lutte contre le changement climatique, écrit Jean-Jacques Cadet, docteur en philosophie de l’université Paris 8, évaluateur du travail.
Quelque cinq mois après le dépôt initial de son mémoire de maîtrise en Histoire, mémoire et patrimoine, le verdict est finalement tombé : Wilner Jean rejoint les rangs des ethnologues. « J’ai officiellement passé le cap de mon master 2 en Histoire, mémoire et patrimoine – spécialité : patrimoine culturel immatériel – de l’Université d’État d’Haïti avec brio. [...] Désormais, je rejoins les rangs des ethnologues », a-t-il publié sur sa page Facebook.
Cette recherche explore la manière dont la littérature haïtienne peut offrir une perspective critique sur le changement climatique tout en posant les bases d’une gestion efficace de l’eau comme patrimoine commun.
De manière spécifique, le travail de recherche de Wilner Jean, réalisé sous la direction de l’enseignant-chercheur Joseph Sony Jean, docteur en archéologie caribéenne, analyse le roman « Gouverneurs de la rosée » comme une incitation à repenser notre approche écologique. Aussi examine-t-il comment cet ouvrage romanesque propose des solutions pour la gestion des patrimoines culturels et naturels, à partir des préoccupations exprimées par Jacques Roumain.
Le mémoire est structuré autour de cinq chapitres, répartis en deux parties. Le premier chapitre met en évidence les démarches théoriques pour penser le problème environnemental. Ce chapitre s’articule autour de deux approches, à savoir l’économie du changement climatique, qui examine comment la crise climatique est intrinsèquement liée aux pratiques du capitalisme industriel, et l’écocritique, qui, quant à elle, explore les interactions entre l’humain, la littérature, et l’environnement, soulignant les solidarités nécessaires pour une gestion durable du patrimoine commun.
Dans le deuxième chapitre, le chercheur expose la méthodologie qu’il a utilisée pour réaliser le travail. L’observation et les études documentaires ont été ses principales stratégies de collecte des données, lesquelles ont été analysées à travers une analyse de contenu pour dégager le sens des énoncés.
Le troisième chapitre évoque l’ethnologie engagée de Jacques Roumain et ses luttes contre le changement climatique dans le roman à thèse « Gouverneurs de la rosée ». Mais quelles sont les stratégies environnementales mises en place en Haïti, environ 80 ans après la publication de ce roman, visant à lutter contre le changement climatique ? C’est la question à laquelle le mémoire tente de répondre au quatrième chapitre.
Avant d’aboutir à la conclusion et aux perspectives de recherche de l’étude, M. Jean, détenteur d’une licence en communication sociale de l’Université d’État d’Haïti, s’est consacré à la discussion des données au cinquième chapitre.
Les résultats de cette étude révèlent que « la gestion et la protection de l’eau, comme patrimoine commun qui est à la fois une source de tensions et de réconciliation, et le développement de territoires patrimoniaux, nécessitent de la participation directe et de la responsabilité et de l’intérêt communs des citoyens ».
Comment le roman Gouverneurs de la rosée sert-il d’appel à l’action climatique pour adresser les impacts du changement sur l’eau comme patrimoine commun et analyser les relations que les populations locales entretiennent avec celle-ci ? « Dans ce roman écologique, Jacques Roumain pose les bases d’une solution intégrée aux problèmes des désastres climatiques tout en incitant, par une approche écocritique du patrimoine culturel, l’Homme à prendre conscience de ses activités affectant l’environnement. Cependant, cette participation des habitants locaux aux décisions publiques, notamment en matière de politiques patrimoniales, ce que Gustave (2021) désigne par la « participation réelle et effective des citoyens » ou la justice patrimoniale (Jean & Michel, 2024), ne s’inscrit pas en soi dans une perspective décisionnelle », peut-on lire dans le résumé de cette étude de 107 pages.
L’enseignant-chercheur Jean-Jacques Cadet juge que Wilner Jean arrive à proposer une intelligibilité riche et complexe du phénomène du changement climatique en faisant dialoguer l’ethnologie et la littérature à partir des singularités des Caraïbes. Il souligne que la gestion du patrimoine commun et le changement climatique sont décortiqués au cœur de ce roman souvent considéré comme un texte politique
Selon lui, le travail est cohérent au regard d’une véritable problématique. « Avec une forte documentation, le mémoire accouche des analyses pertinentes dans un registre interdisciplinaire. Entre l’observation et la documentation, ce mémoire s’enrichit d’une méthodologie hybride. La méthodologie de recherche a été appliquée de façon rigoureuse », écrit M. Cadet, professeur de philosophie à l’École normale supérieure (ENS) de l’Université d’État d’Haïti, dans un rapport dont une copie a été transmise à notre rédaction.
Écrit dans un langage clair, lisible et intelligible, ce travail est pertinent dans la mesure où il arrive à se distinguer des autres au regard de l’actualité de la thématique du changement climatique, poursuit l’évaluateur.
Il estime que ce mémoire de maîtrise est une revalorisation de la littérature comme outil privilégié pour saisir les aléas environnementaux dans les pays du Sud.
Au prisme de la littérature et de l’ethnologie, ce mémoire pourrait encore s’approfondir pour innover sur plan épistémique, pour reprendre les commentaires du philosophe Cadet. « L’étudiant est hautement qualifié pour entreprendre des études doctorales afin de dépasser certaines réflexions traditionnelles », recommandent conjointement Jean-Jacques Cadet et Joseph Sony Jean, qui, après délibération, ont respectivement qualifié le travail de « Très bon » et d’« Excellent ».
