Durant l’année 2024, plusieurs femmes se sont affirmées dans plusieurs domaines, de nombreuses autres sont décédées ou tombées sous les coups mortels de leurs conjoints comme sous les balles des terroristes qui continuent de dominer l’actualité. Des femmes ont été également interceptées par les forces de l’ordre, ou stoppées dans leurs liens étroits ou intimes avec des criminels, comme d’autres sont victimes des sanctions populaires. La majorité des femmes comme des filles continue de survivre au quotidien dans le pays, ou fuir certaines villes et des quartiers des zones rouges, pour les mêmes violences qui ont contraint les responsables du musée des Femmes d’Haïti à reporter les activités du quatrième anniversaire de l’institution le 8 décembre 2024. Quelles sont les huit figures féminines qui ont marqué l’année 2024 ? Quelles sont leurs contributions dans la société ou représentation dans l’imaginaire collectif ? Comment peuvent-elles influencer positivement l’avenir du pays ?
Dans cette liste, on retrouve les principales figures féminines qui évoluent dans le secteur politique, diplomatique, social, culturel, et en lien avec la conjoncture sociopolitique. En dehors des critères qui prennent en compte la position, les actions, les réalisations, ces voix et visages féminins peuvent dans un certain sens servir de sujet de recherche ou de questionnement, de modèle de promotion, d’ascension ou de problématique à explorer dans la crise sociale dans le pays.
Durant l’année 2024 et dans l’histoire d’Haïti, une femme professionnelle, cadre de l’administration publique haïtienne s’est vue octroyer de nouveaux galons, en accédant au Conseil présidentiel de Transition (CPT). L’ancienne directrice de cabinet de ministre de l’Environnement, Régine Abraham est devenue depuis la plus haute autorité féminine du pays, même si son poste au sein de l’institution présidentielle est limité en tant que membre observateur.
Détestée, critiquée ou admirée par ses proches, alliés ou adversaires depuis son intronisation, en dehors des scandales qui sont associés depuis à cette institution, Regine Abraham, en tant qu’unique femme au sein de ce conseil présidentiel de neuf membres, a été retenue pour porter le message du CPT, en prononçant le discours d’investiture au nom de ses pairs, avec qui, elle compose les neuf membres du CPT.
Dynamique et diplomate, Dominique Dupuy s’est une fois de plus imposée durant l’année 2024, dans la liste des femmes émergentes, parmi les plus visibles sur les réseaux sociaux. En dehors des actifs qu’elle s’est offerts durant son passage à la tête de la mission permanente d’Haïti auprès de l’UNESCO, elle s’est affirmé tant par des actifs que par des critiques, au lendemain de son retrait pour rejoindre le CPT, et à la suite de son installation comme ministre des Affaires étrangères et des Cultes, en remplaçant le ministre Jean Victor Généus, le 12 juin 2024.
Depuis, son bref passage à la tête du MAEC a été marqué par des visites, des voyages, des plaidoyers, des rencontres, des prises de décisions à cheval entre les approches politiques et les principes diplomatiques. Entre les rappels de diplomates en poste pour dégrossir les missions diplomatiques et postes consulaires d’Haïti, la promotion accordée à de nombreuses femmes de carrière dans la diplomatie, la visite effectuée dans les Archives de Londres, pour récupérer la copie de l’acte de l’Indépendance d’Haïti, parmi ses actifs, la jeune diplomate allait faire face à trois grandes crises majeures telles : la déportation des migrants haïtiens de la République dominicaine, les antécédents de la délégation haïtienne avant et pendant l’assemblée générale de l’ONU en septembre, et les crises politiques, gouvernementale et institutionnelles au sein de l’exécutif.
Dans les vagues qui ont suivi le dossier de la construction du canal sur la rivière du Massacre, plusieurs femmes se sont inscrites dans ce leadership collectif, communautaire et patriotique. Anie Alerte figure parmi ces femmes militantes et engagées. Loin d’être la seule dans ce combat, on retiendra l’engagement de plusieurs autres figures qui complètent son travail comme Wideline Pierre. On ne peut que déplorer le départ de Milourie Sylfrard, une autre figure importante dans la construction du canal, morte en octobre 2024, qui aurait pu partager le trophée avec les deux autres. En utilisant son aura artistique, ses origines modestes, son réseautage et les médias sociaux, sa crédibilité et d’autres atouts, on est en droit de la placer cette chanteuse engagée dans ce registre, en attendant qu’elle propose de nouvelles compositions pour inspirer plus de jeunes à s’engager.
Diva pour certains et fonceuse pour d’autres, Rutshelle Guillaume s’est plus que jamais confirmée durant l’année 2024, comme une valeur sure dans la musique haïtienne à travers ses nombreuses prestations et ses collaborations, et en particulier tout le marketing qu’elle mobilise pour imposer sa voix, sa beauté, son charme, son rayonnement et sa posture de femme rebelle et déterminée à réaliser son rêve.
Depuis ses débuts dans les rangs du groupe LORAY, en passant par ses premières interprétations avec la formation musicale REL, pour ainsi ouvrir les portes de la scène musicale au lendemain du 12 janvier 2010, avec le texte « La nati w fèm mal », et les autres performances qui se suivent, entre les prestations et les collaborations réussies et avortées, Rutshelle est celle qui arrive à surmonter les critiques, les obstacles, les pièges comme les erreurs, pour montrer ce qu’elle a de meilleure. Salatiel, Richard Cavé, Klass, La nuit des jeunes, Nuits d’Afrique, entre Montréal et plusieurs villes États-Unis, l’année 2024 de Rutshelle a été célébrée en « R », comme réussite.
Derrière ces quatre femmes célèbres ou figures imposantes entre les institutions politiques et les médias sociaux, qui se partagent la politique, la diplomatie, l’engagement social et la culture, une nouvelle voix s’est imposée au fil des mois. Elle répond au nom de Stephanie Sophie Louis. Le nouveau visage de la jeunesse haïtienne qui, depuis sa vidéo sur les réseaux qui confirme à la fois sa vision, son engagement et sa foi dans le pays de Marie-Jeanne, on la retrouve sur plusieurs fronts. Elle communique, conseille, interpelle, conscientise, et participe dans plusieurs grandes rencontres, comme l’annonce de sa participation à la 79e assemblée générale de l’ONU, en septembre 2024, comme jeune présidente de la République de la jeunesse haïtienne à l’initiative de l’Association des Volontaires pour la Démocratie (AVD) .
Déclic patriotique ou discours politique, Stéphanie Sophie Louis incarne cette voix qui manquait dans le décor pour motiver sa génération, tout en rassurant les élites actuelles, entre l’éveil spirituel et la crise conjoncturelle.
Des femmes qui ont marqué l’année 2024 en Haïti, certainement à travers les frontières virtuelles des médias sociaux. Hugline Jerome pourrait bien représenter l’une des figures qui se sont distinguées durant les douze derniers mois dans la catégorie des médias. Elle se positionne entre la communication et la transformation du pays à travers l’éveil spirituel. À travers son compte Youtube titré « No Filter », elle présente une série d’entretiens de qualité, avec des personnalités qui constituent en particulier la réserve des ressources encore actives, qui évoluent dans la capitale haïtienne, en attendant que d’autres figures de référence de la province complètent la liste.
Dans la presse traditionnelle haïtienne pratiquement, en particulier avec l’émergence des médias sociaux, il manquait à la fois des contenus de qualité portés par des femmes et des voix féminines depuis quelque temps pour imposer un rendez-vous avec la société. Hugline Jerome à travers l’élan porté en 2024 pourrait bien s’inscrire dans ce renouvellement.
Des femmes qui ont marqué l’année 2024 ne font pas toujours la parade dans les médias et sur les réseaux sociaux. Elles sont parfois beaucoup plus présentes et actives sur le terrain, et parfois même plus utiles que certains tonneaux vides. Au cours de l’année 2024, le personnage de Francesca Polycarpe a été l’une des plus courageuses professionnelles qui s’est distinguées dans la crise que connaît la capitale, par son engagement à garder en vie et fonctionnel l’un des plus importants établissements de formation dans la capitale haïtienne, le Lycee Marie-Jeanne.
De janvier à décembre 2024, malgré son parcours professionnel qui se rapproche de la retraite, la directrice du lycée Marie-Jeanne a dû transiter dans cinq locaux, afin de garantir un minimum de services aux milliers de familles et des enfants survivant dans la capitale haïtienne. Entre l’ancien bâtiment provisoire (13 ans plus tard) construit sur le site de l’ancien IPN, et le nouveau bâtiment construit avant son achèvement, en passant par les locaux du collège Fernand Prosper, un autre local non loin de la ruelle Berne à Bois-Verna, et l’actuel site d’accueil, c’est une rude combattante qui s’est engagée à garder en vie cet héritage national, ce patrimoine collectif des familles haïtiennes, des femmes et des filles qui représentent en grande partie l’avenir de la nation haïtienne.
Dans cette liste des huit femmes qui ont marqué l’année 2024, on retiendra les noms suivant: 1-Régine Abraham (politique), 2-Dominique Dupuy (diplomatie), 3-Anie Alerte (engagement social), 4-Rutshelle Guillaume (Leadership culturel), 5-Stephanie Sophie Louis (femme émergente), 6-Hugline Jerome (figure médiatique), 7-Francesca Polycarpe (responsable déterminée). La huitième figure féminine de l’année 2024 pourrait certainement représenter l’une des figures féminines les plus populaires dans la capitale haïtienne, à la fois imposante, symbolique, historique, culturelle, esthétique, mystique et résiliente, témoins des nombreux drames que le pays, en particulier la capitale haïtienne a connu durant plusieurs décennies, entre les catastrophes naturelles, les mouvements populaires, les crimes de toutes sortes, les calamités de la population et les crises sociopolitiques.
Dans le personnage de « Madan Kolo », il serait possible de représenter toutes les femmes violées, tuées, victimes des attaques et violences terroristes que la capitale haïtienne a subies en 2024. Les milliers de femmes qui fuient les différents quartiers, celles tuées en voulant sauver leurs proches, leurs biens, avoirs et patrimoines. « Madan Kolo », est cette grande dame représentée par la statue qui trône éventuellement au bas de la rue Macajoux, dans ce qui reste du prestigieux quartier de Bel'Air. À travers l’initiative lancée au cours du mois de décembre 2024, par la troupe Palto Vanyan en l’honneur de ce personnage, comme un nouveau prétexte pour aborder ou questionner la mémoire de la capitale haïtienne dans ce contexte chaotique, après le Salon du livre qui rendait hommage à l’historien de Port-au-Prince, Georges Corvington, il est possible de compléter la liste des huit femmes qui ont marqué l’année 2024, avec cette figure emblématique qui interpelle et impose la femme au sommet de la ville, de la vie de la population haïtienne de façon historique, symbolique et géopolitique.
Dominique Domerçant
