Le processus électoral engagé en Haïti suscite de nouvelles préoccupations au sein des organisations de défense des droits humains et de promotion de la bonne gouvernance. Dans une première analyse, le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) estime que le calendrier établi par le Conseil électoral provisoire (CEP) demeure insuffisant pour garantir la tenue d’élections crédibles et démocratiques.
Selon le CARDH, plusieurs étapes importantes ne figurent pas clairement dans le calendrier électoral publié par le CEP. L’organisation cite notamment les mécanismes de recours, la publication des listes provisoires et définitives, la vérification et la finalisation du registre électoral, ainsi que l’accréditation des mandataires et des observateurs.
Les opérations liées au dépouillement, à la tabulation et à la publication des résultats, de même que les périodes de contestation et de proclamation des résultats définitifs, constituent également, selon le CARDH, des zones d’ombre qui nécessitent des précisions. L’organisation estime que ces insuffisances pourraient notamment affecter les candidats et les partis politiques engagés dans le processus.
Des préoccupations sur la transparence
Le CARDH appelle par ailleurs le CEP à faire preuve de davantage de transparence et de redevabilité dans la conduite du processus électoral. L’organisation estime que l’institution doit se conformer aux exigences prévues par le décret électoral et donner l’exemple aux partis politiques, aux candidats et à la population.
Cette prise de position intervient alors que plusieurs partis et groupements politiques ont eux-mêmes fait état de difficultés techniques et opérationnelles. Parmi leurs préoccupations figurent notamment l’opacité entourant l’inscription des électeurs, l’absence de sensibilisation suffisante et les défaillances techniques du système d’inscription en ligne des 30 000 membres.
Un calendrier à réévaluer, selon l’OBGD
De son côté, l’Observatoire pour la Bonne Gouvernance et la Démocratie (OBGD) dit également exprimer de profondes préoccupations face à l’évolution du processus électoral.
L’organisation rappelle que le CEP a publié son calendrier le 27 juillet 2026 et que celui-ci prévoit notamment, pour le 13 décembre 2026, le premier tour de l’élection présidentielle, des élections législatives ainsi que la ratification populaire du projet constitutionnel.
Pour l’OBGD, une réévaluation globale du processus est nécessaire afin d’identifier les difficultés et d’apporter les corrections susceptibles de renforcer sa crédibilité. L’organisation considère par ailleurs que le droit de vote constitue un droit humain et constitutionnel permettant aux citoyens de participer à la direction des affaires publiques, notamment par l’élection de leurs représentants.
Des recommandations pour renforcer le processus
Face aux difficultés relevées, les deux organisations formulent plusieurs recommandations. Le CARDH préconise notamment l’élaboration d’un calendrier électoral détaillé après une évaluation des difficultés rencontrées. Il demande également la publication des rapports financiers du CEP et leur transmission aux instances de contrôle concernées, notamment la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) et le ministère de l’Économie et des Finances (MEF).
L’organisation recommande aussi de rendre opérationnels les Bureaux électoraux départementaux (BED) et les Bureaux électoraux communaux (BEC), ainsi que de réaliser une cartographie permettant de définir les stratégies à adopter dans les zones considérées comme à risque.
Pour sa part, l’OBGD propose notamment l’organisation d’une réunion tripartite réunissant le CEP, le gouvernement et les partis politiques. Il recommande également des échanges avec les partenaires internationaux sur la question de la sécurité et une concertation avec les principaux secteurs de la société afin de favoriser leur participation au processus.
L’organisation appelle enfin à la mise en place d’un véritable programme d’éducation civique destiné à mieux informer les citoyens et à encourager leur participation au processus électoral.
Vladimir Predvil
