L’enfer n’est pas ailleurs, il est en Haïti. Redoutant d’être expulsé des États-Unis, Pierre Damas Bel, jeune immigrant haïtien de 20 ans, s’est suicidé ce lundi 31 août 2026 à Springfield, dans l’Ohio. Depuis plusieurs mois, les États-Unis, considérés comme un « pays ami » d’Haïti, mènent une politique de déportation massive visant notamment les bénéficiaires du TPS et du programme Humanitarian Parole. Plusieurs dizaines de ressortissants haïtiens ont déjà été renvoyés. Craignant de retourner dans son pays natal, Pierre Damas Bel, porteur d’un bracelet électronique, a mis fin à ses jours.
Selon certaines informations diffusées par le journaliste Luckson Saint-Vil intervenu sur la Radio Caraïbes, ce drame s’est produit à Springfield, Ohio, sur l’Interstate 70, ce lundi 31 août 2026, dans la matinée. Selon les premiers éléments d’informations, il a stationné sa voiture avant de se jeter sous une semi-remorque. Étudiant à l’université, il faisait face à des critiques de ses collègues et vivait une profonde détresse psychologique.
Son père, Pierre Ronald Bel, installé aux États-Unis depuis 2021 après avoir quitté le Chili, avait appliqué pour son fils aîné dans le programme humanitarian parole communément appelé « programme Biden ». Bénéficiaire de ce programme, Pierre Damas Bel faisait face à de nombreuses critiques virulentes venant de ses collègues à l’université.
En Haïti, inflation à 20 %, chômage massif et insécurité généralisée poussent beaucoup de jeunes à fuir le pays. La perspective d’un retour forcé dans le pays est vécue comme une condamnation.
Le père de la victime, Pierre Ronald Bel affirme que son fils était privé de la plupart de ses activités et qu’il avait entamé des démarches pour lui permettre de poursuivre ses études au Canada. Après ce drame, il annonce vouloir quitter les États-Unis pour retourner en Haïti. Très intelligent et brillant dans ses études, la nouvelle de sa disparition a déboussolé la communauté haïtienne.
Selon Stenley Orbruth Doriscar, responsable de communication et de plaidoyer du Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR), cette surveillance constante génère une détresse émotionnelle profonde, exacerbée par un climat politique hostile et des discours stigmatisants. Il dénonce également la perception erronée de ces immigrants comme des criminels, alors que ces dispositifs entravent leur intégration économique et leur bien‑être mental.
Face à la menace de déportation vers un pays en crise comme Haïti, le GARR appelle à une responsabilité accrue de l’État haïtien pour protéger ses ressortissants et souligne la fin tragique du rêve américain pour de nombreux jeunes confrontés à un contrôle technologique déshumanisant.
De plus, Stenley Orbruth Doriscar souligne que le port du bracelet électronique entraîne des conséquences psychologiques et émotionnelles particulièrement lourdes pour les ressortissants haïtiens. Ce dispositif pourrait parfois provoquer une détresse émotionnelle importante et même des problèmes mentaux. Il évoque de manière tragique le cas de ce jeune homme de 20 ans qui a mis fin à ses jours en raison des pressions liées à ce programme de surveillance.
Pour certains, le port d’un bracelet électronique est vécu comme une humiliation profonde. Les personnes concernées se sentent dénigrées et assimilées à des criminels, alors même qu’elles sont venues pour travailler et contribuer à l’économie des États‑Unis d’Amérique. Sur le plan pratique, l’appareil doit être rechargé et a tendance à chauffer, ce qui crée un inconfort physique constant affectant directement la santé mentale et mettant les porteurs très mal à l’aise.
À cet effet, un accompagnement psychologique est jugé nécessaire. Le bracelet impose une restriction de mouvement et un contrôle absolu qui génèrent une forte tension psychologique individuelle et collective, exacerbée par un climat d’hostilité et des campagnes racistes dénoncées au sein de la communauté, a souligné le responsable de communication du GARR, Stenley Orbruth Doriscar.
L’obligation principale de l’État haïtien est d’accueillir ses ressortissants déportés, car il s’agit de citoyens haïtiens.
Face aux vagues de déportation, qui s’inscrivent dans un plan prévoyant le retour de 250 personnes par semaine à raison de deux vols hebdomadaires, Stenley Orbruth Doriscar souligne également que l’État doit agir pour mettre en place des couloirs diplomatiques afin de stabiliser et régulariser la situation de ces personnes de retour au pays.
Le cas de Pierre Damas Bel révèle la violence psychologique des politiques migratoires américaines et l’absence de réponses de l’État haïtien. Entre humiliation, isolement et peur du retour, ce drame met en évidence la fragilité des jeunes migrants et la nécessité urgente d’une action diplomatique et sociale pour éviter que d’autres vies ne soient brisées.
Pierre Damas Bel a quitté Haïti fin 2023 et est entré aux États‑Unis en 2024. Son père affirme que Damas était privé de la plupart de ses activités. Fougueux et plein d’avenir, le jeune homme a décidé de mettre un terme à sa vie au lieu de retourner en Haïti. Après la mort de son fils, Pierre Ronald Bel affirme qu’il allait bientôt quitter les États‑Unis pour retourner dans son pays natal.
Likenton Joseph
