Le ministère de la Défense a ouvert, vendredi 21 août, la première journée du forum sur l’avenir des Forces armées d’Haiti. Prévu sur trois jours, du 21 au 23 août, l’événement réunit divers acteurs autour de réflexions sur la professionnalisation, la modernisation et le renforcement de l’institution militaire, ainsi que sur sa contribution à la sécurité et au développement national.
Au cours de cette première journée, les intervenants ont rappelé que près de 90 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince échappe aujourd’hui au contrôle de l’État, tandis que plus d’un million d’habitants ont été déplacés par la violence des gangs. Dans ce contexte, la refondation d’un appareil de défense crédible est présentée comme une nécessité vitale.
À cet effet, le commandant en chef des FAd’H, le lieutenant Derby Guerrier, a souligné que ce forum n’est pas un simple débat académique mais un acte de foi républicain, traçant une feuille de route doctrinale pour la reconquête de la souveraineté nationale. Selon lui, la crise actuelle est avant tout une crise d’autorité, mettant en péril l’exercice de la puissance régalienne.
Vers une armée moderne et disciplinée
De plus, le commandant Derby Guerrier a rappelé que la souveraineté repose sur deux piliers dont l’autorité exclusive de l’État sur son territoire et le monopole de la violence légitime, tel que défini par Max Weber. Or, ce monopole est aujourd’hui contesté par l’incapacité des institutions à garantir la sécurité nationale. Face à cette fragilité, il affirme que : « Nous rebâtissons une armée professionnelle, moderne et disciplinée, dotée d’équipements adaptés aux réalités de nos théâtres d’opération, avec l’appui des autorités civiles. »
Il plaide également pour une institution exemplaire, garante des droits fondamentaux et bouclier des institutions régaliennes.
Par ailleurs, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, présent aux assises, a insisté sur l’urgence de refonder les FAd’H afin de restaurer la souveraineté nationale. Il appelle à une armée moderne, disciplinée et pleinement soumise à l’autorité civile, capable de protéger le territoire et de rétablir l’ordre public. Le projet inclut le recrutement de jeunes et une réflexion sur le service militaire obligatoire, présenté comme un outil de discipline et de civisme.
Partenariat stratégique avec l’Université d’État d’Haïti
Un accord de partenariat a été signé entre le ministère de la Défense, les FAd’H et l’Université d’État d’Haïti (UEH), via la Faculté de droit et des sciences économiques de Port-au-Prince. Le recteur de l’UEH Dieuseul Prédélus a salué cet accord comme un « acte de foi » pour la souveraineté nationale. Ce partenariat vise à professionnaliser l’armée en intégrant la rigueur scientifique et la formation académique, afin de répondre aux menaces modernes par la connaissance autant que par la force.
Pour sa part, le ministre de la Défense, Mario Andrésol, a insisté sur la nécessité de rompre avec les dérives du passé. La nouvelle armée doit être un instrument de la nation, respectueuse des droits humains et soumise au pouvoir civil. Les militaires ayant des ambitions politiques sont invités à quitter l’uniforme, tandis que les cas d’indiscipline doivent être sanctionnés avec rigueur.
Selon lui, l’uniforme exige probité et respect de la justice. L’éthique, la déontologie et l’esprit de corps doivent guider les soldats. Le partenariat avec l’UEH doit garantir aux jeunes recrues une formation académique et professionnelle solide.
En somme, la refondation des FAd’H implique la société civile, les universitaires, les juristes, les femmes et la jeunesse. Les conclusions de ce forum seront intégrées dans une nouvelle doctrine militaire et dans le futur Livre blanc de la défense nationale, destiné à servir de feuille de route stratégique et transparente pour les décennies à venir.
Likenton Joseph
