Plus de 750 cas de cancer diagnostiqués en une année, dont près de 50 % provenant du département du Sud. La majorité des patients arrivent à un stade avancé de la maladie, réduisant considérablement leurs chances de guérison. Un an après son inauguration, la Clinique du Cancer Saint-Pérégrin de l'Hôpital CaraMed dresse un bilan préoccupant de ses activités et appelle à une mobilisation nationale en faveur du dépistage, de la prévention et du renforcement de la prise en charge du cancer en Haïti.
Selon le directeur exécutif de la clinique, Joseph Junior Bernard, plus de 750 patients atteints de différentes formes de cancer ont été reçus depuis l'ouverture de l'établissement le 2 août 2025. Les cancers du sein et du col de l'utérus figurent parmi les pathologies les plus fréquemment diagnostiquées, mais d'autres types de cancer touchent également les hommes et les femmes.
Le constat le plus inquiétant reste le stade auquel les patients consultent. D'après Joseph Junior Bernard, la majorité arrive lorsque la maladie est déjà très avancée, voire en phase terminale, limitant fortement les possibilités de traitement et augmentant le risque de décès.
Les données recueillies montrent que près de 50 % des cas proviennent du département du Sud, tandis que les autres patients arrivent principalement de la partie sud du département de l'Ouest, de la Grand'Anse, des Nippes et du Sud-Est. Pour les responsables de la clinique, ces chiffres démontrent l'urgence d'intensifier les campagnes de sensibilisation et de dépistage précoce dans les communautés.
Joseph Junior Bernard estime que la lutte contre le cancer ne peut reposer uniquement sur les établissements privés. Il appelle le ministère de la Santé publique et de la Population à élaborer un véritable programme national de lutte contre le cancer, axé sur la prévention, le dépistage précoce et l'amélioration de l'accès aux soins.
Les responsables de CaraMed rappellent que les capacités de traitement demeurent très limitées en Haïti. À l'heure actuelle, les patients ont principalement accès à la chirurgie et à la chimiothérapie, alors que d'autres traitements essentiels, notamment la radiothérapie, restent indisponibles dans le Grand Sud.
Pour Wenchel Jean Baptiste, responsable de l'Hôpital CaraMed, la prise en charge du cancer nécessite une implication de l'ensemble des acteurs du système de santé. Il souligne que cette maladie représente un défi collectif qui exige davantage d'investissements dans les infrastructures, la formation de médecins spécialisés et l'acquisition d'équipements modernes.
Parmi les priorités évoquées figure la création d'un centre de radiothérapie dans le département du Sud, une infrastructure qui permettrait de traiter localement plusieurs formes de cancer, notamment celui du col de l'utérus, et d'éviter aux patients de longs déplacements ou l'absence de soins adaptés.
Les responsables de la clinique insistent également sur l'importance de la prévention. Ils encouragent la population à adopter de meilleures habitudes de vie, notamment en évitant le tabac, en limitant la consommation d'alcool, en pratiquant une activité physique régulière et en effectuant des examens de dépistage avant l'apparition des premiers symptômes.
En s'adressant aux personnes déjà atteintes de la maladie, Joseph Junior Bernard a voulu délivrer un message d'espoir : le cancer n'est pas une condamnation. Il encourage les patients à consulter rapidement, rappelant qu'un diagnostic précoce augmente considérablement les chances de survie et d'amélioration de la qualité de vie.
Après seulement une année d'existence, la Clinique du Cancer Saint-Pérégrin s'impose comme une référence pour la prise en charge des patients atteints de cancer dans le Grand Sud. Toutefois, les chiffres révélés par son premier bilan montrent que le cancer constitue désormais un véritable enjeu de santé publique en Haïti et qu'une réponse nationale coordonnée devient plus que jamais indispensable.
