Le Regroupement Éducation Pour Toutes et Tous (REPT) a présenté, ce mardi 30 juin 2026, une étude intitulée « Droit à l'éducation et à la gratuité en Haïti (2020-2024) ». Réalisée dans le cadre d'un projet visant à renforcer les capacités de plaidoyer des groupes locaux, des secteurs marginalisés et de la coalition nationale du REPT, cette recherche met en lumière les principaux obstacles qui empêchent une grande partie de la population d'accéder à une éducation gratuite et de qualité.
Lors de cette présentation, le co-auteur de l'étude, Manejacques Dodat, a expliqué que cette recherche a été menée dans un contexte particulièrement difficile, marqué par la dégradation de la situation sécuritaire et l'aggravation de la crise multidimensionnelle que traverse le pays, notamment au cours de l'année 2025.
Une étude qui met en évidence les limites du système éducatif
Selon les résultats de l'étude, Haïti continue de faire face à une grave crise économique et sécuritaire qui fragilise davantage le droit à l'éducation. Avec un produit intérieur brut (PIB) par habitant estimé à 1 693 dollars américains en 2024, le pays peine à assurer un accès équitable à l'enseignement.
L'insécurité a notamment provoqué la fermeture de plus de 1 000 établissements scolaires, affectant plus de 300 000 élèves. Entre 2023 et 2024, plus de 17 % des enfants étaient privés d'école, une proportion qui atteint 31 % dans certains départements.
L'étude révèle également que près de 78 % des cas de déscolarisation sont directement liés aux frais de scolarité, ce qui fait du coût de l'éducation le principal facteur d'exclusion scolaire.
Malgré les progrès enregistrés en matière de scolarisation, environ 1,2 million d'enfants demeuraient hors du système éducatif en 2024, principalement dans les zones rurales, les quartiers défavorisés, les territoires touchés par l'insécurité ainsi que parmi les enfants en situation de handicap et les filles les plus vulnérables.
Un système éducatif largement dominé par le secteur privé
Le rapport souligne que le secteur privé représente 82,25 % des établissements scolaires et accueille plus de 80 % des élèves du pays. À l'inverse, le secteur public ne regroupe que moins de 20 % des écoles et souffre d'un sous-financement chronique.
Les dépenses publiques consacrées à l'éducation représentent entre 0,9 % et 1,2 % du PIB, soit environ 11 à 14 % du budget national. Cette faiblesse des investissements contribue au manque d'infrastructures scolaires, à la dégradation de la qualité de l'enseignement et au maintien des inégalités entre les régions et les catégories sociales.
Une méthodologie fondée sur plusieurs approches
Pour mener cette étude, les chercheurs ont combiné une recherche documentaire, des groupes de discussion avec des représentants de groupes vulnérables, notamment des femmes, des personnes en situation de handicap et des habitants des zones rurales, ainsi que des entretiens avec des spécialistes du secteur éducatif, des responsables du ministère de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) et d'autres acteurs du système éducatif.
Les travaux se sont également appuyés sur les bases de données du MENFP, de l'Institut haïtien de statistique et d'informatique (IHSI), de l'UNESCO ainsi que sur plusieurs publications nationales et internationales consacrées au droit à l'éducation.
Des recommandations pour renforcer le système éducatif
À l'issue de cette étude, le REPT formule treize recommandations destinées à renforcer le droit à l'éducation en Haïti.
L'organisation appelle notamment les autorités à reconnaître pleinement l'éducation comme un droit fondamental garanti par la Constitution et les engagements internationaux. Elle recommande également de mettre en place un cadre juridique garantissant effectivement la gratuité de l'enseignement, en prenant en compte l'ensemble des dépenses assumées par les familles, notamment les frais de scolarité, les fournitures scolaires, les manuels, les uniformes, le transport, la restauration scolaire et les activités parascolaires.
Le REPT préconise aussi la construction de nouvelles écoles publiques afin de réduire progressivement la dépendance du système envers le secteur privé, l'identification des enfants non scolarisés grâce au Système d'information pour la gestion de l'éducation (SIGE), ainsi qu'une augmentation du financement public de l'éducation pour atteindre, d'ici 2030, entre 6 % et 8 % du PIB, soit environ 33,3 % du budget national.
Enfin, l'organisation recommande de valoriser davantage la profession enseignante, de renforcer la formation des enseignants, de promouvoir l'égalité des sexes et l'inclusion des personnes en situation de handicap, de renforcer le rôle des collectivités territoriales dans la gouvernance du système éducatif, d'améliorer le fonctionnement des établissements scolaires et de consolider la coopération internationale afin de garantir à tous les enfants haïtiens un accès effectif à une éducation publique, gratuite et de qualité.
Modeline Youte
