L’enquête judiciaire sur l’assassinat du président Jovenel Moïse connaît une nouvelle accélération. Chargé par la Cour d’appel de Port-au-Prince de réaliser un supplément d’information dans ce dossier, le juge instructeur Jean Denis Cyprien a entrepris une série d’auditions et de mesures coercitives visant plusieurs personnalités politiques, judiciaires et médiatiques.
Par ordonnance rendue dans le cadre de l’arrêt avant-dire droit du 13 octobre 2025, le magistrat poursuit les investigations relatives à l’attaque survenue dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 à la résidence privée du chef du président Jovenel Moïse, au cours de laquelle il a été assassiné.
Dans cette phase de l’enquête, plusieurs personnalités sont appelées à comparaître devant le juge instructeur. L’ancien ministre de la Justice, Rockfeller Vincent, a notamment été convoqué pour être entendu dans le cadre du supplément d’information ordonné par la Cour d’appel. Toutefois, selon diverses sources, un mandat d’amener a par la suite été émis à son encontre pour des faits présumés de complot criminel, d’assassinat et de tentative d’assassinat.
Le magistrat a également ordonné l’arrestation de l’ancienne juge à la Cour de cassation, Wendelle Coq Thélot, poursuivie pour complicité présumée dans l’assassinat du président. La Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) a été chargée de lancer un avis de recherche contre l’ancienne magistrate.
Par ailleurs, le journaliste et ancien animateur de l’émission « Ranmase », Jean Monard Métellus, fait également l’objet d’un mandat d’amener. Selon les informations disponibles, cette décision est intervenue après plusieurs absences aux convocations du juge. Les autorités policières ont reçu instruction de prendre toutes les dispositions nécessaires pour assurer son audition, y compris avec le concours éventuel d’INTERPOL s’il se trouvait à l’étranger.
Au total, sept mandats d’amener auraient été émis dans le cadre de cette nouvelle phase de l’enquête. Parmi les personnes visées figurent Samir Handal, Rockfeller Vincent, Francis Cinéus, Mario Beauvoir, Jean Monard Métellus, Jean Roger Noëlcius et Wendelle Coq Thélot. Le juge a également demandé la diffusion d’avis de recherche contre ces individus.
Dans le même temps, plusieurs personnalités ont déjà été entendues par le magistrat instructeur. L’ancien sénateur de l’Artibonite, Youri Latortue, a été auditionné le 23 juin 2026. Le directeur général du Service national de gestion des résidus solides (SNGRS), Daryl Balthazard, ainsi que Schiller Louidor, ont également comparu devant le juge au cours du mois de juin.
L’ex-première dame Martine Moïse est, quant à elle, attendue le 30 juin prochain pour être entendue dans le cadre du supplément d’information ordonné par la Cour d’appel.
Alors que l’instruction se poursuit en Haïti, la justice américaine continue également de traiter plusieurs volets du dossier. Aux États-Unis, plusieurs individus ont déjà été condamnés ou reconnus coupables pour leur participation présumée au complot ayant conduit à l’assassinat du président haïtien.
Récemment, un jury fédéral de Floride a déclaré coupables quatre hommes Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Solages pour leur implication dans la planification et le financement de l’opération. Selon les procureurs américains, le sud de la Floride aurait servi de base logistique pour organiser le complot visant à renverser Jovenel Moïse et à installer un autre dirigeant à la tête du pays.
Près de cinq ans après les faits, l’assassinat du président Jovenel Moïse demeure l’un des dossiers judiciaires les plus complexes et les plus sensibles de l’histoire récente d’Haïti. Les nouvelles démarches entreprises par le juge Jean Denis Cyprien pourraient permettre d’éclaircir davantage les circonstances de ce crime qui continue de susciter de nombreuses interrogations au sein de la société haïtienne.
Vladimir Predvil
