Dans un contexte de recrudescence des affrontements armés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) travaillant à l’hôpital de Site-Soleil constatent une détérioration alarmante des conditions de vie et d’accès aux soins pour la population. Entre déplacements forcés, paralysie des services médicaux et augmentation des blessés par balles, la situation continue de se dégrader.
Les équipes médicales de MSF rapportent une hausse brutale des cas de traumatismes liés aux violences armées.
Les services d’urgence ont pris en charge jusqu’à cinq fois plus de blessés par balles que la moyenne habituelle durant les journées du dimanche 19 et du lundi 20 avril 2026.
Le lundi 20 avril, seuls douze patients ont pu être reçus en consultation générale, alors que l’hôpital accueille normalement plus de 150 personnes par jour. Cette baisse drastique illustre clairement l’impact direct de l’insécurité sur l’accès aux soins.
Depuis samedi dernier, de violents affrontements opposent plusieurs groupes armés dans différentes communes de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Comme lors des événements du début du mois de mars, ces combats ont provoqué la fuite de centaines de familles, contraintes d’abandonner leurs maisons en pleine nuit, parfois sous de fortes pluies.
Dans plusieurs quartiers, la peur des tirs empêche totalement les habitants de sortir de chez eux ou de se rendre dans une structure de santé.
Selon MSF, plusieurs membres du personnel ont eux-mêmes été bloqués à leur domicile en raison des échanges de tirs, sans possibilité de se déplacer en sécurité. Environ quarante personnes, incluant des employés de l’organisation et leurs familles, ont dû trouver refuge dans l’hôpital de Site-Soleil, faute d’alternative sécurisée.
"Nous avons entendu des tirs près de l’hôpital à plusieurs reprises dimanche, ce qui a contraint notre personnel à se mettre à l’abri à différents moments ", a indiqué Davina Hayles, cheffe de mission de MSF.
Face à cette situation, MSF souligne que la fragilisation du système de santé, déjà affecté par plusieurs années de violences, rend encore plus urgente la garantie d’un accès sûr et continu aux soins pour les personnes malades et blessées dans la zone métropolitaine.
L’organisation lance ainsi un appel à tous les acteurs concernés afin de respecter et de protéger les structures médicales, les transports sanitaires ainsi que le personnel de santé.
Pour assurer la sécurité des patients et des équipes, certaines activités ont dû être réduites, notamment les services dédiés aux soins des survivants de violences sexuelles. Une partie des consultations externes a également été suspendue le lundi.
MSF rapporte par ailleurs que de nombreux blessés ne parviennent pas à atteindre l’hôpital en raison des échanges de tirs. Certains patients nécessitant des interventions chirurgicales urgentes refusent également d’être transférés vers d’autres établissements, par peur d’être exposés à de nouvelles violences ou à des contrôles lors de leurs déplacements.
Moins de deux mois après une première vague d’affrontements ayant forcé près de 3 000 personnes à fuir leurs domiciles, de nouveaux combats ont éclaté ce week-end entre plusieurs groupes armés à Site-Soleil et Cité Soleil.
Dans ce contexte, les équipes de MSF continuent de suivre de près l’évolution de la situation, d’évaluer les besoins humanitaires et de se tenir prêtes à intervenir auprès des personnes déplacées dès que les conditions de sécurité le permettront.
Sorah Schamma Joseph
