Des organisations de défense des droits humains, dont l’ORDEDH, le DVH, le JASMA, le RONDDH et le CARIC, ont décidé de passer à l’offensive dans la lutte contre la corruption en Haïti. Elles ont officiellement mis en demeure l’Unité de lutte contre la corruption et saisi la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif afin d’exiger un audit approfondi sur la gestion de fonds publics au sein de deux ministères.
Dans une correspondance adressée au directeur général de l’ULCC, Me Hans Joseph, ces structures parmi lesquelles figurent également l’ONADAP, le MIDDHA, le PNPDH et la LHDDH dénoncent l’absence de suivi à leurs signalements déposés dès le 2 juin 2025, puis complétés en août de la même année. Ces dénonciations portaient sur la gestion jugée opaque des subventions et du programme MonCash au Ministère des Affaires Sociales et du Travail, ainsi que sur des malversations présumées au Ministère de la Défense, incluant le détournement de flottes de véhicules et l’usage abusif de cartes de débit.
Selon les signataires, ce qu’ils qualifient de mutisme institutionnel s’apparente désormais à un blocage administratif, favorisant un climat d’impunité autour de dossiers pourtant étayés par des éléments jugés probants. « La corruption en Haïti n’est pas un crime abstrait, elle prive les enfants d’éducation et les familles de protection sociale », soulignent-ils.
Face à cette inaction, les organisations ont également saisi la CSCCA à travers une requête formelle d’audit de gestion et de conformité. Elles invoquent notamment le non-respect de l’arrêté du 23 mars 2017, publié dans le journal officiel Le Moniteur, qui impose la publication obligatoire de toute subvention publique ainsi que la transparence des bénéficiaires.
Les plaignants dénoncent une violation flagrante de ces dispositions, affirmant que des subventions importantes décaissées entre 2024 et 2025 par le MAST n’ont fait l’objet d’aucune publication officielle, ouvrant ainsi la voie à des dérives telles que le financement d’organisations fictives et l’usage discrétionnaire des fonds publics.
Dans leur démarche, les organisations rappellent également que la responsabilité de la gestion des deniers publics incombe directement aux ordonnateurs, notamment les ministres et directeurs généraux, tenus de justifier l’impact social des dépenses engagées.
Elles exhortent ainsi la CSCCA, en sa qualité de juridiction compétente, à diligenter un audit exhaustif couvrant la période concernée, afin d’établir les responsabilités et de sanctionner les éventuels manquements. « Il est impératif que les ressources de l’État reviennent à la collectivité », insistent-elles.
Vladimir Predvil
