La Banque de la République d’Haïti (BRH) vient de lancer une nouvelle série de publications scientifiques intitulée Working Papers. Le premier numéro, signé par Kensley Blaise et Jean Marie Cayemitte de la Direction de la Recherche économique et financière (DREF), touche un sujet brûlant  à savoir l’inflation persistante en Haïti et ses causes profondes.
Depuis plusieurs décennies, le pays fait face à une hausse généralisée des prix qui fragilise les ménages. En février dernier, l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) a enregistré une inflation annuelle de 22,1 %, après avoir atteint 31,9 % en septembre 2025. Une situation qui s’aggrave avec la récente flambée des prix du carburant, conséquence des tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
À cet effet, cette étude démontre que l’instabilité politique est le facteur le plus déterminant dans la dynamique des prix. « L’instabilité politique apparaît comme le principal moteur de l’inflation en Haïti », écrivent les auteurs, soulignant que ce choc est le seul à produire un effet statistiquement significatif sur l’indice des prix à la consommation. Les perturbations des chaînes de production, l’incertitude des agents économiques et la désorganisation des circuits d’approvisionnement alimentent directement la hausse des prix.
Si les déséquilibres budgétaires et les tensions sur le marché du travail contribuent également à l’inflation, leur impact reste secondaire. Le choc fiscal affecte surtout les biens importés, tandis que le marché du travail enclenche une spirale prix-salaires dans certains secteurs. Mais selon les chercheurs, c’est bien la crise politique et institutionnelle qui explique l’ampleur du phénomène.
Depuis 2018, Haïti connaît une récession continue. Pourtant, contrairement aux modèles économiques classiques, la contraction de l’activité n’a pas freiné l’inflation. Au contraire, les prix continuent de grimper, révélant une situation de « stagflation ». Les épisodes de « Peyi Lock », l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, la montée en puissance des gangs armés et l’absence d’élections depuis dix ans ont plongé le pays dans une instabilité chronique. Résultat : les investissements s’effondrent, la confiance disparaît et les prix s’emballent.
Pour certains auteurs, la lutte contre l’inflation ne peut se limiter à des mesures monétaires. Augmenter les taux d’intérêt ou contrôler la masse monétaire ne suffira pas tant que les fondements politiques resteront fragiles. La stabilité institutionnelle, la sécurité et la restauration de la confiance apparaissent comme des conditions indispensables pour contenir la flambée des prix. Par ailleurs, réduire la dépendance aux importations et renforcer la production locale pourraient atténuer l’impact des chocs externes.
Au-delà de l’analyse, cette initiative de la BRH marque une volonté de renforcer la production de connaissances locales et d’alimenter le débat public. Elle met en évidence une réalité incontournable  en Haïti, l’inflation n’est pas seulement un indicateur économique, mais le miroir d’une crise politique et institutionnelle profonde.
Likenton Joseph
