Le Centre d’analyse et de recherche en droit de l’homme (CARDDH) a tenu, ce jeudi 26 mars, sa sixième conférence sectorielle consacrée à la sécurité. Placée sous le thème : « État des lieux sur la sécurité et mise en place de la Force de répression des gangs (FRG) », l’événement, organisé en prélude au déploiement de la FRG, a réuni plusieurs dizaines de hauts responsables nationaux et internationaux : représentants du gouvernement, des forces de sécurité, autorités locales, société civile et organisations de défense des droits humains.
À cet effet, le directeur exécutif du Centre d’analyse et de recherche en droit de l’homme (CARDDH), Me Gédéon Jean a souligné que cet événement visait à établir un dialogue inclusif entre le gouvernement, les forces de l'ordre, les autorités locales et la société civile pour instaurer une paix durable dans le pays. Il souligne également que la solution ne peut être uniquement militaire, mais doit intégrer la transparence, le respect des droits humains et une coordination accrue avec les partenaires internationaux.
En outre, les discussions se sont articulées autour de quatre piliers stratégiques.Orientations et perspectives de sécurité : présentation des grandes lignes de la stratégie gouvernementale et des partenaires internationaux. Cadre opérationnel : actions concrètes des forces de sécurité et instances nationales, avec un suivi du respect des droits humains. Institutions de contrôle et autorités locales : la nécessité d’une gouvernance sécuritaire dépassant la simple répression, avec un contrôle pluridimensionnel et une proximité accrue avec la population.
En s'impliquant dans des cadres comme la table sectorielle sur la sécurité, la société civile est invitée à partager ses expériences et à confronter ses perspectives avec les autres acteurs pour construire des réponses collectives aux défis nationaux. Elle contribue à une réponse non fragmentée à la crise, exigeant une coordination une transparence et une responsabilité commune entre toutes les parties prenantes. Son action est essentielle pour instaurer la confiance entre les acteurs nationaux, ce qui est jugé indispensable pour obtenir des avancées durables, au-delà des simples résolutions formelles.
En tant qu'actrice de la surveillance, elle veille au respect des droits humains, un pilier nécessaire pour que les actions de sécurité soient cohérentes et pérennes. Elle aide à une meilleure articulation entre les actions nationales et les appuis des partenaires internationaux, permettant une compréhension plus globale des enjeux de sécurité.
Parmi les hauts représentants remarqués à cet événement figurent le représentant spécial du secrétaire général des nations unies et le chef du BINUH, Carlos Gabriel Ruiz-Massieu, le représentant spécial du secrétaire général de l’OEA, Cristobal Dupouy, l’inspecteur général en chef de la PNH, Frédéric Leconte, le directeur général de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison et le ministre de la justice et de la sécurité publique, Patrick Pelissier ainsi que plusieurs maires dont Wilson Jeudy (Delmas), Kesner Normil (Pétion-Ville) et Massillon Jean (Kenscoff).
Par ailleurs, le Premier ministre, représenté par son chef de cabinet, Me Axène Joseph, a annoncé la création officielle de la FRG, une unité d’élite dotée d’un cadre légal strict. Selon lui, le Premier ministre réaffirme sa volonté de reconquérir l'intégrité territoriale tout en mobilisant un budget historique pour garantir la pérennité de l'État. Il appelle également à une unité nationale renforcée, invitant les citoyens et la société civile à soutenir activement les forces de l'ordre pour restaurer la paix durable dans le pays.
La nouvelle stratégie sécuritaire, impulsée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, s'articule autour d'une feuille de route claire reposant sur trois entités cardinales qui définissent l'action du gouvernement : Le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique (MJSP): Sa mission principale a été de finaliser le cadre légal de la Force de Répression des Gangs (FRG). Ce pilier constitue le « bouclier juridique » des opérations, définissant le statut, les prérogatives et les limites d'intervention de cette nouvelle force.
Le Ministère de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT), pour sa part, est chargé de la reconquête administrative des zones libérées, dans l’objectif de restaurer la présence de l'État par des plans de pacification et le retour effectif des autorités locales. La Police Nationale d'Haïti (PNH): le gouvernement a imposé à la police une montée en puissance opérationnelle sans précédent. Ce volet inclut le projet « P4000 », qui vise un renforcement massif des capacités humaines, logistiques et tactiques de l'institution, en coordination avec la future FRG.
Présent à cet événement, le ministre de l’économie et des Finances Serge Gabriel Collin a rappelé que l’insécurité paralyse la production, entrave les échanges et accentue la précarité sociale. Avec une inflation de 22,1 % et près de 5,7 millions de personnes en insécurité alimentaire, l’État mobilise des leviers financiers pour couper les circuits illicites, renforcer le contrôle douanier et soutenir les forces de l’ordre.
Le titulaire du MEF, Serge Gabriel Collin souligne que l'instabilité actuelle paralyse l'économie nationale, aggravant la précarité sociale et l'insécurité alimentaire de millions de citoyens. Pour y remédier, l'État mobilise des leviers financiers rigoureux afin de couper les financements illicites et de renforcer le contrôle douanier contre le trafic d'armes. En parallèle, des arbitrages budgétaires prioritaires soutiennent les forces de l'ordre tout en finançant des programmes humanitaires pour protéger les populations vulnérables. Cette approche globale lie ainsi la transparence institutionnelle à la relance économique pour garantir une stabilité durable dans le pays.
De plus, l’insécurité en Haïti génère des conséquences profondes et dévastatrices qui touchent à la fois la structure économique du pays et la gestion de ses finances publiques. Selon le ministre de l’économie et des finances Serge Gabriel Collin, cette situation a conduit à une crise multidimensionnelle qui menace l'avenir même de la nation.
L'insécurité agit comme un frein majeur au développement et à la stabilité économique: Affaiblissement de la production et des échanges : Elle réduit les capacités productives nationales et entrave la circulation des biens, particulièrement les produits agricoles, en raison des contraintes sur les axes routiers entre les régions.
Par conséquent, le fonctionnement des ports, des aéroports et des centrales électriques est perturbé, ce qui a un impact direct sur le commerce, le tourisme et entraîne une augmentation des coûts de production. De surcroît, le pays fait face à une inflation élevée (environ 22,1 %) et à un taux de prêts improductifs de 8,77 % dans le système bancaire. L'économie est également plombée par le sort de 1,4 million de personnes déplacées internes et près de 5,7 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire. Les recettes publiques sont durablement faibles, représentant moins de 5 % du PIB, ce qui réduit considérablement la marge de manœuvre budgétaire de l'État.
Malgré des contraintes de trésorerie importantes, le Ministère de l'Économie et des Finances (MEF) doit prioriser le financement des forces de l'ordre (PNH et FADH) et les actions humanitaires pour stabiliser le pays. Les requêtes liées au rétablissement de la sécurité sont traitées avec une célérité particulière pour permettre la continuité des opérations de terrain.
Pour répondre aux chocs, notamment alimentaires, l'État a dû recourir à des mécanismes de financement du Fonds Monétaire International (FMI) afin de soutenir les ménages vulnérables et éviter qu'ils ne soient tentés de rejoindre des groupes armés.
En somme, l'insécurité crée un cercle vicieux où la précarité économique alimente la violence, tandis que la violence épuise les ressources budgétaires nécessaires au développement et à la protection sociale. Une approche globale, incluant la lutte contre la corruption et le blanchiment d'argent, est jugée essentielle pour la maîtrise des flux économiques et la stabilité budgétaire.
Likenton Joseph
