Installé à la tête de la Primature le 11 novembre 2024, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a procédé, ce lundi 2 mars 2026, à un remaniement ministériel d’envergure. À cet effet, douze nouveaux ministres et deux secrétaires d’État ont été nommés. La cérémonie d’installation s’est tenue le mardi 3 mars à la Villa d’Accueil, sous la présidence du chef du gouvernement.
Face à ce replâtrage, une question demeure : s’agit-il d’un simple partage de pouvoir ou d’une véritable volonté de répondre aux attentes de la population ?
L’Organisation du Peuple en Lutte (OPL) appelle le Premier ministre à prendre toutes les dispositions nécessaires pour organiser des élections cette année. Le porte-parole de l’OPL, Dario Siriac, rappelle que son parti reste attaché au Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections. Selon lui, ce remaniement constitue une étape indispensable pour respecter les engagements de ce pacte, mais il doit aussi permettre de rétablir la sécurité et la libre circulation, conditions essentielles pour améliorer la vie d’une population épuisée.
Certains acteurs politiques dénoncent un simple partage de postes. Dario Siriac insiste toutefois sur le fait que la restructuration vise à préparer les élections générales prévues en 2026. Le rôle du Premier ministre, souligne-t-il, n’est pas d’organiser directement le scrutin, mais de garantir les conditions nécessaires au travail du Conseil électoral provisoire.
Pour Antonal Mortimé, coordonnateur général du Collectif Défenseurs Plus, la population n’attend pas seulement un changement de visages, mais des résultats concrets. Les priorités sont claires : sécurité, reprise du contrôle du territoire, baisse des prix des produits de première nécessité et retour à l’ordre démocratique. Il avertit que si les nouveaux ministres se limitent à la bureaucratie sans s’attaquer aux réalités de la faim et de l’insécurité, la population percevra ce remaniement comme un simple partage de postes ministériel.
Le coordonnateur rappelle également que ce changement était devenu incontournable, en raison de la crise ouverte entre le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le Premier ministre. Selon lui, l’État ne pouvait pas fonctionner avec deux têtes tirant dans des directions opposées.
Au-delà des critiques, le Pacte national souvent appelé selon lui, « Accord pour une Transition Politique et Pacifique » est censé servir de feuille de route vers les élections et la réforme constitutionnelle. Pour Défenseurs Plus, ce pacte doit inclure toutes les forces vives de la nation et placer le respect de la vie et la justice sociale au cœur des décisions. Sans justice pour les victimes des massacres et des violences, il restera « un vœu pieux », martèle Antonal Mortimé.
En somme, plusieurs observateurs estiment que ce remaniement n’apportera pas de solution politique réelle à une population à bout de souffle et considère les promesses du Premier ministre comme une utopie. D’autant que, malgré les déclarations du Premier ministre sur la nomination de technocrates conformément au l’article 3 du Pacte national, la majorité des nouveaux ministres ne présentent pas un profil technocratique.
Rappelons qu’Alix Didier Fils-Aimé avait été désigné le 10 novembre 2024, à la suite du limogeage de Garry Conille, et avait pris ses fonctions le lendemain, au retour des États-Unis.
Likenton Joseph
