Le département de l’Artibonite représente le plus grand espace de production de riz du pays. Dans cette région, il y a également une importante culture de haricots et de certains légumes. En revanche, le bas Artibonite fait face à des problèmes liés à le qui obligent les cultivateurs à abandonner les terres et de l’autre côté, dans le haut Artibonite, il y a une sécheresse intense qui détruit les plantations et une bonne partie du bétail. Actuellement, l’inflation a atteint le taux de 47 % dans cette zone, suivant les dernières données de l’Institut haïtien de statistique et informatique (IHSI) et les habitants font face à un niveau d’insécurité alimentaire aigüe.
Le coût du panier alimentaire a considérablement augmenté ces derniers mois à travers tous les coins du territoire, par rapport à la crise multidimensionnelle qui frappe les divers secteurs d’activité du pays. Depuis novembre dernier, le Conseil national de sécurité alimentaire (CNSA) a révélé que le prix du riz local a augmenté
respectivement sur les marchés de Ouanaminthe (59 %), du Cap-Haïtien (19 %), des Cayes (15 %) et de Jérémie (15 %). Aurius Simon, un planteur et un ancien représentant de l’une des sections communales du département de l’Artibonite, souligne que des paysans, qui avaient l’habitude de produire du riz, sont contraints d’acheter et de consommer le riz importé. « Une première ! Du jamais vu dans le département ! Le marché de L’Estère, qui reçoit ordinairement une énorme quantité de produits alimentaires venus de diverses localités agricoles, ne fonctionne plus comme auparavant. Au niveau de la Croix-Périsse, les hommes armés sèment la terreur et empêchent les commerçants de vendre, d’acheter et de faire circuler les denrées. Parallèlement, autre problème auquel fait face les cultivateurs, c’est la sécheresse. Les pertes sont énormes en ce moment. Pas d’électricité, il y a une rareté et une augmentation du coût des produits pétroliers sur le marché, des plantations de riz, de « lalo », de poireaux et de haricots sont en souffrance à cause du manque d’eau pour l’irrigation et de précipitations.
Le jeune planteur Jony Joseph, citoyen résidant à Gros-Morne, explique que la sécheresse perdure dans cette région depuis plus de trois mois. La production agricole, tant attendue par les familles, est dévastée par la chaleur. Les récoltes sont perdues puisque les paysans n’avaient pas accès aux pompes d’irrigation et ils étaient orphelins de tout autre accompagnement de l’État. Néanmoins, les habitants font face à une insécurité alimentaire sévère.
Selon le dernier tableau de l’IHSI, concernant l’Indice des prix à la consommation en décembre 2022, les produits locaux avaient contribué à 40,9 % dans le taux de l’inflation alors que les produits importés à eux-mêmes ont connu un taux de 60,2 %. Jusque là, le département de l’Artibonite et celui du Centre ont affiché le taux d’inflation le plus faible, soit 47,3 %. De fait, les citoyens de l’Artibonite critiquent le pouvoir central qui n’a rien fait pour apporter une réponse aux différents problèmes auxquels fait face le département. Jony Joseph déclare qu’il s’agit d’un complot des dirigeants pour éliminer la production agricole du département en vue de promouvoir les importations. Aurius Simon, pour sa part, dénonce les autorités concernées qui se montrent insensibles face aux problèmes de sécurité. « Les commerçants ont peur de faire des allers-retours dans les grandes villes. Il ne s’agit pas seulement du problème de la sécheresse. Les agriculteurs ont besoin aussi de sécurité. On ne doit pas laisser périr les meilleurs bras de l’économie, de la sorte. Le gouvernement et la communauté internationale doivent réagir urgemment et poser de vraies actions pour la stabilité et le calme », assure-t-il.
Oberde Charles
