Le ministre haïtien des Affaires étrangères, Jean Victor Généus, a présenté un tableau sombre de la crise qui prévaut dans le pays, au cours de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies le lundi 17 octobre. Lors de cette rencontre, plusieurs pays ont exprimé des réserves sur la pertinenced’une intervention militaire de l’ONU dans le pays.
« J’ai la délicate mission de porter, devant le Conseil de sécurité, le cri de détresse de tout un peuple qui souffre et de dire à haute et intelligible voix que les Haïtiennes et les Haïtiens ne vivent, ils survivent », a fait savoir le chancelier haïtien, et ce quelques semaines après avoir déclaré que tout était globalement sous contrôle.
La rentrée des classes, initialement prévue le 5 septembre et reportée au 3 octobre, n’a jusqu’à présent pas eu lieu. Quatre millions d’enfants ne peuvent pas aller à l’école, indique le diplomate, imputant la responsabilité aux exactions des gangs. « C’est une réalité très dure et insondable pour le peuple d’Haïti que je décris ici maintenant », a ajouté M. Généus.
Cependant, plusieurs pays,loin de la position des États-Unis et le Mexique, ont exprimé des réserves concernant le déploiement de la force militaire étrangère en Haïti, soulignant comme cause le manque de dépassement des acteurs pour trouver un accord dans l’intérêt du pays. « C’est plus que décevant que les partis politiques ne puissent proposer une feuille de route et voir la souffrance du peuple », a commenté le représentant de la Chine.
Le Brésil ne se montre pas trop favorable à ce qu’une force internationale vienne aider Haïti à sortir de son état de crise contrairement à la demande faite par les autorités haïtiennes. L’ONU doit, selon le représentant du Brésil au niveau du Conseil de sécurité de l’ ONU, examiner un meilleur moyen d’aider Haïti. Le représentant de la Fédération de Russie a affirmé de son côté que la situation en Haïti s’aggrave par rapport à leur dernière réunion.
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau dirige une réunion spéciale sur la situation d’Haïti. En effet, le Groupe d’intervention en cas d’incident, des ministres et des hauts responsables ont été convoqués ce mardi 18 octobre 2022, par le Premier ministre du Canada Justin Trudeau pour discuter de l’évolution de la crise en Haïti. Il s’agira lors de cette rencontre d’identifier la meilleure façon d’aider Haïti et envisage des mesures à adopter en vue d’exiger des comptes aux responsables de la crise.
Selon un compte rendu du gouvernement canadien, Justin Trudeau et les ministres ont exprimé leur profonde inquiétude par rapport à la dégradation de la situation sécuritaire et la crise humanitaire en Haïti. Notamment avec des gangs armés bloquant l’accès au plus grand terminal de carburant du pays, à l’eau, aux médicaments et à d’autres biens essentiels, de plus la résurgence du choléra risque d’aggraver la situation.
« Le Premier ministre et les ministres ont également discuté d’options supplémentaires en matière de diplomatie, d’aide humanitaire et de stabilisation pour soutenir la population haïtienne pendant cette crise ainsi que des mesures visant à exiger des comptes aux responsables de cette crise. Les ministères et organismes représentés à la réunion ont reçu le mandat d’évaluer d’autres façons d’offrir l’aide du Canada, en coopération avec les alliés et les partenaires et en fonction de la réalité et des besoins sur le terrain », lit-on dans le communiqué.
La demande du gouvernement ne fait pas l’unanimité entre les acteurs haïtiens.
Nombreux sont des acteurs politiques et de la société civile haïtienne qui considèrent que l’équipe gouvernementale a trahi le pays, en signant le document sollicitant une intervention étrangère dans le pays. Jean Robert Argant du Collectif 4 décembre estime que c’est dégradant que des étrangers décident à notre place ce qui nous conviendrait comme option pour résoudre la crise.
Tout en fustigeant les mauvaises décisions prises par les dirigeants qui se sont succédé et qui, selon lui, ont conduit à ce chaos, il dit croire que le pays a besoin d’aide pour sortir dans ce bourbier. M. Argant ne se positionne pas contre le support des pays amis, mais,à son avis, cela devrait se faire suivant un plan élaboré par l’État haïtien. Toutefois, il nous faudra attendre le vendredi 21 octobre pour connaître le vote accordé par le Conseil de sécurité de l’ONU à la demande du gouvernement haïtien.
Esdra Jeudy
