La Conférence des recteurs, présidents et dirigeants d'universités et d'institutions d'enseignement supérieur haïtiennes (CORPUHA) a lancé, ce jeudi 7 avril 2022, un symposium de deux jours autour de la problématique de l'Insécurité dans le pays. Les organisateurs espèrent, à l'issue de cette activité, proposer des pistes de solutions pour venir à bout de ce fléau qui gangrène le pays.
Le phénomène de l'insécurité est devenu un phénomène subi et questionné par tous les secteurs en Haïti. Pour le professeur Hérold Toussaint, le coordonnateur technique de cette activité, cette situation résulte de la faillite de « l'État qui n'a pas réussi le pari d'éduquer les masses populaires dans la voie de la liberté raisonnable ».
Le professeur pointe également du doigt les élites du pays qui, dit-il, ont créé un environnement propice à la violence, à l'arbitraire et à l'insécurité. Ni la question du bien-être collectif ni celle de l'avenir des couches défavorisées ne figurent dans leurs priorités. Au contraire, elles alimentent la reproduction d'une société de violence, se désole M. Toussaint.
« Dans le contexte de la dégradation de notre société, il nous faudra poser
sérieusement la question du mépris de l'autre. Elle ne doit pas être abordée d'une manière démagogique et folklorique. Le mépris de l'autre et la non-reconnaissance de sa dignité peuvent produire et alimenter la violence criminelle », poursuit-il.
Si le pays se trouve englué dans cette crise chronique c'est par ce que les gouvernements qui se sont succédé depuis des décennies n'ont jamais fait de l'insécurité une priorité, de l'avis de James Boyard spécialiste en sécurité. Pour lui, le pays est confronté à l'insécurité à tous les niveaux, à savoir: alimentaire, routière, pour ne citer que ceux-là.
Cependant, le professeur insiste, dans son intervention, sur l'insécurité criminelle, car d'elle dépend la solution de beaucoup d'autres, soutient-il. Selon lui, le pays fait face à une « insécurité de défense ». Il évoque l'assassinat du président Jovenel Moïse en sa résidence privée et des hommes armés qui occupent des territoires de la région métropolitaine de Port-au-Prince.
Une situation qui menace la souveraineté interne du pays de par l'ampleur que prend le phénomène. Le kidnapping de masse que subit la population aurait pour objectif d'assouvir des ambitions politiques, avance M. Boyard. Il indexe également le rôle des ambassades dans la détérioration de la situation sécuritaire du pays, qui selon ses constats, soutiennent parfois aveuglément des directeurs de police, malgré l'incompétence avérée de ces derniers.
Des chercheurs, des experts haïtiens défileront pendant ces deux jours de symposium sur la problématique de l'insécurité et exposeront leur vision de la situation, en vue d'identifier les causes de cette insécurité grandissante. Des alternatives seront proposées aux dirigeants. Il ne reste qu'à espérer assez de volonté politique pour les mettre en application.
Esdra Jeudy
