La situation est devenue chaotique dans la capitale dévastée. Tout se passe comme si la zone métropolitaine basculait littéralement du côté de Pétion-Ville et de quelques quartiers encore habitables de la Plaine du Cul-de-Sac.
Pétion-Ville devient un monstre urbain où il est désormais presque impossible de circuler. D’interminables embouteillages, des « parking » improvisés, des flottes de motards envahissant des rues étroites et jamais entretenues s’ajoutent à un paysage urbain noirci par les fumées qui s’échappent des tuyaux d’échappement, dans une « harmonie » qui ne semble pouvoir exister qu’en enfer.
La circulation se fait dans tous les sens. Seuls les plus audacieux parviennent à profiter de certaines ouvertures improbables ou à s’imposer, parfois, en laissant apparaître une arme aux yeux des autres conducteurs. Les policiers affectés à la circulation tentent tant bien que mal d’accomplir leur impossible mission au milieu de ce tintamarre de tous les diables.
L’accident survenu le week-end dernier au Canapé-Vert devrait interpeller le Service d’inspection des véhicules.
Nous attirons également l’attention du service de la circulation sur l’état lamentable de certains véhicules de transport public. Ils sont souvent d’une laideur atroce, portant les stigmates de soudures récentes et non dissimulées. L’intérieur de nombreux autobus constitue un véritable défi à l’hygiène publique et témoigne d’un irrespect flagrant envers les usagers.
Une intervention urgente des services de police concernés permettrait de ramener un peu de dignité dans le quotidien de la majorité des citadins qui voyagent en transport public.
Rappelons qu’après sa fondation par les colons français en 1749 et son développement comme capitale coloniale, Port-au-Prince comptait environ 6 200 habitants en 1789. À ce chiffre s’ajoutaient quelque 2 200 soldats et marins, soit environ 8 400 personnes si l’on inclut la présence militaire et maritime.
Aujourd’hui, selon certaines estimations de la Banque mondiale, lorsqu’on prend en compte non seulement l’aire officielle, mais aussi des zones de fait comme Croix-des-Bouquets, la population du Grand Port-au-Prince atteignait déjà environ 3,5 millions d’habitants en 2017, et jusqu’à 3 625 millions en 2019. Officieusement, il est fort probable que ce chiffre dépasse aujourd’hui les 4 millions d’habitants.
Les prochains gouvernements auront donc du pain sur la planche. La capitale ne peut pas rester dans l’état où elle se trouve aujourd’hui. Les dirigeants devront faire preuve d’ingéniosité, de courage et de vision pour transformer Port-au-Prince en un lieu enfin vivable.
Roody Edmé
