Depuis quelques semaines, les gangs coalisés maintiennent la capitale sous un siège permanent. Les nuits résonnent du vacarme alarmant des armes de guerre, tandis que les combats font rage à Nazon, à Kenskoff et dans la périphérie de Pétion-Ville
Les forces de l'ordre, appuyées par des brigades d'auto-défense, livrent un combat acharné pour défendre des positions régulièrement prises pour cible par des tirs de kalachnikovs et de fusils d'assaut M4, introduits sur le territoire par une contrebande de plus en plus sophistiquée à travers nos frontières poreuses.
Les bandes armées ont depuis longtemps affiché leurs priorités stratégiques : contrôler les principaux axes routiers qui "innervent" une capitale désormais exsangue. Depuis quelques jours, elles s’emparent également des antennes pour détruire les systèmes de communication des banques, de la police et d'autres institutions. Une approche aussi sophistiquée que redoutable, relevant de l'art de la guerre. Les forces légales ne font pas face à de simples «va-nu-pieds», mais à de véritables seigneurs de guerre, encadrés par des experts dont l'identité reste inconnue.
Le gouvernement doit prendre conscience de l'urgence de la situation et cesser de tergiverser face à un chaos grandissant. Les exécutions sommaires, les incendies criminels et les tirs aveugles minent le moral d’une population à bout de souffle. L’heure n’est plus aux querelles politiques ou aux luttes d’influence, mais à une véritable union nationale pour sauver l’âme du pays. Plus on attend, plus la situation se détériore et la solution devient plus complexe : on ne guérit pas un cancer avec de l’aspirine. Les Haïtiens attendent des autorités qu’elles passent enfin à l’action.
Dans les moments de fort challenge, comme c’est le cas maintenant, nos gouvernants se doivent d'être à la hauteur. Les défis sont immenses, les responsables doivent s'inspirer de la «résistance» des quartiers qui se barricadent, car c’est un pays où l’exemple vient toujours d’en bas, faute d’élites conscientes et consciencieuses. L'État doit à tout prix se pencher, sans se défiler, sur la problématique des brigades de vigilance pour voir comment les encadrer et les intégrer dans un système de sécurité fiable et discipliné. Il en va non seulement de la sérénité des citoyens, mais aussi de l’édification d’une société plus sûre, où l'espoir brille et où chacun a un rôle à jouer pour construire un avenir plus équitable, et donc plus sécurisé.
Roody Edmé
