Légitimité zéro
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Le 7 février 2022, tous les acteurs politiques haïtiens, sans exception aucune, qui se sont presque toujours montrés incapable jusque-là de sortir avec un consensus large et intégré dans les situations de grande crise sociopolitique dans le pays, vont se retrouver, tous, frappés du statut d’illégitimité à la fois légale et politique qui confèrerait un titre ou un autre, à celui-ci ou à celui-là, pour diriger la nation.
Le caprice, à tour de rôle des uns et des autres parmi ces acteurs politiques, teinté d’une audace utilisée abusivement et qui défie très souvent l’imagination humaine, a fini par les mettre dans cette situation similaire à un compte à rebours où ils ne disposent que de quelques jours, pour enfin réaliser ce qu’ils n’ont jamais pu faire. En dépit de grands exemples connus de tous où d’autres sociétés sont parvenues à résoudre leurs crises parfois semblables à celles qu’ont connues ou que connaissent actuellement la société haïtienne, les acteurs politiques haïtiens ont pris l’habitude à adopter des comportements jusqu’au boutistes comme s’ils étaient frappés par une sorte de malédiction qui les rend incapables de s’asseoir sans malice autour d’une table pour rechercher un consensus politique durable, pour travailler à un climat de paix, pour œuvrer au bonheur du peuple haïtien. Tous maudits, ils sont devenus incapables de faire une autocritique des différents comportements qu’ils affichent à l’occasion de chaque grande situation de crise sociopolitique que connait le pays. Si ce n’était pas le cas, ils auraient eu honte de n’avoir jamais pu livrer une période de paix relativement longue au peuple haïtien et conséquemment prendre conscience de cela pour décider pour une fois de travailler en ce sens. Pourtant, ce ne sont pas de bons exemples qui manquent :
- Assez loin de nous dans le temps et dans l’espace, le modèle de réconciliation nationale de Nelson Mandela qui, devenu Président de l’Afrique du Sud en 1994, exclut toute politique de vengeance et fait valoir la réconciliation nationale entre les noirs et les blancs. De la parole, il passa aux actes en tendant la main à son ennemi politique Frederik de Klerk et œuvra à faire de ce dernier un de ces deux vice-présidents à côté de Thabo Mbeki, et ceci jusqu’à la fin du gouvernement d’union nationale en 1996. Et moins de vingt (20) ans après, l’Afrique du Sud a pu accueillir deux grands évènements sportifs mondiaux : la coupe du monde de rugby en automne 1995 et la coupe du monde de football en été 2010 après avoir passé plus de cinquante (50) années dans la ségrégation. Ouaw !
- Très proche de nous dans l’espace, mais toujours pendant la période 1994, au mois de mai pour être plus précis, la crise électorale qu’avait connue la République dominicaine a été résolue grâce à un consensus politique entre tous les acteurs politiques où le Président alors en poste, Joachim Ballaguer, avait consenti d’écourter son mandat de deux ans, en passant seulement deux années au pouvoir (16 août 1994 – 16 août 1996) tandis que le mandat présidentiel prévu était (16 août 1994 – 16 août 1998), et est jusqu’à ce jour, de quatre (4) années. L’opposition politique dans ce pays avait considéré qu’elle perdait ces deux années que le Président allait passer au pouvoir. Mais au final, le seul grand gagnant était le peuple dominicain qui gagna quatre (4) années de paix. Le résultat est qu’aujourd’hui, la République dominicaine est un pays de plus en plus stable, un État gouverné, dirigé et administré, contrairement à notre pays. Au point que plusieurs de mes amis haïtiens qui vivent à l’étranger (USA / Canada / France / etc.) ont déplacé leur famille pour la domicilier là-bas, de manière à ce qu’ils puissent rencontrer leurs parents dans la paix et la sécurité.
- Plus près de nous dans le temps, mais en Afrique, et plus précisément en Côte-d’Ivoire, le mardi 27 juillet 2021, l’ex-Président Laurent Gbagbo et le Président actuel Alassane Ouattara, deux très bons amis politiques devenus de très gros ennemis politiques, ont fini, après plus de dix (10) années de lutte acharnée, par se retrouver autour d’une table en ayant pu projeter leur regard sur les intérêts du peuple ivoirien (en cliquant : rencontre entre Gbagbo et Ouattara sur YouTube, vous pouvez tout voir de par vous-même). J’ai frémi en regardant cette vidéo et j’aspire davantage depuis ce jour à la même chose entre les acteurs politiques haïtiens pour mon pays.
Pas même de façon apparente, aucun des acteurs politiques ne pourra continuer à user de l’audace dont eux seuls ont le secret pour avancer les genres d’affirmations qui sont les leurs pour s’accrocher à une position de pouvoir en vue de continuer à tirer des intérêts personnels et au mépris des intérêts de la population haïtienne. Car au-delà du 7 février 2022, il n’y a aucune provision constitutionnelle, légale, politique ou administrative que pourra se prévaloir un acteur politique pour se déclarer être la personne appropriée pour occuper une position politique dans la gouvernance de notre pays. Voilà pourquoi nous parlons de LÉGITIMITÉ ZÉRO. En effet, une seule catégorie d’élus du peuple pourrait se targuer d’exister encore, au-delà du 7 février 2022, c’est le dernier tiers du sénat. Mais, disons-le rapidement, cela ne pourrait être un justificatif pour revendiquer la gouvernance politique du pays, puisque le parlement est dysfonctionnel. Dès lors, il n’existera qu’une seule issue favorable de sortie de crise, c’est ce consensus politique véritable et effectif, c’est-à-dire large et intégrant toutes les forces vives de la nation, pour constituer une gouvernance politique provisoire pour une durée préalablement fixée ou déterminée, avec une date de départ et une date de fin mandat formellement explicitées.
À la manière de l’Afrique du Sud de Mandela qui a cherché à s’inventer un poste additionnel de vice-président dans le gouvernement d’union nationale pour forger une place pour Frederik de Klerk, qui fut le président sortant ; Haïti pourrait tout aussi bien prévoir des postes de présidents additionnels ou un conseil de Présidents de la République, comprenant trois (3) ou cinq (5) personnes, si les acteurs politiques pensent que cela pourrait aider au rétablissement de la paix dans le pays. Mais s’agissant du poste du Premier ministre, il devrait être occupé par une seule personne.
Dans quelle que soit la perspective, il faudra éviter le modèle de gouvernance politique monocéphale avec un Premier ministre sans un Président, comme c’est le cas actuellement, car cela crée une systématisation de violations de la constitution haïtienne, ce que nous avons déjà démontré lors d’un article précédent, et que le RECIMHA avait même donné une conférence de presse sur cette question.
Par ailleurs, une gouvernance politique monocéphale avec un Président provisoire sans un Premier ministre produirait les mêmes méfaits que celle avec un Premier ministre sans un Président de la République.
De plus, il faudra définir une feuille de route pour chaque Membre de ce gouvernement, à travers un document de projet de société, comme l’équivalent d’une lettre de cadrage, pour cette période de transition. De manière à éviter que chaque ministère devienne une sorte de grand boulevard, sans lumière rouge, pour que son titulaire ne fasse des provisions uniquement pour le clan qu’il représente.
Le profil et les critères de choix des membres de ce gouvernement provisoire devraient être mixés à la présence féminine sous la base minimale d’un tiers de ses membres ainsi qu’à l’appartenance des personnalités aux différentes tranches d’âge générationnel (31 à 40 ans / 41 à 50 ans / 51 à 60 ans / 61 à 70 ans / 71 à plus) comme une sorte de postulat à sa formation.
À l’élaboration dudit projet de société pour cette période dite de transition, le Regroupement Citoyen pour une meilleure Haïti (RECIMHA) est prêt à donner sa contribution sous la forme d’une proposition d’un modèle dudit projet de société pour servir de toile de fond aux débats qui devraient aller en ce sens.
Il est temps pour que le pays recommence à être gouverné, dirigé et administré ; l’unité en est la seule condition pour y parvenir. L’UNITÉ, SEULE CONDITION DE NOTRE SUCCÈS, telle est la devise du RECIMHA avec laquelle nous bouclons cet article.
Jean Robert PLAISIMOND
Président
Regroupement Citoyen pour une meilleure Haïti (RECIMHA)
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