De la mémoire à l’avenir: l’ONA et ses 60 ans d’engagement pour une sécurité sociale renforcée en Haïti
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La protection sociale constitue un ensemble de dispositifs destinés à prémunir les individus contre les risques et aléas susceptibles de compromettre leur revenu ou leur bien-être, tels que la maladie, le chômage, la vieillesse ou la pauvreté. Elle se décline en deux volets complémentaires: la sécurité sociale, fondée sur un système d’assurance obligatoire financé par les cotisations sociales et visant à couvrir les risques liés à l’emploi, et l’assistance sociale, qui repose sur des prestations versées aux personnes en situation de précarité indépendamment de leurs contributions (Dellavalle, 2018). Ainsi, la sécurité sociale organise une solidarité contributive inscrite dans une logique d’interdépendance entre générations et classes sociales (Esping-Andersen,1990), tandis que l’assistance sociale incarne une solidarité nationale plus large, ciblée sur la redistribution et l’aide aux plus démunis. Ces deux dimensions forment un système intégré indispensable à la cohésion sociale, au cœur des missions d’institutions publiques telles que l’ONA, qui œuvre à la consolidation d’une sécurité sociale renforcée et adaptée aux particularités du pays.
Depuis sa création par décret en 1965, l’ONA, chargée de garantir aux travailleurs du secteur privé une pension décente en reconnaissance de leurs années de service, a progressivement modernisé ses services et élargi sa couverture, renforçant ainsi son rôle stratégique face aux enjeux démographiques et socio-économiques propres à Haïti. Ce long parcours reflète à la fois un processus de construction institutionnelle, bâti sur une mémoire organisationnelle, et un effort d’innovation en constante évolution.
Cependant, cette évolution n’a pas été sans défis. Pendant longtemps, l’ONA a été exposée à des influences politiques marquées, notamment par des nominations de dirigeants externes souvent imposés selon des logiques partisanes. Ces pratiques ont affaibli la continuité administrative et la cohérence stratégique de l’institution, déstabilisant parfois son fonctionnement par des orientations à court terme éloignées des réalités techniques nécessaires à une gestion efficace des fonds de sécurité sociale.
Face à ces limites, le choix d’un leadership interne constitue une rupture salutaire et porteuse d’espoir. Ancrée dans une connaissance approfondie des mécanismes internes et la mémoire institutionnelle, la direction interne garantit une stabilité essentielle et une gouvernance efficiente. Ce leadership assure la consolidation des acquis tout en favorisant une innovation adaptée aux besoins spécifiques de l’institution, inscrivant ainsi l’ONA dans une dynamique de progrès durable. Il importe que les responsables soient des professionnels expérimentés, engagés dans la mission sociale de l’institution et dotés d’une vision à long terme, loin des fluctuations politiques.
Cette année marquant les 60 ans de l’ONA sous l’égide d’un cadre interne, Monsieur Ronald Bazile, plusieurs signaux positifs se révèlent. L’office a franchi des étapes décisives dans l’amélioration de sa gouvernance, notamment à travers des séminaires de formation sur la gouvernance et le leadership qui soulignent l’importance accordée à la professionnalisation des cadres et au développement d’une culture organisationnelle basée sur la transparence, la redevabilité, la performance et l’éthique. La valorisation des compétences et la motivation du personnel s’inscrivent désormais au cœur de la stratégie institutionnelle, condition indispensable pour une meilleure gestion des ressources humaines et une prise de décision efficace.
Par ailleurs, l’ONA s’est engagée avec détermination dans un programme national de stages pratiques en entreprise, visant à renforcer l’employabilité des jeunes. En partenariat avec le Ministère des Affaires Sociales et du Travail, ce dispositif crée des passerelles entre formation et marché du travail, renforçant ainsi la justice sociale et la participation économique des jeunes générations. Cet engagement illustre la volonté de l’Office de contribuer durablement à la lutte contre l’exclusion sociale, tout en élargissant la couverture sociale.
Le soixantième anniversaire de l’ONA est également marqué par le lancement des initiatives telles que « ONA KREDI ESPWA » et « KREDI LEKÒL », qui proposent des solutions financières adaptées aux assurés pour faire face aux urgences sociales, investir dans l’éducation et améliorer leurs conditions de vie. Parallèlement, la mise en place d’une Unité de Gestion de Carrière et de Formation (UGCF-ONA) renforce la capacité interne de l’institution à anticiper ses besoins en compétences, accompagner ses employés et garantir une gouvernance équitable et transparente. Ces initiatives conjuguent soutien direct aux bénéficiaires et développement stratégique du capital humain, témoignant d’une approche humaine centrée sur le mieux-être de la population et la solidité institutionnelle nécessaire pour affronter les défis contemporains.
En outre, la collaboration avec l’Université d’État d’Haïti pour la création de la Chaire de Droit de la Protection et de la Sécurité Sociale constitue un jalon majeur. Cette initiative académique vise à professionnaliser davantage le domaine, en renforçant les compétences juridiques et managériales. Elle offre à l’ONA un socle scientifique solide, reposant sur le lien entre savoirs universitaires et besoins opérationnels, pour garantir une gouvernance éclairée et innovante, capable de relever les défis futurs.
De plus, une série de rencontres, dont une journée de partage et de découverte organisée par la Commission Harmonie et Culture (CHC) et un match de football avec l’OFATMA, autre institution de sécurité sociale, a été tenue sous le thème « ONA en Famille: Partage et Découverte ». Ces rencontres ont réuni cadres, employés, assurés et partenaires dans une ambiance chaleureuse, renforçant ainsi les liens sociaux et institutionnels.
Enfin, dans une perspective d’équité sociale, l’Office a noué des partenariats innovants avec des acteurs de l’économie informelle, notamment le Rasanbleman Madan Sara Ayiti (RAMSA), acteur fondamental souvent marginalisé. Cette collaboration contribue à élargir la couverture sociale et à intégrer des populations traditionnellement exclues.
Ainsi, ces soixante années d’existence révèlent une institution qui a su bâtir un socle solide, confrontée toutefois aux aléas politiques du passé. Elle trouve désormais dans la promotion des cadres internes un moteur de stabilité, d’efficacité et d’inclusion. Cet équilibre entre mémoire et innovation est indispensable pour renforcer la sécurité sociale en Haïti, assurant que l’ONA demeure un acteur clé au service des travailleurs et de la justice sociale. La consolidation d’un leadership interne compétent et engagé est la garantie d’un avenir institutionnel pérenne et d’une protection sociale renforcée. Parce qu’avec les cadres internes, la mauvaise presse, le gaspillage des ressources des classes laborieuses dans des prêts non rentables et la diffamation ne sont pas d’actualité. Avec les directeurs internes, c’est l’administration qui prime sur la politique.
Rubson BRUMAIRE
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