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La spirale sans fin : la trahison d’Haïti par les promesses internationales

La spirale sans fin : la trahison d’Haïti par les promesses internationales

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Une nation abandonnée aux loups de la rhétorique vide
L’Organisation des États Américains a dévoilé le 20 août un énième plan de salut—une feuille de route de 2,6 milliards de dollars s’étalant de 2025 à 2028. Ce plan grandiose arrive comme une cruelle plaisanterie dans une nation où les gangs armés contrôlent près de 90% de Port-au-Prince. L’actuel Conseil Présidentiel de Transition à neuf membres ne peut même pas sécuriser sa propre capitale, pourtant des murmures émergent sur son expansion à 10, 12, ou 15 membres—comme si ajouter des chaises à un navire qui coule pouvait le rendre navigable.
Les Marionnettistes : Le Core Group et l’Orchestration Américaine
Derrière la façade théâtrale opère le vrai gouvernement d’Haïti—le Core Group. Cette assemblée fantôme d’ambassadeurs étrangers tire les ficelles tandis que les officiels haïtiens dansent selon leur chorégraphie. Les États-Unis maintiennent la fiction de vouloir une Haïti “prospère et démocratique,” pourtant leurs actions révèlent une priorité différente : le déclin contrôlé plutôt que la stabilité authentique.

La nomination de l’Ambassadeur Henry Wooster comme Chargé d’Affaires en juin 2025 témoigne d’une “approche pangouvernementale” pour superviser un effondrement pannational. La position américaine demeure stratégiquement ambiguë : suffisamment préoccupée pour maintenir le contrôle, jamais assez engagée pour résoudre réellement la crise.
La mascarade constitutionnelle de Fils-Aimé

Des rumeurs se répandent sur les ondes concernant la potentielle visite du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à l’OEA—une aberration constitutionnelle parfaite. Lors d’une rencontre du 14 juillet 2025, le Sous-secrétaire d’État Christopher Landau a rencontré Fils-Aimé pour discuter de “restaurer la sécurité et l’ordre constitutionnel”—l’amère ironie étant qu’il menait cette discussion avec le mauvais officiel constitutionnel.
Selon la Constitution haïtienne, la diplomatie relève des prérogatives présidentielles, non du Premier ministre. Pourtant Fils-Aimé conduit maintenant les relations internationales d’Haïti tandis que le Conseil Présidentiel qui l’a nommé se révèle incapable de gouvernance de base. Cette inversion révèle le pragmatisme cynique des puissances internationales : elles travaillent avec quiconque fournit l’apparence de légitimité, l’ordre constitutionnel n’ayant aucune importance.
 L’architecture de la destruction
À travers des années de politiques mal conçues, la communauté internationale a construit une autoroute pour les gangs criminels. En février et mars 2025 seulement, 1 086 personnes ont été tuées, 383 blessées, et plus de 60 000 forcées au déplacement—s’ajoutant au million de sans-abris existant. Cette paralysie n’est pas de l’incompétence—c’est de la complicité déguisée en préoccupation.
Avec 11% de la population déplacée, près de 1,3 million de personnes s’entassent dans des camps dépourvus de nourriture et de soins médicaux. Les écoles—autrefois temples de possibilité—abritent des familles en survie désespérée. Toute une génération grandit avec des traumatismes au lieu de manuels, la terreur au lieu d’enseignants.

L’étreinte américaine sélective
Les États-Unis maintiennent leurs contradictions calculées. Landau a “exprimé le soutien à la mission d’Appui Sécuritaire Multinational, mais souligné le besoin d’un partage plus grand du fardeau”—soutenir une mission tout en exigeant que d’autres la financent. Simultanément, l’Amérique promet d’utiliser “sanctions et restrictions de visa contre ceux qui favorisent l’instabilité”—sans jamais cibler les facilitateurs institutionnels qui perpétuent le système.
Quand Washington reconnaît la nomination de Fils-Aimé, il valide un processus contournant l’ordre constitutionnel haïtien. L’“approche pangouvernementale” américaine se révèle être un abandon pangouvernemental déguisé.

Le cimetière institutionnel
L’OEA a présidé à la destruction avec l’efficacité d’un entrepreneur de pompes funèbres. L’ONU documente le carnage : plus de 5 600 morts l’année dernière, une augmentation de 20%. La violence basée sur le genre a explosé avec 347 incidents en cinq mois. La CARICOM exprime sa “profonde préoccupation”—suffisante pour des déclarations, insuffisante pour agir.
Pendant ce temps, les élites profitent de l’agonie. Les riches survolent en hélicoptère les quartiers en flammes, les connectés naviguent au-delà des checkpoints de terreur, laissant les pauvres piégés dans un archipel de violence.
L’enclave des rêves brisés
Le peuple haïtien se trouve emprisonné dans une enclave de promesses vides où chaque initiative internationale devient un barreau de leur cage. La faim étreint plus de 5,7 millions d’Haïtiens—des conditions de famine sans précédent dans l’hémisphère occidental en 2025.
Il y a quelque chose d’uniquement cruel dans l’espoir répétitivement offert puis arraché. Haïti s’est vu promettre le salut tant de fois que “feuille de route” est devenu obscène. Le peuple a été conditionné à la trahison, entraîné à sourire poliment tout en se préparant à l’abandon inévitable.
Ils sont épuisés jusqu’aux os—fatigués d’être une étude de cas, une crise, une note de bas de page. Fatigués de voir leurs enfants grandir dans des camps au lieu d’écoles, d’enterrer leurs morts au lieu de construire leur avenir.
 Le verdict de l’histoire
Dans le hall des miroirs haïtien, l’aide devient revenus de gangs, le développement devient dépendance, la démocratie devient théâtre. Les rumeurs de visite de Fils-Aimé à l’OEA cristallisent cette distorsion : un Premier ministre menant une diplomatie présidentielle tandis qu’un Conseil Présidentiel fait le mort.

L’Histoire se souviendra du Core Group, de l’OEA, de l’ONU, et de la CARICOM comme architectes d’un échec humanitaire majeur du 21ème siècle. Les États-Unis, puissance hémisphérique dominante, portent une responsabilité particulière : leur politique traite Haïti non comme un voisin à assister mais comme un problème à gérer—le déclin contrôlé devenu destruction contrôlée.

Le peuple haïtien n’est pas victime d’une catastrophe naturelle mais de mauvaise pratique institutionnelle hémisphérique. Dans les ténèbres d’Haïti, nous voyons la faillite de notre système international, le vide de la gouvernance mondiale, la cruauté de notre indifférence collective.
La prochaine fois que quelqu’un propose une autre feuille de route, le peuple haïtien a gagné le droit de dire : Ça suffit. Haïti mérite mieux.


Pierre-Richard Raymond

Le 25, Août 2025 New York

Sources

Département d’État des États-Unis : “Deputy Secretary Landau’s Meeting with Prime Minister Fils-Aimé of Haiti,” Readout Office of the Spokesperson, 14 juillet 2025
• Organisation des États Américains : Communiqués de presse et déclarations officielles, août 2025
• Nations Unies : Rapports du Conseil de sécurité sur Haïti, Nouvelles de l’ONU, statistiques sur la violence et les déplacements (2024-2025)
• CARICOM : Déclarations officielles des Chefs de gouvernement de la Communauté caribéenne sur la crise haïtienne
• Rapports 

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