Maître André Michel du barreau haïtien aux bancs de l’église de Saint-Denis
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Le présent article s’attarde sur la figure controversée de Maître André Michel, autrefois présumé “avocat du peuple,” aujourd’hui pèlerin sans gloire dans une église de Saint-Denis, en France. Cette réflexion mêle analyse politique, satire mordante et interrogation philosophique sur la frivolité et fragilité du pouvoir, l’hypocrisie religieuse et la logique des responsabilités. Dans ce texte, je soutiens que le destin du "maître" n’est ni persécution ni hasard, mais la manifestation classique du principe de causalité.
La fuite en prière comme stratégie judiciaire ?
Il est des matins où l’on hésite entre la compassion morale et humaine et le rire voltairien. Ce matin, pourtant, la balance penche du côté de l’ironie. L’on découvre Maître André Michel, ancien ténor du barreau haïtien, figure médiatisée de la lutte politique contre le président Jovenel Moïse, aujourd’hui prosterné dans une église de Saint-Denis, non pas à Notre-Dame, ni à Saint-Germain-des-Prés, mais dans cette périphérie parisienne aux allures de purgatoire social. L’image est saisissante : le maître prie. Fervent. Humble. Presque repenti.
Mais à qui prie-t-il donc ? À qui adresse-t-il ses supplications ? À Dieu ? Ou à la République française, qu’il espère désormais hospitalière, oublieuse, complice ?
Quand le chantre de la morale politique devient fugitif
Hier encore, André Michel dénonçait on ne sait quoi, plaidait pour le blocage du pays au nom du peuple, défiait et menaçait le président Jovenel. Aujourd’hui, il s’exile en douce, tel un pèlerin inquiet d’un retour de bâton judiciaire. Ironie de l’histoire : celui qui réclamait la fermeture de la capitale fuit la lumière ; celui qui brandissait l’étendard de la loi semble aujourd’hui redouter ses rigueurs. N’est-ce pas là une manifestation éclatante de ce que les philosophes appellent la réversibilité du destin ?
De Saint-Denis à Washington : la géopolitique des illusions
S’imaginer que Saint-Denis, ou la France, serait un sanctuaire imprenable contre toute procédure d’extradition, c’est oublier que Paris ne s’est jamais véritablement opposé à Washington. Rappelons la guerre du Golfe : les envolées gaulliennes firent long feu dès que les bombes tombèrent. L’illusion d’une dissidence française face aux USA relève souvent plus du folklore politique que de la réalité diplomatique.
De fait, si la justice américaine ou haïtienne décidait d’engager des poursuites, nul doute que la France, marraine fidèle du bloc occidental, saurait faire preuve d’une docilité juridico-diplomatique exemplaire. En somme, ce n’est pas parce qu’on prie à Saint-Denis qu’on est hors de portée du FBI. Et de la justice américaine.
Quand la prière devient plaidoyer hypocrite
Face à ce tableau, il convient de se rappeler les vers amers de Jacques Brel :
“C’est trop facile que d’aller aux églises,
D’aller gueuler toute sa saleté
Face au curé qui, devant la lumière grise,
Ferme les yeux pour mieux nous pardonner. »
La repentance publique du maître relève-t-elle d’une réelle conversion, ou bien d’une mise en scène pathétique pour adoucir le regard de l’opinion ? Peut-on vraiment croire que quelques genoux fléchis et une Bible feuilletée effacent les abus commis au pays Haitien, les trahisons envers le peuple haïtien, les compromissions, les enrichissements inexpliqués, les promesses non tenues
La loi du karma : ni dieu, ni maître, mais la justice des faits
En définitive, ce que vit le maître aujourd’hui n’est pas un complot, ni une cabale politique. C’est une simple conséquence. Une résultante. Un écho. Le fruit mûr des graines semées dans la duplicité. Il ne s’agit ni d’un châtiment divin, ni d’un jugement moral, mais de l’application froide de la loi de causalité : à chaque cause, sa conséquence.
Toutes les religions du monde, du bouddhisme au christianisme, insistent sur ce principe universel : on récolte ce qu’on a semé. Et ni les saints, ni les anges, ni le sang d’un rédempteur, ni les églises, ni la République française ne pourront éternellement suspendre la gravité de ce qui a été semé au nom de l’ambition, du pouvoir ou de l’impunité.
Le désert commence à Saint-Denis
La trajectoire de Maître André Michel pourrait nourrir un traité de philosophie politique contemporaine haïtienne : comment les chantres de la justice se muent en fugitifs, comment les tribunaux se vident pour devenir des temples, comment les discours se retournent contre leurs auteurs.
Peut-être Saint-Denis n’est-il que la première station d’un long chemin de pénitence. Mais il faudra plus qu’un rosaire pour réconcilier le peuple haïtien avec ceux qui l’ont trahi sous prétexte de le défendre.
Dr. Ernst M. JACQUITTE
Enseignant
Université d’Etat d’Haïti
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