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Lettre ouverte à Kémi Séba Haïti, juin 2025

Lettre ouverte à Kémi Séba Haïti, juin 2025

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Monsieur Kémi Séba,

Vous êtes une voix que beaucoup, à juste titre, écoutent avec respect.

Votre engagement contre l’impérialisme occidental, vos appels à la souveraineté africaine, votre critique de la Françafrique et du néocolonialisme trouvent écho dans de nombreux cœurs éveillés.

Mais il est une ligne que vous semblez franchir, à propos d’Haïti, et que je ne peux laisser passer sans réaction.

Vos propos récents sur les gangs en Haïti ne sont pas seulement inquiétants — ils sont dangereux.

Présenter ces groupes armés comme des expressions populaires, comme des embryons de révolution, c’est commettre une double erreur : une erreur d’analyse, et une trahison morale.

Les gangs en Haïti ne sont pas des forces révolutionnaires.

Ce ne sont pas des groupes d’auto-défense.

Ce sont, pour la grande majorité, des instruments de contrôle social, armés et financés par des élites économiques, des politiciens véreux, parfois même par des intérêts étrangers.

Ils ne luttent pas contre l’ordre injuste — ils en sont le prolongement, par d'autres moyens.

Ils n’érigent pas de barricades pour libérer le peuple — ils dressent des murs de feu pour l’enfermer.

Chaque balle tirée dans un quartier populaire est une trahison de Dessalines.

Chaque kidnapping est une insulte à Catherine Flon.

Chaque viol, chaque massacre, chaque incendie, ce n’est pas la révolte des opprimés — c’est leur crucifixion.

Vous connaissez pourtant ce qu’est une révolution.

Vous avez cité Sankara, Ibrahim Traoré. Vous avez rappelé les exigences, les sacrifices et les consciences éclairées qui forgent l’histoire.

Et nous aussi, ici, nous avons eu les nôtres :

Dessalines, Christophe, Charlemagne Péralte, Rosalvo Bobo, Goman, Jacques Stephen Alexis, les Biassou, Jean-François, Mackandal et tant d’autres noms qui sont tombés pour un rêve de justice, d’égalité, de souveraineté.

Alors comment osez-vous, Monsieur Séba, élever au rang de "résistants" ou de "révolutionnaires" des individus comme Izo, Vitelhomme, ou "Lanmò San Jou" ?

Ce sont des hommes qui n’ont ni conscience de classe, ni idéologie, ni horizon collectif.

Ce sont des figures de l’effondrement, pas de l’émancipation.

En les légitimant, même implicitement, vous ne les élevez pas — vous abaissez le mot révolution.

Vous tuez une seconde fois les martyrs.

Vous crachez sur la mémoire de ceux qui ont combattu les armes à la main, oui, mais au nom d’un idéal.

Pas au nom d’un territoire à piller, d’un peuple à terroriser, d’enfants à violer, ou de rançons à extorquer.

Savez-vous ce que vivent les quartiers populaires aujourd’hui en Haïti ?

Des enfants brûlés vifs dans des maisons incendiées.

Des femmes violées collectivement, souvent devant leurs enfants.

Des jeunes enlevés, torturés, mutilés pour un simple refus.

Des populations entières déplacées, des familles décimées dans des massacres à huis clos.

Et pendant ce temps, ceux que vous semblez valoriser se filment en train de poser, kalachnikov à la main, dans des ruines qu’ils ont eux-mêmes créées.

Avez-vous oublié que la révolution haïtienne est née d’un idéal de dignité radicale ?

Ce fut une révolution contre l’esclavage, contre l’humiliation, contre le pouvoir des maîtres et des marchands.

Jean-Jacques Dessalines n’a jamais construit sa légitimité sur le chaos, mais sur l’unité des opprimés.

Et il n’a jamais retourné ses armes contre son propre peuple.

Catherine Flon n’a pas cousu le drapeau de la haine entre quartiers populaires.

Elle a cousu un symbole d’unité, de souveraineté, de peuple debout.

Aujourd’hui, les gangs que vous évoquez déchirent ce drapeau chaque jour. Ils le brûlent dans chaque rapt, chaque balle perdue, chaque gamin enrôlé.

Nous savons que l’impérialisme alimente parfois ces milices dans l’ombre.

Mais cela ne fait pas de ces groupes des anti-impérialistes. Cela en fait des sous-traitants de la destruction, des relais d’un chaos programmé.

Non, la révolution ne viendra pas des kalachnikovs des gangs, mais de la conscience des masses.

Elle ne viendra pas du feu qui brûle les écoles, mais de celui qui éclaire les esprits.

Si vous êtes sincèrement avec les peuples, écoutez leur douleur.

Et si vous êtes vraiment contre l’impérialisme, refusez d’en devenir le miroir déformé.

Avec respect mais gravité,

James Saint Germain

Fils digne d’Haïti

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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