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Transition : Errements et lacunes

Transition : Errements et lacunes

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Disons-le clairement aujourd'hui : Les démocrates conséquents du pays, ont perdu la première manche de la mise en œuvre de la transition de rupture promue par l’Accord du Montana, et, à laquelle ont adhéré tant de citoyens.

Si nous refusons de capituler, nous devons tirer les leçons de cette débâcle, changer notre fusil d'épaule et nous remettre à la tâche.

Identifions donc les erreurs et les lacunes qui ont causé cet échec.

Un tel exercice est plus que nécessaire, car c'est le début d'une ère nouvelle où les paramètres géopolitiques et économiques ont changé.

Nous ne vivons plus dans l’Haïti d’autrefois où la pauvreté pouvait côtoyer l’honnêteté. C'est le retour de la loi de la jungle, le règne des plus coquins, des assassins.. Nous ne pouvons pas rater notre entrée dans ce nouveau monde, sous peine de disparaitre et de détruire toutes nos valeurs ancestrales et patrimoniales.

Nous avons peu de cartes, certes mais nous avons notre intelligence et notre fierté de nation d’avant-garde de la race noire qui devraient nous inspirer et nous aider à nous surpasser dans ces moments combien déconcertants.

L'élite intellectuelle et politique doit approfondir la réflexion dans deux directions complémentaires :

1. Les causes et les raisons de notre descente vertigineuse aux enfers.

2. Les conclusions à tirer pour guider nos pas vers une rédemption ?

Nous dans un précédent article essayé de faire l'inventaire de nos négligences, nos erreurs et nos lacunes puis, dans le dernier, proposer quelques pistes pour une sortie de crise à la mesure de nos ambitions humanistes, patriotiques et démocratiques.

Nous indiquons dans cet article la voie logique duchangement, au delà de la veulerie des crapules qui jouent à la chaise musicale au Villa d'accueil,

Contrairement à nos illusions, la transition actuelle a été conçue et consacrée à Kingston, le 13 mars 2024, à notre insu par Ariel Henry et ses maîtres néocolonialistes et les renégats du Conseil Provisoire de transition (CPT), sans que nous en soyons conscients. Elle a pris la forme d'un cadre gouvernemental totalement étranger aux dispositions en discussion entre les parties haïtiennes comprenant entre autres, les représentants du Bureau de suivi (BSA) de Montana. Il s’agissait, par exemple de suivre un modèle républicain favorisant l’exercice de contre pouvoirs, en face de l’Exécutif. Dans le décret issu de l’Entente de Kingston, il n’en était rien. Le CPT était un pouvoir, sans contrepartie qui n’avait de compte ç rendre qu’à ses maitres étrangers.

Pendant que l’on palabrait en Haïti, les décisions se prenaient sous la dictée de la Communauté des Caraïbes (CARICOM). Une nouvelle stratégie était en rodage par les néo-impérialistes. Ne pas s’exhiber clairement mais passer par des sous-fifres grassement rémunérés, Kenia, CARICOM, BINUH, complices nationaux, pour réaliser des forfaits difficiles d’assumer tels que ce génocide qui se réalise à quelques kilomètres des États-Unis.

Ainsi avons-nous accepté que ce soit un premier ministre intérimaire Garry Conille, désigné par Ariel Henry lui-même, donc à sa solde, qui assure la passation de pouvoir et impose les conditions de la formation du CPT. Il faut bien distinguer aux premières loges de l’inconséquence, les neufs larrons du CPT qui ont tout avalisé. Ils ont choisi à l’unanimité un ancien premier ministre de Michel Martelly, le président qui a lancé le processus de destruction du pays, Fritz Alphonse Jean a été de ceux-là.

Ce CPT n'est pas, contrairement à ce qu’on continue de répéter, une émanation de l'accord du 3 avril 2024. Nous voulons pour preuve le fait qu’il n'y soit fait mention nulle part dans le décret créant le CPT qui, au contraire, prend le contrepied des dispositions du document supposément authentique. Ce décret du premier ministre provisoire d’Ariel Henry, M. Patrick Michel Boisvert est donc un faux dont les principaux instigateurs en sont sortis les bénéficiaires exclusifs, y compris, Fritz Alphonse Jean, représentant de Montana qui veut aujourd’hui donner l’impression d’être différent de ses pairs.

Pressé de tourner la page Ariel Henry et pensant qu’aucune expérience ne pouvait être pire, nous nous sommes laissés duper, comme des enfants de cœur. Au point où nous continuons de parler de l’accord du 3 avril 2024 ou à réclamer sa publication dans le journal officiel, Le Moniteur. Le CPT ne peut pas renier son acte de naissance fait à Kingston, le 13 mars 2024. Les mamelles généreusement offertes par Michel Patrick Boisvert, sous la forme de ces allocations vertigineuses sont une opportunité unique pour ces ratés dont plusieurs sont ou étaient dans les collimateurs de la Justice.

Les parties haïtiennes, y compris le mouvement Montana, se sont laissés prendre au piège d'une précipitation qui ne correspondait pas à l'envergure des enjeux du moment. À leur décharge, il faut reconnaître la pression psychologiquement déstabilisatrice d'une impatience populaire autour de l'urgence de créer ce gouvernement de transition, sans délai, afin de lancer le processus de délivrance. Nos camarades se levaient tôt, dormaient tard pour achever un produit le plus parfait possible et, ce faisant négligeaient de se faire accompagner par le peuple. Même Cela a été l’erreur fatale. Autrement, ces buts à la « mano de Dios » n’auraient jamais pu passer inaperçus. Le manque d’instruction n’élimine pas le gros bon sens.

Les négociateurs étaient parfois tenus dans la presse, pour responsables de la perpétuation des malheurs du pays, accusés de tous ces maux. La communauté internationale était le fer de lance de cette campagne non innocente. On comptait les jours soit disant perdus dans des négociations jugées inutiles. Comment travailler sereinement dans de telles conditions ?

C'était banaliser Haïti. On peut prendre un mois pour désigner un nouveau pape mais on ne nous donne pas même une semaine pour désigner “9 conseillers présidents”. Quel veting sérieux aurait pu être réalisé. Dans de pareilles conditions ? On sait combien les néo-colons aiment traiter avec des gens qu’ils peuvent manipuler, faire chanter, en raison de dossiers scandaleux. Les cas de Manuel Noriega et de Michel Martelly, plus près de nous sont édifiants.

Ce climat d'intoxication devait faiblir notre lucidité, nous fatiguer et favoriser les manipulations de la Caricom représentant des néo coloniaux.

C'est ainsi qu'on est arrivé à créer un cocktail molotov en mettant tout et son contraire dans un même panier et en souillant des oranges déjà passablement meurtries par des oranges pourries, tels que les trois braqueurs de la BNC. Quel débat, quel consensus, quelles décisions sérieuses pourraient être prises plus tard dans ce tour de Babel?

Nous avons fait preuve d'une naïveté coupable en nous laissant convaincre du bien fondé d'un pluralisme impossible.

La délivrance d'Haïti devait ainsi se réaliser dans une unité plurielle angélique et parfaite. Les loups et les brebis vont pouvoir s'entendre sur un destin commun. Perspective purement puérile.

Cette utopie n'est pas seulement propre à Montana et aux parties en négociation. Elle est culturelle. Le bon dieu bon est fortement ancré dans notre cerveau.

La participation des responsables du chaos à la gestion de la transition, en dehors de toute repentance, sans recours à une sanction même symbolique de la nation, en déni à la justice et sans réparation, a été une récompense accordée aux bourreaux et une invitation de continuer à travailler sous la dictée de leurs commanditaires.

Pour nous montrer conciliants, parfois de manière très intéressée, nous avons bu le calice jusqu'à la lie. Nous nous sommes assis à la table des voleurs et des criminels. Nous ne nous mentons même pas en nous disant que c'est pour les étouffer. Nos représentants ayant déjà mordu dans l'hameçon et essayaient de nous attirer dans la merde.

Ce contresens grotesque n'a pas été dénoncé.

De fait, les anciens PHTKistes, majoritaires au CPT ont tout bonnement repris l'agenda du feu président assassiné Jovenel Moïse, tel que mentionné dans le décret du Premier ministre intérimaire Patrick Michel Boisvert qui les nomme. Ce dernier n’a pas raté l’occasion pour nous appliquer une raclée de bois vert.

Manque d'expérience organisationnelle.

Tous nos malheurs ne sont pas imputables à nos adversaires. Nous y avons prêté le flanc, à bien des égards, La société civile haïtienne a peu d'expériences dans la gestion des structures démocratiques de management politique. Pratiques que l’on apprend dans la vie démocratique des mouvements de masse non totalitaires. Les secteurs qui seraient les plus attirés par de telles approches se retrouvent malheureusement dans une gauche haïtienne ayant pour modèle le centralisme démocratique soviétique où tout se décide par l’avant-garde au bénéfice de la masse ou du peuple.

L’histoire a montré les dérives totalitaires qui ont résulté de ces directions antidémocratiques, intolérantes et destructrices des velléités individuelles de participation et d’autocritique. L’individu est écrasé par l’appareil. Le mouvement de Montana a hypothéqué une bonne partie de ses potentialités en se laissant ce courant de la gauche haïtienne qui ne date pas d’hier et qui pourrait continuer à freiner les velléités de beaucoup de patriotes tenus, ostracisés, à tort ou à raison.

Beaucoup d'erreurs ont été commises, à cause de cette carence de savoir et de savoir faire ainsi que des préjugés qui y sont associés. Les comportements dits petits bourgeois deviennent le talon d’Achille de la gauche et des mouvements qu’elle phagocytose. Dans notre société, pour bénéficier d'une présomption de compétence, il faut avoir un beau discours, une belle plume, ou être un bon acteur.

Un organisateur, un ingénieur social, un animateur polyvalent, ce que les anglo-saxon appellent un activiste risque de passer inaperçu, quel que soit, par ailleurs, son niveau académique.

On n’a pas remarqué qu’on a formé un CPT dans lequel aucun membre n'avait un mandat précis et où, de ce fait, l'ensemble des responsabilités individuelles ne pouvait adresser toutes les fonctions nécessaires à une bonne administration collective. Certaines questions n’avaient pas de réponse claires ou pas du tout.

Quelles étaient les fonctions exactes du Président du CPT, suivant le décret Boisvert ? Qui le remplace au sein du CPT, en cas d'empêchement ?

Qui le remplace dans ses fonctions politiques publiques ?

Qui exerce la fonction de secrétaire du CPT pour la gestion des archives, des procès verbaux de séance, etc. ?

Qui est l'ordonnateur des dépenses du CPT ? Un conseiller trésorier ou le secrétaire de la Présidence?

Ce CPT, tel que conçu, prenait seulement en compte la dimension politique et collective de son mandat et faisait fi des responsabilités individuelles de management que les conseillers devaient se partager pour assumer des fonctions capitales nécessaires au bon fonctionnement de l'organe.

Au CPT il en est résulté une déresponsabilisation des conseillers qui se cachent derrière le collectif pour ne pas se mouiller et cacher leur position politique, quand cela leur convient.

L'expression la plus grave de ce phénomène a été leur mutisme collectif et individuel sur le cas des trois conseillers braqueurs de la BNC.

 Personne n’a su qui a été solidaire et qui ne l'a pas.

Or en démocratie républicaine, chacun doit pouvoir s'exprimer en fonction de son intime conviction. La solidarité dans le mal n’est prônée que dans un régime mafieux.

L'accord du 3 avril 2024 a été occulté par le décret de Patrick Michel Boisvert sans que nous nous en rendions compte. Néanmoins, je doute fort que cela ait été le cas pour les heureux opportunistes du CTP qui ont fait semblant de ne rien apercevoir. C'était le premier acte de leur trahison. Ce n'est donc pas l'accord du 3 avril 2024 qui crée le CPT mais un décret du ministre intérimaire d'Ariel Henry, M Michel Patrick Boisvert. C'est toute la différence.

Avons-nous bien lu cet arrêté? A-t-il visé la Constitution de 1987 ? La réponse est Non. Il n'a pas précisé de quelle Constitution il s'agit, n'a mentionné ni l'année (1801, 1846, 1963 ou 1971), ni la version (originale ou amendée, française ou créole), ni le numéro du journal officiel Le Moniteur l'ayant publié. Fritz Jean et ses acolytes ne peuvent pas prétendre ne l'avoir pas lu ou être cons (Emmanuel Macron dixit) au point de n'avoir rien compris.

Ce décret a-t-il fait mention de l'accord du 3 avril 2024 en tant que texte consensuel engageant les parties? Non. On en parle plutôt de l'Entente du 13 mars 2024 sous les auspices de la CARICOM. On cite nommément les accords « haïtiano-haïtiens » du 30 septembre 2021 et du 21 janvier 2022, mais nulle part celui dit du 3 avril 2024.

Le décret après l’avoir ignoré violait au départ la Constitution de 1987 en prévoyant de la modifier par voie référendaire. En réalité, il n’y faisait même pas référence, car Il évoquait simplement la Constitution, sans dire de quelle constitution il s’agissait.

En effet, à la première ligne, il est écrit « Vu la Constitution ». Cela pouvait être celle de 1801, celle de 1846, celle de 1963, instaurant la présidence à vie ou celle de 1971 assurant la passation du pouvoir à un gamin de 18 ans. Nous étions encore en pleine comédie bouffonne, nous qui prétendons pouvoir changer le pays et rompre avec ses vieux démons.

Par ailleurs, le décret de Boisvert et consorts s'est contenté de créer le CPT sans fixer aucun calendrier d'exécution de sa mission et de sa feuille de route, notamment en ce qui concerne la formation et l'entrée en fonction de l’OCAG, un organe de contrôle de l’action gouvernementale et de délibération sur les dossiers majeurs tels les budgets, les accords, etc. Ce décret permet au CPT de monter toutes les instances de la transition, à sa guise, de manière unilatérale, discrétionnaire : que ce soit l’OCAG, le CEP, la Commission de la Conférence Nationale, le Conseil national de Sécurité, etc.

Le CPT peut enfin choisir les ministres, les juges, les ambassadeurs, etc., sans l’aval ou la validation d'aucun corps, faute de Parlement. Le régime républicain est sacrifié au bénéfice d'intérêts inconnus, avec la complicité silencieuse, tacite des membres du CPT et la bénédiction des promoteurs des valeurs occidentales. C'est la dictature. Le représentant du Montana, l'a cyniquement avalisé. Avec naïveté, nous avons joué le jeu, accordant aux conseillers un certain crédit qu’ils ne méritaient pas. Nous avons baissé la garde et avons tout avalé.

Ce décret ne prévoyait nullement les modalités de la vérification des conditions requises ni pour être Conseiller, ni pour devenir Premier ministre, ministre, secrétaire d’État ou membre de l'OCAG, etc. On a lu dans le journal Le Nouvelliste un communiqué du ministère de la Communication du gouvernement intérimaire de Boisvert demandant, après leur nomination, aux ministres et aux secrétaires d’état de passer déposer leurs pièces en ses bureaux. Une scène de comédie bouffonne. Comment a-t-on pu laisser le soin au CPT de désigner les membres de l'OCAG qui devrait le contrôler ?

Ce sont là des errements et des négligences coupables pour lesquelles, en tant que gardiens du temple, nous demandons pardon au peuple sacrifié. Ce témoignage et cet aveu est une mise en garde aux générations futures et non un simple acte de contrition. Nous devons nous reprocher d'avoir accordé les pleins pouvoirs au CPT en lui permettant de décider de tout suivant sa propre logique, ses intérêts, et de manière unilatérale.

Ainsi les conseillers pouvaient-il coopter les membres de tous les organes de l'État et monnayer l’accès de tous les postes. Ce qu’ils ne se sont point gênés de faire, car le décret Boisvert les plaçait au-dessus de la Constitution, des lois, leur accordant une immunité de dirigeants élus qu’ils ne se sont pas gênés à évoquer quand ils ont été pris, la main dans le sac, en pleine opération de rançonnage d’un directeur de la banque de l’état, la Banque nationale de Crédit (BNC). Comment ces conseillers pouvaient-ils ne pas être reconnaissants de tant de favoritisme et ne pas se convertir à la cause du PHTK ? Pour que la fête soit encore plus belle, ils ont chacun reçu une petite sacoche de 2,5 millions de gourdes de la part du maitre corrupteur Boisvert. Qui disait mieux ? Les neufs profiteurs du CTP ne pouvaient ne pas être conscients de la forfaiture à laquelle ils participaient.

Les élites pensantes et « morales » haïtiennes y compris les membres du Montana, la Presse, Les confessions religieuses y compris le vodou, les partis politiques sont tous coupables de grande légèreté dans la réalisation du processus de formation du CPT. Honte à nous tous !

Il est presque normal que ce CPT ait été si médiocre même dans l’accomplissement du mal qu’il perpétrait, corrompu et pitoyable dans la gestion de la chose publique. Une telle incompétence a valu sa vie u président assassiné Jovenel Moïse. La Mafia est impitoyable vis-à-vis de ceux qui ne peuvent délivrer après avoir joui de ses largesses. Caveant consules. « Moun ki manje lajan Shango ap peye Shango »

Nous devons cette autocritique à l'histoire et à la vérité pour que nous puissions contribuer à freiner la dérive et que de telles catastrophes ne se reproduisent plus.

Delmas, le 11 mai 2025

André Lafontant Joseph

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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