Le vent noir sous l’aile de l’aigle
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Haïti est désossée, maltraitée, martyrisée, déchiquetée. Ses habitants fuient par milliers, abandonnant leurs maisons pour vivre dans des baraquements, ou s’entasser dans des camps. La situation sociale est à son paroxysme.
Fin avril, les gangs ont engrangé une nouvelle victime : la ville de Mirebalais, tombée sans résistance. Depuis, des centaines de maisons ont été incendiées, et de nombreuses vies ont été fauchées.
Pourquoi ? À cause de l’insécurité installée par les gangs ! Mais qui sont-ils ? Sont-ils les bras armés d’une politique étrangère cachée ? Sont-ils les instruments d’un dessein plus vaste, une stratégie lente et cruelle visant à anéantir ce peuple debout [HvR1] malgré tout ?
Quelle est donc cette main invisible qui a placé mon malheureux pays sur cette carte géographique, sur laquelle l’Amérique règne en majesté — au point de considérer Haïti comme un simple prolongement de son territoire, avec tout ce que cela implique ?
Notre couleur de peau ?
Mais ce malheur n’est pas unique. Il ne vient pas seul. Notre couleur de peau, ce marqueur impitoyable nous a placés, depuis des siècles, face à une Amérique blanche, figée dans son histoire coloniale et ses réflexes raciaux. C’est d’elle que semble émaner cette politique étrange et terrible, selon laquelle l’homme haïtien ne doit ni être respecté, ni progresser, ni s’émanciper trop loin de l’espace qu’on lui assigne.
Et comme l’Amérique préfère les récits simples, elle n’a jamais digéré l’éclat de 1804. Cette révolution noire, menée par des esclaves devenus libres et souverains, est une fracture que les États-Unis n’ont jamais refermée. Haïti n’est pas seulement pauvre, elle est punie. Ostracisée. L’insoumission est une faute qui, chez nous, ne se pardonne pas.
Tout s’entrelace : la géographie, l’histoire, la couleur, la révolte. Et dans ce maelström, les États-Unis jouent un double rôle : donneur d’ordres le jour, bras armé la nuit. Rien n’est laissé au hasard. Tout semble participer d’un dessein où Haïti est condamnée à tourner en rond, encadrée, manipulée, écrasée sous le poids de son voisin tout-puissant.
Ce jeu de dupes n’est pas nouveau. Washington a toujours usé d’un pragmatisme froid : soutenir, imposer, puis rejeter des régimes à mesure que les intérêts changent. Noriega au Panama, jadis agent de la CIA, fut renversé et jugé. Michel Martelly, soutenu après le séisme de 2010, fut ensuite discrètement abandonné. Son allié Laurent Lamothe, arrivé au pouvoir avec l’aide américaine, a été brutalement expulsé sans explication. Quand ces personnages cessent d’être utiles, la rhétorique change. La morale reprend sa place, l’Amérique redonne des leçons. Les intérêts dictent l’alliance, la morale justifie la rupture.
Aujourd’hui, l’hypocrisie atteint un sommet. D’un côté, les États-Unis laissent transiter — voire facilitent des armes de guerre. Les gangs s’en emparent, paradent sur les réseaux sociaux, armés jusqu’aux dents de fusils que seuls les États-Unis possèdent. Leurs chefs affirment cyniquement : « Nous et la police, nous travaillons pour le même maître. » Même l’ambassadeur américain a reconnu l’existence de « relations avec les gangs ».
Et pourtant, ce sont ces mêmes États-Unis qui montent des opérations de paix, comme celle dirigée par le Kenya, pour « sécuriser » les zones qu’ils ont contribué à armer. On évoque même un accord avec le Conseil présidentiel de transition (CPT) pour reconquérir les territoires dominés par ces groupes. Le pompier tente d’éteindre l’incendie qu’il a lui-même allumé.
Pendant ce temps, les cadavres s’accumulent. Les familles fuient. Les quartiers s’effondrent. Et dans cette désolation, le grand voisin du Nord poursuit ses manœuvres en silence. Les projets funestes de Washington sur Haïti nous échappent encore. Nous ne connaissons ni les véritables objectifs, ni les conditions, ni les conséquences de ce jeu d’influence. Mais une chose est claire : l’Amérique s’occupe de nous , mais à sa manière tout en poursuivant son objectif d’anéantissement.
Maguet Delva
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