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 La France enfin !

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Après de multiples rencontres avec des spécialistes des relations franco-haïtiennes – qui, à force de remonter les fils de l’histoire, ont dû finir par attraper une crampe diplomatique – le chef de l’État français, dans un élan rare de lucidité ou de panique historique, a fait diffuser par son service de presse une déclaration sans précédent dans les annales des relations entre l’ancienne puissance coloniale et Haïti.
Et quelle déclaration ! On aurait pu s’attendre à la traditionnelle soupe tiède des regrets feutrés, à base de “nous reconnaissons les souffrances”, “l’histoire nous oblige”, et autres phrases cousues main par les tailleurs de la diplomatie. Mais non. Là, c’était presque du brut de vérité, une sorte de coming-out postcolonial : la France, pour la première fois, reconnaît explicitement l’injustice fondamentale de la dette dite “d’indépendance”, ce hold-up historique maquillé en transaction légale, qui a étranglé Haïti pendant plus d’un siècle.
Ce n’est pas tous les jours qu’un président français regarde droit dans les yeux un fantôme vieux de deux siècles et dit : “Pardon, on a vraiment déconné.” Évidemment, le mot “pardon” n’a pas été prononcé. Il ne faut pas exagérer. Mais entre les lignes, les conseillers en communication avaient glissé suffisamment de synonymes pour que même Victor Schoelcher en frémisse dans sa tombe.

Le plus cocasse – car il faut toujours un moment de comédie dans le théâtre diplomatique – c’est que cette déclaration a immédiatement déclenché une vague de réactions, entre ceux qui criaient au scandale du “réveil tardif” et ceux qui craignaient que cette reconnaissance ne débouche sur… horreur !… des réparations. Vous imaginez ? Rendre l’argent ? Dans un monde où l’on rembourse les banques avant de panser les blessures ?
Mais au fond, cette sortie française, aussi inédite soit-elle, n’est peut-être qu’une nouvelle variation sur le vieux thème de “faire acte de mémoire” sans jamais vraiment bouleverser l’ordre établi. On s’émeut, on signe des communiqués, on convoque la morale. Et puis on referme le dossier.
Sauf qu’Haïti, elle, ne l’a jamais refermé. Parce qu’on ne tourne pas la page quand on vit encore sur les marges. Parce que cette dette, cette saignée, a laissé des cicatrices économiques, sociales et symboliques profondes. Et que l’histoire coloniale ne se soigne pas avec des mots, aussi bien choisis soient-ils, mais avec du courage politique.
Mais bon, pour l’instant, saluons le geste : c’est peut-être un premier pas. Ou une belle chorégraphie sur place. En diplomatie comme en danse, parfois, l’important, c’est juste de ne pas trébucher sur le tapis de l’hypocrisie.

 

Maguet Delva

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