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Port-au-Prince au cœur d'une extorsion historique :  Et si je décidais de partir… ou chronique d’un peuple extorqué, rançonné expliquée à Mama

Port-au-Prince au cœur d'une extorsion historique :  Et si je décidais de partir… ou chronique d’un peuple extorqué, rançonné expliquée à Mama

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Mamá, Et si je décidais de partir…

La chanson lointaine, celle de l’exil aux promesses floues à l’aide au développement, commence à tambouriner dans ma poitrine creusée, affamée de paix, desséchée par l’impitoyable rançon à l'indépendance arrachée au prix des armes de l'armée indigène          

L’étranglement d’une dette  jamais contractée librement, mais imposée avec la régularité sinistre de menaces de coup de canons, d’une marée noire d'armes de guerre pour relancer l'industrie de l'esclavagisation de la personne noire et de la machine coloniale sur Hayti, arrangé progressivement par Pétion et Boyer, pita blan franse

Elle murmure, entêtante et triste, comme le vent sourd venu de l’Ouest issu de la Loi Taubira 2001, du rapport de Régis Debray 2004, de la note #4 de la Fondation pour la Mémoire de l'Esclavage et de proposition de résolution du 9 avril 2025 de l'Assemblée nationale française visant à la reconnaissance, au remboursement et à la réparation par la France de la « double dette » d’Hayti — ce vent lourd de reconnaissance occidentaliste, de remboursement par l'assistanat franco-haytien qui ne rafraîchit rien mais racle les plaies ouvertes du capitalisme sauvage laissées par le code noir de la France, profondes, de mon être en perpétuelle tension africaine

Si, un jour, tu ne me vois plus errer ici-bas parmi les faiseurs de droits de l'homme universel, Mamá, ne cherche pas à comprendre pourquoi je pars, ô toi, ma convoitée, l'Afrique. Ne sonne pas l’abîme de mes silences, occidentalisés, francophonisés, américanisés tourmentés. Ne questionne pas la disparition du feu de mes yeux rescapés de droits de l'homme du savoir centré de l'universalisme occidental

Trop de cris pour la restitution et la réparation, hurlés à l’horizon du néocolonialisme capitaliste de la République impériale française, restent sans écho depuis 2003, ma fleur sauvage, et que les tempêtes de la résistance, des forces populaires progressistes n’ont su flétrir à la Viv Ansanm

Trop de promesses au développement à l'aide, diluées dans l’oubli de la Francophonie sociale, culturelle, économique, politique et monolinguistique, égarées dans des projets néo-coloniaux sans âme, mais avec des armes pour Viv Ansanm

Mama, Dousmakòs aux mille douceurs oubliées de mon paysannat

De 2003 à 2025, trop de morts absurdes oubliés, trop de chairs fauchées sur le sol sacré de la liberté pour tous les hommes avant la floraison, trop de bourses d'études payantes à peau de chèvre, trop de diplomaties d'assistanat dans le couloir d'Hayti, toi ma Floraison frivole qui dansait jadis au milieu des coquelicots de la liberté ou la mort face aux pays vaincus qui ont volé la dignité de l'homme noir depuis des siècles

Chaque saison revient, identique, mécanique, avec son chapelet d’oraisons sans horizon, Hayti pleure. Chaque pluie rime avec les mêmes larmes de fratricide, d'insécurité, de vagues de déplacés. Chaque soleil se lève sur les mêmes ruines de la rançon et du néocolonialisme capitaliste

Trop de rescapés, les yeux pleins d’espérance, tombent sans bruit dans la cendre de leur innocence Viv Ansanm, ma danse espagnole aux jupons envolés par le vent de l’oubli Las Casas ou de la Santa Maria, de Cotubanama. Trop de bras rigides, fermes comme le fer d’un fouet colonial, tabassent les fesses vulnérables de l’égalité de l'homme noir bafouée et de l’injustice criante de la rançon occidentale, mon Orphelinat aux couloirs vides

Ici, peur paix, perplexe

Ici, ma Bien-Aimée, il y a plus de peur que de paix, plus d’ombres sombres que de clarté épaisse, plus de silences oppressants que de chants de coqs douvanjou. Le prix de la fréquencité de baptiser cette terre colonialisée de terre de liberté pour tous les hommes et femmes qui a freiné le train de la modernité capitaliste esclavagiste. Ne te demande pas pourquoi ? La rançon. L'extorsion. L'étranglement. Le hold-up. Trop d’amours maquillées soutenues par les droits de l'homme, pas des hommes. Trop d'aides à la sécurité. Trop de diplomaties mal orientées, camouflées derrière un semblant de sincérité politique, infiltrent les veines de l’affection épistémique comme une rumeur infecte, le jargon du savoir occidental Modernité Universalisme Droits de l'homme

Trop de confiances diplomatiques rat mode soufle, d'aides au développement maquillés, d'assistanat, offerts comme des fleurs amoureuses dodo titit, emportés par la brise du passage de diviser pour régner Viv Ansanm, vent politique, de savoir centré du néolibéralisme ou bourrasque d’illusion savant, intellectuel Confiance politique, confiture amoureuse… fondue sur la monolinguiste d'une relation réflexive, monadique de la morale sociale et du savoir de nos bourreaux

Trop de gâteaux morcelés dans le festin de faux justes, de Droits de l'homme universalisant, laissant des relents amers sur les lèvres tremblantes du bon Dieu africain, la culture du vaudou, de la langue haytienne, caribéenne, Antillaise elle-même.

Est-ce une affaire d’amour ou de haine, mi Mama? D’illusion ou de déraison, ma tasse de thé sauvage ? Est-ce une mascarade confuse, une politicide ou un économicide rampants ? Est-ce justice ou stratégie d’une économie d’exploitation de l'aide au développement ? Un jeu d’échecs entre bourreaux et néo-esclavés, entre griffes invisibles du néocolonialisme et blessures béantes d'une rançon coloniale ? Comment restituer sans réparer, Mamá ?

Trop de cœurs brisés dans cette république tissée de larmes et de feintes caresses amicales de CORE-Group, de l'ONU ou tout court de l'occident en mode assistanat

 Et si c’était vrai, ma petite Mamá — que je t’abandonnerais en pleine saison d’enfer ici, toute seule, ma tendre petite poule mouillée, fragile sous la pluie des projectiles Viv Ansanm et de trahisons masquées par l'aide humanitaire sur le sol de Dessalines ?

Et si c’était vrai
Et si c’était vrai — que je prendrais ma tangente rescapée pour une errance d'assistanat infinie de Tonton Sam, de la France… vers là-bas, ou ce Mexique mythique où l’aztèque, l’épistemè du sud et le poète décolonial s’enlacent dans un tango de poussière, sans te prévenir, mon Caramel kreyòl au goût d’enfance envolée? Que ferais-tu de cette lutte historique pour la restitution et la réparation, mon rapadou sec ?

Et si c’était vrai — que j’avais autres choses à écrire, quelque chose de précieux, de fulgurant, de concert avec Kenny, ou tout seul, une offrande de demande en restitisyon ak reparasyon à graver sur la pierre grise de Port-au-Prince, mausolée, mortuaire, pour te dire combien je suis fatigué, lassé, vidé, mon Rapadou frais du Nord, sucré au fond de ma mémoire mémorielle de la double dette escortée à travers les banques françaises et américaines jusqu'à 1947 ?     Épuisé par la décrépitude grandissante de cette capitale duale, mi-femme, mi-homme ou mi-État, mi-Viv Ansanm, à la fois amante et bourreau pour appaiser la lutte de la justice réparatrice et restitutive de la rançon des forces progressistes

Que dirais-je alors aux témoins aveuglés de l'occident, à la peau noire masques blancs, endormis dans leur confort de survivance en France, aux États-Unis, … de ceux qui regardent sans voir et écoutent sans entendre faute de la modernité universelle de leur savoir colonial ?

Leur dirais-je que tout fut ourdi depuis les hautes tours de l’Empire, de la tour d’Effeil, du kadejak que Tonton Sam a fait sur la terre de liberté d'outre-mer d'Afrique, dans sa ruse blanche de bastion de savoir économique, politique, sociale et anthropologique, avait déjà manigancé l’issue dès le premier jour, de l’assassinat du Père de la Patrie à celui, plus récent, de Jovenel Moïse ?

 Oserais-je le dire ou dois-je te sortir de cette terre sacrée qui a réorienté la déclaration universelle des droits de tous les hommes, de toutes les femmes et des citoyen.ne.s Mama ? Question d’Amérique… aux Américains. Ne m'accusent-ils d'outrage à l'État ?
Question de domination par régionalisation cynique, par géopolitique néocoloniale sauvage, et la gueule béante du dragon universel blanc crachant son feu sur nos os brisés par plus de 5 siècles de colonisation, du code noir parallèle à la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen

Et à ceux qui prétendent encore, naïfs ou complices de fonds petro Karibe, se cachant derrière peau noire masque blanc, que Venezuela n’est qu’un acteur du projet d'assistanat — leur dirais-je qu’il est aussi une victime, que Cuba a su, par miracle ou malice, tirer son épingle de l’étau ? Que Burkina Faso, Bénin, Mali … ont trouvé le remède pour la malingue occidentalo-centrée

Et si je foutais tout en l’air — littéralement, abandonné ma Terre sacrée aux yex de liberté pour tous les hommes et pour toutes les femmes — que risquerais-je, sinon de redonner éclat aux veines délaissées de l’Amérique Latine, ce vaste corps aux artères colonialisées par la langue du colonisateur ? Si je devais, par amour ou colère, honorer la décolonialité par un acte brut avec Achile Mbembe, par un coup de hanche irrévérencieux de Christin Jiha, Thomas Piketty, Frédéric Thomas, G. K. Gaillard, contre les murailles des oppressions, pour apaiser ma douleur colonialisée et libérer mes faux pas de l'échantillon de l'homme moderne, universel, désirs de justice réparatrice et restitutive pour saisir les instances internationales de justice ? Mes désirs ardents de porter haut le flambeau de la négritude, avec rage, avec beauté du sentiment de la décolonialité

Que me coûterait ce grand foutage en l’air du savoir occidental universel ? Une vie accidentelle ? Deux ou plus ? Un exil géopolitique ou une balle perdue Viv Ansanm ? Une solitude séquestrée plus vaste que la mer noire ? Ou une imbécillité osée et verrouillée par le savoir universalisant de l'occident maquillé

Justice historique

Et si je devais briser la glace pour la lutte de la justice historique restitutive et réparatrice, ce grand mur de silence et de mensonges voilées du rapport de Régis Debray, de la manigance communicationnelle et discursive de la note #4 de la FME, pour inscrire, à coups de mots incandescents un autre narratif haytien — celui qui couvre la période de 2001 à 2026 — par quelle voie me lancerais-je sinon que de la Tribune d'Opinion ? Quelle voix oserais-je incarner ? Une voix de griot chaud issue de la place d'armes de l'indépendance des Gonaïves ? De soldat militaire trahoréirisant d'Afrique ? Ou d’amoureux désespéré de la partie desalinienne?

Et qui — qui donc, Mama, des jeunes conscients de ma génération, osé-je leur pointer du doigt — m’accompagnerait dans cette folle entreprise de justice historique restitutive et réparatrice ? Qui aurait le courage d’embrasser ma position, sans la réduire, sans la censurer par le savoir centré, universalisant de l'occident ? Qui pleurerait avec moi le fracas des jours anciens de la déclaration universelle de droits de l'homme et du citoyen et l’hypocrisie de l'assistanat maquillé des jours futurs ?

Parlerais-je d’événements qui redessinent les brins fragiles de notre histoire franco-haytienne avec les doigts brûlants d’un Dieu indifférent, d'un blanc toutiste, universel ?
 Quelle œuvre! Quel façonnage de ruines! Quelle part de fromage est grignotée par les rats repus du pouvoir néocolonial ?

Néocolonialisme

Et dirais-je un mot de l’épée brillante du Néocolonialisme, l'assistanat, l'aide au développement durable toujours mal détaché, que l’on montre aux foules, tout en cachant sa manche, la justice historique par la restitution et réparation — massive, lourde, gorgée de sang séché, d'autrefois rat pa kaka, d'aujourd'hui Viv Ansanm ?

Et que penser de l’amour américanisé du sol — cette nouvelle religion, qui suit le christianisme, ce dogme Viv Ansanm inventé dans les laboratoires de la bien-pensance centrée occidentale ? Un vivre-ensemble qui chasse ses propres enfants de leur case vide, qui les tue dans leur sommeil, dans leur berceau, dans leur silence humide ? Et l'État fonctionne sans problème, sans école sans Université pour tous les univers-cités

Quelle résolution! Quelle punition en réseau! Quelle froide vengeance technocratique!

Et si je décidais, à l’inverse, de ne rien lâcher Mama ? De tenir tête, malgré tout, les yeux dans les yeux de l'homme universalisant occidental moderne qui pense tout inventé ?
 Que dirait-on alors de cette génération mienne — éveillée, douloureuse, téméraire? Cette génération qui refuse de dormir sous le drap de la peur de l'assistanat franco-haytien dans un silence Viv Ansanm ?

Et si je répondais, dans un moment d’ivresse révolutionnaire, à l’appel de Emiliano Zapata — ou d’un autre spectre oublié — là, au cœur même du vacarme de Paris indiquant les voies et moyens de la reconnaissance officielle et du remboursement de la rançon de Port-au-Prince en fête pour la justice historique réparatrice et restitutive… Que diraient mes frères, mes sœurs? Me traitent-ils de traître ou de prophète? D’ingrat ou de veilleur?

Et si j’exerçais pleinement, radicalement, ma liberté d’expression vis-à-vis de la lutte pour la justice historique de restitution et réparation, juste avant de lâcher mes terres, de quitter les confins, mes racines… que dirais-je, sans filtre, sans peur?

 N'abusent-ils pas mon verbe d’être une fuite de secrets d’État ou d'atteinte à l'intégrité étatique? Une insulte à la sécurité nationale ou de l'ordre administré ? Une transgression des limites du dicible ?

Je parlerais, pourtant, de l’union étrange entre le Léviathan étatique et cette élite dominante — union sacrée pour écraser, broyer, mépriser les déshérités, les éclopés, les oubliés du Terroir. Ce pacte de sang Viv Ansanm pour imposer une nouvelle politique du vivre-ensemble, version caviar

Et si je partais — réellement — avant d’oser dire à celle que j’aime les tréfonds de mon âme sur la double dette, que me répondrait-elle? M'accuse-t-elle de lâcheté amoureuse ou de lucidité du message macronique et du discours macronisant? De fuite ou de renaissance?

Vers le Sud

Et si, finalement, je tournais la tête — vers le Sud — vers cette Amérique charnelle, métissée, sauvage et avec une tendresse raciste — que trouverais-je ?

Un autre commencement en gardant les ruines de l'esclavagisation, comme si tout allait mieux chez moi. Une autre parole, comme le monde était toujours unifié. Une autre manière d’aimer, comme l'Afrique, la Caraïbes et Hayti ont déjà trouvé justice réparatrice et restitutive

Et si je décidais de partir…

 

Elmano Endara JOSEPH

joseph.elmanoendara@student.ueh.edu.ht

Formation : Sciences Juridiques/FDSE, Communication sociale/Faculté des Sciences Humaines (FASCH), Masterant en Fondements philosophiques et sociologiques de l’Éducation/ Cesun Universidad, California, Mexico.

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