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Il pleut sur Port-au-Prince

Il pleut sur Port-au-Prince

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Je constate que malgré le mal que se donnent Fils Mal-Aimé et ses compagnons du Conseil P… pour laisser périr Haïti et tous les Haïtiens, la nature sans se forcer est en train de leur damer le pion. Il est vrai que nos petits bonshommes, trouvant la partie amusante, ne sont guère pressés d’abandonner le terrain de jeu. Il faut se passer les manettes à tour de rôle, partir pour sa tournée chez le Blan ; inaugurer en grande pompe des espaces à vocation aéroportuaire ; s’épuiser en tables rondes, ateliers, séminaires et autres retrouvailles fort lucratives ; sonner la trompette de Jéricho sur son passage dans les rues de Delmas et de Pétion-Ville, nos nouvelles communes-capitales. Qu’il est loin le temps où Émile Ollivier voyait ainsi notre Champ de Mars : « Lieu fabuleux s'il en est puisque autour de ce quadrilatère, à peine plus grand qu'un mouchoir de poche, le monde se répercutait. Le Palais national, les casernes Dessalines, l'ambassade de France, le consulat des États-Unis. Le destin du pays se tramait là. » Aujourd’hui, nos Excellences ont gagné les hauteurs, augmentant du même coup leur vertige et leurs appétits.

La nature elle, qui a mieux à faire ailleurs, ne perd pas son temps. En deux pluies, trois orages, elle ensevelit nos avenues et nos galeries sous d’épaisses couches de boue, transforme nos chaussées en torrents infects. Ce lundi 14 avril, des rues de Port-au-Prince étaient boueuses, malodorantes, poussiéreuses, et pour certaines impraticables aux voitures, motocyclettes et même piétons. Je ne parle que de ce que j’ai vu de mes yeux. Pour les Cayes et pour le Cap les vidéos qui circulent sont tout aussi claires. Il a suffi qu’il pleuve. La pluie saisonnière. Ce n’était même pas lavalas !

À la vérité, cette boue pleine d’immondices qui nous submerge n’est pas le fait des récentes précipitations. Elle résulte d’une foule de manques : drainage, curage, gestion rationnelle des ordures, services de voierie efficaces, politique environnementale, prévisions démographiques, planification urbaine, éducation... En un mot, absence de l’État. Pourtant nos gamins qui jouent à Exterminator font pleuvoir des promesses. Sécurité et stabilité, sécurité et élections, sécurité et baisse du coût de la vie, sécurité et construction d’infrastructures, sécurité et… Nos rues, nos maisons, nos écoles sont tout sauf sûres. Aujourd’hui la gadoue, tous les jours la mitraille.

Pendant que ces caciques minables nous gavent de mots, deux ou trois averses nous font l’effet du déluge. Mais au bout du compte, entre la pluie qui glisse aisément dans nos multiples failles et nos concitoyens joyeusement attablés qui font lasisin avec chaque bouchée d’Haïti, quel est le véritable ennemi ? Au fond, Dame Pluie n’a rien contre nous. Nous ne saurions lui en vouloir. Par contre, ceux et celles qui se remplissent le ventre à nos dépens sont tôt ou tard promis à un de ces gonfleman. M’est d’avis que toutes les fèy kachiman de la République n’y pourront rien. On va devoir en importer.

 

Nathalie LEMAINE

14 avril 2025 

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Judson

Triste tableau. Que c'est triste!

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