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Un questionnement auquel j'aimerais avoir des réponses

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L'ensauvagement de la vie sociale haïtienne est une question qui me laisse perplexe. Je peine à trouver la rationalité derrière le comportement des différents acteurs. D'abord de ceux qui s'occupent de la politique. Lorsque des acteurs arment les jeunes des ghettos, vocifèrent dans les médias,  n'agissent dans le sens de l'intérêt collectif, ils prétendent faire de la politique. Quand des gens du business arment à leur tout des jeunes désœuvrés, font de la contrebande, engagent des tueurs à gage pour éliminer d'éventuels concurrents, empêchent à d'autres gens d'importer des produits pour qu'ils reste les seuls maitres à bord, on décèle que l'activité économique c'est l'affaire d'une clique généralement à peau claire (pour moi le noirisme et le mulâtrisme ont fait leur temps, mais on en vient, depuis Estimé, à un schéma dichotomique le pouvoir aux peaux foncées, l'économique aux peaux claires avec prépondérance de celles-ci sur celles-là au nom du principe : qui finance commande). Quand des policiers incapables de venir à bout des bandits ne lâchent pas prise lors des manifestations populaires réclamant des autorités de facto de la sécurité, on a l'impression qu'il se trame quelque chose (le pouvoir qui ne peut rien faire contre les gangs écrase toute protestation populaire). Ce qui est aberrant dans tout cela c'est que l'insécurité fait aussi des victimes dans le camp des forces de l'ordre. Pourquoi ne favorisent-elles pas l'éclatement de ce système pourri et inique?  Et que dire de ces jeunes des ghettos enrôlés de gré ou de force dans les bandes armées? Les bandits ont-ils effectivement des patrons ou agissent-ils pour leur propre compte? Les chefs de bande sont-ils égalitaristes s'agissant de partager les produits de leurs forfaits? Je ne crois pas qu'il y ait un seul qui suive l'exemple de Robin des Bois. Cette guerre haïtiano-haïtienne aura-t-elle une issue? Qui sont donc les machinateurs de nos troubles? J'ai vu dans une de ces vidéos un jeune, à peine installé comme chef dans un quartier, déclare "moun fou nou ye" (nous sommes des fous). Pour moi, ce ne sont pas des fous, car on n'a jamais vu un fou agir de la sorte. Ce sont des monstres assoiffés de sang.

 Qu'est-ce qui alimente autant la haine sociale?

Les inégalités ont toujours été criantes en Haïti, mais jamais on n'était arrivé à de telles monstruosités. Des tueries par-ci par-là qui font nos actualités étaient des choses qu'on entendait ailleurs. Qu'est-ce qui peut bien expliquer ce basculement? Dans une société en manque, voir des individus tout détruire sur leur passage fait penser jusqu'où la déraison peut conduire. Ce qui m'amène à parler de la régression de la raison haïtienne. C'est que les procédés ne sont pas les bons en dépit du fait que l'Etat haïtien n'a jamais été un État providence. Entre temps, les chefs de bande (notez quand même l'euphémisme) se sont enrichis. Ils recourent à des soldats, embrigadant même des enfants comme éclaireurs pour défendre leur cause. Ils veulent le pardon total pour ne pas avoir à payer pour leurs exactions. Si certains peuvent être réintégrés ce n'est pas le cas des donneurs d'ordre et d'impitoyables exécutants qui vont jusqu'à filmer leurs méfaits. Le chef des brigands, pour ne pas le nommer, fait souvent allusion au génocide du Rwanda pour banaliser les agissements des siens et, du coup, se faire pardonner. En vérité, ce n'est pas le même cas de figure. Autant que les délinquants des secteurs politique et économique doivent être traînés devant leurs tribunaux pour avoir provoqué la déroute tant de l'Etat que de la société autant les chefs terroristes doivent répondre de leurs actes. Dussent-ils périr jusqu'au  dernier.

Aucun citoyen digne de ce nom ne s'en prend pas de la sorte à d'autres citoyens. Toute personne sensée sait différencier ce qui est permis de ce qui ne l'est pas, à moins qu'elle soit sociopathe ou psychopathe. A l'instar de Montesquieu, tout humain doit pouvoir se dire si je savais quelque chose bonne pour moi, ma famille, ma ville, mon pays, mon continent et nuisible à l'humanité, je me garderais de la faire.  Haïti est sans doute à un tournant crucial de son histoire. Soit le nouvel État voit le jour soit le pays continue de plonger inexorablement dans les profondeurs abyssales sans pouvoir jamais toucher le fond. On dit toujours que le pire est à venir. A quand donc verra-t-on le bout du tunnel?

 

Narcisse Jean-Baptiste

narcissejeanbaptiste196@gmail.com

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