Canapé-Vert, par ton esprit, nous ne mourons pas tous ! Nous vivrons et vaincrons !
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L’objectif de ce texte est de montrer comment la poursuite de la mobilisation des quartiers en résistance pourrait bénéficier au pays. Cependant, avant d’entrer dans le vif du sujet, une mise au point s’impose.
Les autorités politiques, les gangs et les politiciens qui leur sont dédiés partagent un objectif commun : étouffer la mobilisation populaire. Les gangs soutiennent cette mobilisation non pas par solidarité, mais dans le but de l’instrumentaliser et la discréditer.
De leur côté, les politiciens au pouvoir cherchent à réduire son impact pour se soustraire de la pression populaire. Bien qu’ils semblent en opposition, ces acteurs de la crise poursuivent un même but : torpiller le mouvement, car il n’est favorable ni à aux uns ni aux autres.
En effet, la mobilisation met en difficulté les gangs, le pouvoir politique et les politiciens qui le servent. Si les gangs cherchent à délégitimer le mouvement, le pouvoir utilise ses propres stratagèmes pour le neutraliser. Dans les deux cas, c’est la même stratégie de diversion qui se poursuit.
Ainsi, malgré leurs approches différentes, ces alliés naturels dans la crise sécuritaire actuelle agissent solidairement pour empêcher toute insurrection populaire, car c’est là leur véritable talon d’Achile.
Dans ce contexte, il est important de garder à l’esprit que l’actualité de Canapé-Vert est au centre de toutes les conversations. Cela concerne aussi bien les médias locaux que les médias internationaux. Cette attention est due au rôle de premier plan qu’il joue en tant que quartier mobilisé en faveur de la sécurité.
Grâce à cela, le « Nous mourrons tous » de la vieille Delira du Gouverneur de la rosée, se transforme en « Nous vivrons et vaincrons ». De cette manière, Canapé-Vert redonne espoir non seulement à Port-au-Prince, mais également à toute Haïti.
L’espoir, cette « bonne béquille pour les infirmités de l’existence », pour reprendre les mots de Jacques Stéphen Alexis dans Compère général soleil. Canapé-Vert est donc en train d’écrire une nouvelle page dans l’histoire d’Haïti, car il résiste aux maux actuels qu’affronte ce pays.
Canapé-Vert, tu es déjà gravé en lettres d’or dans l’histoire culturelle du pays à travers le roman éponyme de Philippe Thoby-Marcelin, publié en 1944. Ce roman a gagné le deuxième prix du concours du Prix littéraire latino-américain.
Canapé-Vert, tu es ancré dans le panthéon des héritages sacrés de l’imaginaire haïtien depuis la fin de la première moitié du XXe siècle. En ce premier quart du XXIe siècle, tu as la capacité d’écrire un nouveau chapitre de l’histoire d’Haïti.
Canapé-Vert, c’est toi qui refuses le plan d’aggravation de la pauvreté en cours d’exécution, qui consiste à extorquer les plus pauvres pour leur domicile afin de le remettre entre les mains des plus riches.
Ce plan machiavélique rappelle étrangement l’opération connue aujourd’hui sous l’appellation de « double dette » ou rançon de l’indépendance. C’est une honte pour ceux qui le mettent en œuvre.
Face à ce projet destructeur des vies humaines et de spoliations de la propriété privée, le pays entier doit répondre par l’auto-défense. Que les citoyens agissent par l’auto-organisation du plus grand nombre. Qu’ils transforment ainsi la résistance en auto-gestion lorsque le moment sera propice. Pour cela, qu’ils promeuvent les mesures suivantes :
- Poursuivre la mobilisation pour forcer l’État à en finir avec les gangs ;
- Appeler les quartiers en résistance à constituer des comités de pilotage de la lutte ;
- Structurer la mobilisation en organisant le congrès des quartiers en résistance afin de rédiger et se doter d’un cahier de revendication ;
- Proclamer solennellement la détermination et l’engagement des quartiers en résistance à accompagner le développement inclusif dans ces différents quartiers ;
- Refuser toute stratégie de développement basée sur le sang des pauvres ou leur génocide.
- Appeler à l’aide des architectes, des urbanistes, des ingénieurs, des géographes, des topographes, des géologues, des sociologues, des historiens et tout autre corps de métier capables d’accompagner les quartiers en résistance pour élaborer un projet de transformation de leur quartier respectif.
Ces suggestions visent à transformer l’insurrection patriotique et populaire des quartiers en une résistance organisée, en un catalyseur de changement de paradigme socio-économique et culturel, et donc en une perspective de réparation des dégâts causés par la gangstérisation du pays.
L’objectif est de vulgariser la lutte et les initiatives qui y sont liées auprès de tous ceux que cela concerne, tant en Haïti qu’à l’étranger. Cela passera également par la création des œuvres d’art telles que des fresques, des graffitis, des visuels ou affiches, des chansons, des poèmes, et toute autre forme de production artistique susceptible de populariser ces propositions.
Haïtiennes, Haïtiens, c’est plus que jamais le moment de vous engager au service de votre pays, plutôt que de le laisser détruire sa dignité par le silence et l’indifférence. Vous n’avez plus d’autre choix que celui d’accompagner votre pays dans sa quête de paix et de respect. Mêlez-vous de votre destin en vous dégageant des pièges qui vous ont été tendus.
La vague du souverainisme qui se propage à travers le monde va rebattre toutes les cartes. Par conséquent, vous n’aurez de salut que si vous vous mettez aux côtés du développement de votre pays. Seule notre émergence en tant que nation libre et prospère nous permettra de continuer à exister ; sinon, nous serons tout simplement exterminés de la surface du monde.
Jean Hérald Legagneur
professeur à l'UEH
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