3 avril 2024 - 3 avril 2025, un an de turbulences : le CPT face à ses échecs et controverses
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Depuis la création de l'accord politique pour une transition pacifique et ordonnée, le 3 avril 2024, le Conseil présidentiel de transition (CPT) en Hayti a été marqué par une série de défis et de controverses. Entre luttes de pouvoir internes, accusations de corruption et une situation sécuritaire qui se dégrade davantage, le bilan après un an est au bord de l'implosion sociale. Les territoires sous contrôle des gangs se sont multipliés, les institutions éducatives et sanitaires continuent d'être fermées. La population fait face à une insécurité alimentaire alarmante. Cet article propose une analyse des principaux enjeux et échecs du CPT au cours de cette année mouvementée.
Un an d'échecs patents
Depuis sa mise en place, le CPT semble naviguer à vue. Les nominations de directeurs généraux et de délégués départementaux ont été sources de tensions et de blocages. Plutôt que de se concentrer sur sa mission première — rétablir la sécurité, l'ordre institutionnel, constitutionnel et organiser des élections — le conseil s'est enlisé dans des querelles intestines, regardant les bandits agrandir leurs performances. Pendant ce temps, les gangs ont consolidé leur emprise sur plusieurs quartiers stratégiques, rendant certaines zones totalement inaccessibles. Cerise sur le gâteau, trois de ses membres de la plus haute instance de l'État, ont été pointés du doigt pour corruption, ébranlant davantage la confiance déjà fragile de la population envers cette institution. Face à cette situation, l’État semble plus que jamais absent, laissant la population livrée à elle-même dans un climat de peur et d’incertitude grandissante.
Scandale de la ministre Dominique Dupuy et révocation du Premier ministre Garry Conille
La ministre Dominique Dupuy s'était retrouvée au cœur d'une polémique suite à la déportation massive d'Haïtiens par la République Dominicaine, exposant au grand jour les failles diplomatiques du gouvernement. Malgré les cris d’alarme des organisations internationales et les images poignantes de familles séparées, le CPT a brillé par son inaction, laissant des milliers de compatriotes à la merci d’un système arbitraire. Parallèlement, le Premier ministre Garry Conille, en poste depuis mai 2024, a été évincé en novembre de la même année, remplacé par l’homme d’affaires Alix Didier Fils-Aimé. Une nomination qui a fait couler beaucoup d’encre, perçue comme une manœuvre opaque orchestrée en coulisses. Cette décision, prise par un CPT déjà fragilisé par des accusations de corruption, a été vue par beaucoup comme un coup de théâtre supplémentaire dans une scène politique déjà chaotique, où les intérêts particuliers semblent l’emporter sur l’urgence nationale.
Le spectacle de territoires perdus
La situation sécuritaire s'est considérablement détériorée, avec des zones entières passant sous le contrôle des gangs, réduisant progressivement l’emprise de l’État à peau de chagrin. Des quartiers comme Solino, Pont-Sondé, l'Avenue Christophe, Kenscoff, Delmas 19, Christ-Roi et Delmas 30 sont devenus de véritables no man's lands, où la loi du plus fort règne en maître. Extorsions, enlèvements, assassinats ciblés : la population vit sous une menace constante, forcée de se soumettre aux nouvelles règles imposées par ces groupes armés. Dans certaines zones, les forces de l’ordre n’osent même plus s’aventurer, abandonnant ainsi des milliers d’Haïtiens à un quotidien rythmé par la terreur et l’incertitude. Pendant ce temps, le CPT, pourtant censé rétablir l’ordre, se contente de gérer des crises internes, laissant le pays sombrer un peu plus chaque jour. Les habitants, pris en étau, n’ont d’autre choix que de fuir ou de survivre au gré des affrontements.
Crise et camps de déplacés
Les camps de déplacés, tels que ceux du marché Salomon, du Gymnasium Vincent, du Collège Antilles et de la rue Roy, continuent de se vider, mais non pas parce que les conditions se sont améliorées. Au contraire, l'insécurité grandissante pousse les déplacés à chercher refuge ailleurs, souvent dans des conditions encore plus précaires. Chassés par les gangs ou tout simplement contraints de partir face à l’inaction des autorités, ces milliers de familles errent de quartier en quartier, en quête d’un toit, d’un minimum de sécurité, d’un semblant de stabilité.
Le bilan est lourd. Des enfants privés d’école. Des femmes vulnérables aux violences. Des malades sans accès aux soins. Pendant ce temps, les promesses de relogement faites par les autorités restent lettre morte, les projets de réhabilitation des quartiers touchés s’évaporant dans les méandres administratifs et le manque criant de volonté politique. Dans certains cas, des déplacés ont même été contraints de retourner dans des zones contrôlées par des gangs, faute d’alternative. Le CPT, pourtant garant du retour à l’ordre, semble incapable de répondre à cette crise humanitaire grandissante, laissant la population livrée à elle-même, dans une spirale de misère et d’insécurité qui ne fait que s’aggraver.
Institutions éducatives et sanitaires en déliquescence
Les institutions publiques, notamment les Facultés et Instituts de l'Université d'État d'Hayti situés sur l'avenue Christophe, ont été contraintes de fermer leurs portes en pleine session en raison de l'insécurité, une situation qui reflète l’effondrement progressif du système éducatif haïtien. Sans cadre d’apprentissage stable, des milliers d’étudiants et d’élèves se retrouvent en suspens, leurs rêves brisés par un climat de violence incontrôlé. Les écoles, déjà en nombre insuffisant, sont devenues inaccessibles, les enseignants peinent à assurer leur mission, et les parents, dépassés, doivent choisir entre la survie et l’éducation de leurs enfants.
Les chiffres des organismes internationaux, tels que l’UNICEF, l’UNESCO et l’OCHA etc., sont alarmants : des centaines de milliers d’enfants sont déscolarisés, tandis que les infrastructures éducatives se dégradent faute d’entretien et de sécurité. L’article 1.1 de l’accord du 3 avril 2024, qui prônait le rétablissement institutionnel et l’accès universel à l’éducation, reste lettre morte, un simple bout de papier sans effet concret. Pendant ce temps, les gangs étendent leur emprise, transformant certains établissements en repaires criminels, tandis que le CPT regarde ailleurs, incapable de proposer une solution viable pour sauver ce qui reste de l’enseignement en Haïti.
Crise sanitaire et alimentaire
La population haïtienne fait face à une double peine : une insécurité alimentaire galopante et un système de santé en état de décomposition avancée. Les hôpitaux, déjà sous-équipés, sont pris d’assaut par des patients qui ne peuvent ni se soigner ni s’alimenter correctement. Dans les centres de santé, les pénuries de médicaments sont devenues la norme, et les médecins, en sous-effectif, peinent à répondre aux urgences. Pendant ce temps, les gangs contrôlent les principaux axes routiers, érigeant des postes de péage illégaux, empêchant l’acheminement des denrées alimentaires et des produits de première nécessité.
Malgré la nomination de Mario Andrésol au poste de secrétaire à la sécurité publique, la situation continue de s’enliser. Les quartiers se vident, des familles entières fuient les zones de non-droit, et les enfants, pris dans ce chaos, deviennent orphelins du jour au lendemain. Selon les derniers rapports des Nations unies, près de 5,4 millions d'Haytiens sont en situation d'insécurité alimentaire aiguë, un chiffre effrayant qui témoigne de l’ampleur de la crise. Loin de s’améliorer, le quotidien des Haïtiens devient de plus en plus invivable, tandis que le CPT reste incapable d’apporter la moindre solution durable à cette descente aux enfers.
Après un an d'existence, le bilan du CPT est sans appel : échec sur toute la ligne. La sécurité est au point mort. La corruption et le clientélisme battent leur plein. Des territoires entiers sont perdus. L'éducation est en berne. Les indicateurs socio-économiques sont au rouge. L'accord du 3 avril 2024 semble avoir été relégué aux oubliettes. Tandis que plus de 85% de Port-au-Prince est sous la coupe des gangs armés. Un triste constat pour une nation qui a fait l'histoire de l'égalité et de la liberté de tous et pour tous. Alors l'on se demande quel avenir pour le CPT après un an de transition chaotique ?
joseph.elmano_endara@student.ueh.edu.ht
Juriste, Mémorant en Communication sociale/ Faculté des Sciences Humaines (FASCH), Masterant I en Fondements philosophiques et sociologiques de l’Éducation/ Cesun Universidad, California, Mexico
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