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Haïti sous tutelle : OEA, élites démissionnaires et l’effondrement d’une nation

Haïti sous tutelle : OEA, élites démissionnaires et l’effondrement d’une nation

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Depuis des décennies, Haïti vit sous une forme de tutelle diplomatique déguisée. Le pays, déjà affaibli par une instabilité chronique, un séisme ravageur, et la faillite de ses institutions, a vu sa souveraineté piétinée à plusieurs reprises, souvent sous couvert d’« assistance internationale ». L’un des épisodes les plus flagrants de cette ingérence remonte à l’élection présidentielle de 2010, orchestrée et manipulée par l’Organisation des États Américains (OEA). Une ingérence honteuse qui n’a fait qu’exposer la démission des élites haïtiennes et l’ancrage profond de la dépendance extérieure.

Haïti, encore en deuil après le tremblement de terre de janvier 2010, devait élire un nouveau président dans un climat de deuil et de confusion. Au lieu d’accompagner le peuple haïtien dans un processus électoral transparent, l’OEA s’est arrogée le droit de modifier le verdict des urnes. Résultat : Mirlande Manigat, universitaire brillante, femme d’expérience, spécialiste du droit constitutionnel, a été reléguée au second plan. Michel Martelly, ancien chanteur populaire sans aucune formation politique, fut imposé comme candidat de second tour – un véritable coup de force, opéré avec une rapidité suspecte, sous les applaudissements des puissances occidentales.

Ce choix n’était pas innocent. Martelly représentait le candidat idéal pour ceux qui, depuis toujours, préfèrent des figures spectaculaires, obéissantes, instables – et donc manipulables – aux voix réfléchies, structurées et potentiellement souverainistes. Ce fut le premier acte officiel d’un théâtre absurde où l’OEA ne jouait plus le rôle d’observateur, mais bien celui de metteur en scène.

Le drame haïtien ne serait pas aussi profond sans la trahison constante de ses élites. Car si l’OEA s’est permis d’imposer un président, c’est bien parce que l’élite politique, économique et intellectuelle haïtienne s’est montrée incapable – ou peut-être peu désireuse – de défendre l’autonomie du pays. En s’alignant systématiquement sur les injonctions extérieures, ces élites ont démontré leur incapacité à concevoir un projet national, à penser Haïti en dehors du regard du colon ou du diplomate.

Elles n’ont pas simplement échoué à construire un Étatmais abdiqué toute velléité de souveraineté. Elles ont abandonné le terrain, se sont couchées devant chaque injonction, chaque pression, chaque “recommandation” venue de Washington, de l’OEA ou du Core Group. Dans ce théâtre de la déchéance, le remplacement progressif de l’armée haïtienne et des tontons macoutes par des gangs armés est peut-être le naufrage le plus symbolique des vingt dernières années. Ces groupes armés ne sont pas de simples criminels mais se présentent de plus en plus comme les bras séculiers d’intérêts politiques, économiques, et – surtout – internationaux. On le sait désormais. Les preuves sont là, les protagonistes eux-mêmes parlent. Il n’y a plus de doute : les gangs sont instrumentalisés, utilisés comme outils de contrôle et de sabotage politique.

Ils veulent empêcher toute émergence populaire

Les zones de non-droit, les enlèvements, les massacres… tout cela n’est pas le fruit du hasard. C’est une stratégie de terreur utilisée pour maintenir le peuple haïtien dans un état de paralysie et empêcher toute émergence populaire authentique.

Ce qu’il y a de plus humiliant dans cette nouvelle phase de la tutelle haïtienne, c’est le choix des nouveaux « maîtres ». Ce ne sont plus les États-Unis ou la France qui se montrent en première ligne, mais des « partenaires » désignés pour faire le sale boulot. L’envoi de forces kényanes en Haïti n’est pas une initiative africaine mais une décision américaine. Et il ne s’agit même pas de la solidarité panafricaine : ce sont des soldats qui ne parlent même pas la même langue que les Haïtiens, qui ne partagent aucun héritage commun, aucun lien historique.

C’est la diplomatie américaine qui a décidé que les Haïtiens seraient désormais surveillés, contrôlés, encadrés par les Kényans. Le maître blanc a simplement changé de visage, mais pas de posture. Et comme à chaque fois, une partie des élites haïtiennes a applaudi, s’est prosternée, s’est empressée de montrer leur docilité à ces nouveaux surveillants.

Ce qu’il reste de l’État haïtien, c’est une coquille vide. Une structure qui ne fonctionne que lorsqu’elle reçoit des instructions extérieures. Même pour balayer les rues de Port-au-Prince, il faut demander l’accord de l’ambassade, s’assurer du feu vert de la communauté internationale. Ce réflexe colonial s’est installé profondément dans les mœurs politiques haïtiennes. On ne pense plus en termes d’intérêt national, mais en termes de conformité aux désirs du « Core Group », du FMI, de l’OEA.

Nous ne sommes plus simplement dominés : nous avons appris à aimer notre domination. Et c’est cela, la tragédie ultime. Haïti est aujourd’hui au plus bas de l’échelle des relations internationales. Même les slogans diplomatiques n’ont plus de consistance. Le fameux “Groupe des amis d’Haïti” est devenu une blague cruelle. Car quels amis imposeraient des présidents ? Quels amis remplaceraient des institutions par des gangs ? Quels amis nous choisiraient nos maîtres et nous imposeraient leur solution à des problèmes qu’ils ont eux-mêmes nourris ? Ce slogan hypocrite n’a servi qu’à légitimer le viol démocratique de 2010, où Martelly a été choisi au détriment de Manigat. Et depuis, c’est une descente sans fin, un effondrement planifié, rationalisé, exécuté.

Il est temps de dire les choses comme elles sont : Haïti ne s’appartient plus. La souveraineté est devenue un mot vide. L’élite haïtienne a trahi sa mission historique. L’OEA a joué un rôle actif dans la déstabilisation du pays. Les gangs ont remplacé l’ordre républicain. Et nos maîtres d’hier, dans leur cynisme, nous ont légué de nouveaux surveillants, tout aussi brutaux, tout aussi étrangers à notre réalité.

Il ne suffit plus de dénoncer. Il faut désormais reconstruire un esprit de souveraineté, refuser la soumission volontaire, et surtout retrouver le courage d’être nous-mêmes. Mais cela suppose que nous, Haïtiens, cessions de croire que le salut viendra d’ailleurs.

Il est temps de dire les choses comme elles sont : Haïti ne s’appartient plus. La souveraineté est devenue un mot vide. L’élite haïtienne a trahi sa mission historique. L’OEA a joué un rôle actif dans la déstabilisation du pays. Les gangs ont remplacé l’ordre républicain. Et nos maîtres d’hier, dans leur cynisme, nous ont légué de nouveaux surveillants, tout aussi brutaux, tout aussi étrangers à notre réalité. Il ne suffit plus de dénoncer. Il faut désormais reconstruire un esprit de souveraineté, refuser la soumission volontaire, et surtout retrouver le courage d’être nous-mêmes. Mais cela suppose que nous, Haïtiens, cessions de croire que le salut viendra d’ailleurs.

Maguet Delva

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