Haïti, au cœur d'une géopolitique pour la sécurité de l'Amérique
Écouter l'article
Le môle Saint Nicolas a été bien défendu par le diplomate Anténor Firmin qui pouvait convaincre Théodore Roosevelt avec diplomatie et nationalisme , avant même que ce point stratégique de la géographie haïtienne eut une importance cruciale pour les États-Unis qui voulaient neutraliser la nouvelle Cuba communiste avec la victoire de Fidel Castro. Mais, la base de surveillance fut installée à Guantanamo, et sans effet contre la révolution de 1959 des Barbudos. Mais, que vaut Haïti dans la vision géopolitique et géostratégique des États-Unis pour garder leur monopole de domination sur l'Amérique ?
Entre les deux moitiés du continent et à proximité de l'Amérique centrale qui inclut le canal du Panama qui garantit aux États-Unis un regard sur les Océans Atlantique et l'horizon du Pacifique, Haïti se situe comme une île sentinelle. Sa localisation favorise des vues géostratégiques par des données précises satélitaires sur le demi cercle qui forme les différentes bases navales des États-Unis, incluant le détroit de Béring. Et pour le bonheur de l'administration américaine, les adversaires des États-Unis n'ont pas de coopération militaire avec Haïti sur les plans de l'armement et de la technologie. Le voyage de l'ancien président Jouvenel Moïse en Turquie, un pays qui se trouve dans les zones d'influence géostratégique de la Russie, avait abouti à son assassinat, dont les causes politiques sont non encore élucidées par les enquêtes de la justice nationale et internationale. Toutefois, durant les luttes contre cet ancien président, le porte parole du Kremlin voulait proposer une aide en coopération diplomatique et technique pour combattre la violence des groupes armés illégaux. Et le contenu du discours de l'officiel russe exprimait la connaissance discrétionnaire que le Kremlin pouvait avoir sur les origines et les causes de l'insécurité. Mais, cette sympathie russe n'apparaissait pas seulement du côté de Moscou, dont le représentant diplomatique avait reçu une lettre de créance du défunt président, avant la mort de celui-ci. Mais, cette sympathie était aussi visible dans les mouvements de protestation populaire contre l'insécurité, avec les drapeaux russes et chinois et les graffitis qui jetaient des palmes aux pieds de Vladimir Poutine. S'agissait-il d'un effet spectacle pour faire marcher l'ambassadeur des États-Unis pendant cette période de troubles en Haïti ? Ou était- ce une infiltration russe sur le terrain pour façonner les perceptions des haïtiens sur les nouvelles alliances alternatives face au déclin de l'impérialisme français et américain en Afrique et au moment des résistances vénézuéliennes contre la bourgeoisie qui voulait mettre un frein aux avancées sociale, politique et économique et aux aides alternatives dans le continent de Hugo Chavez, dont Nicolas Maduro était le successeur indésirable pour Washington ?
Quelque soit la réponse que l'on trouverait à ces questionnements, il faut garder à l'esprit qu'il y a la définition d'une géographie de la guerre qui est en train de se constituer par les différents points de la géographie nationale qu'occupent les groupes armés illégaux, dont l'armement et les moyens de financement ne viennent pas seulement des États-Unis. Tout un complexe de narco trafiquants et de la maffia internationale tirent les ficelles de ce jeu de désorganisation sociétale que connaît la République d'Haïti et qui dépasse les compétences. régaliennes des gouvernements successifs, incarnant un État en faillite.
Seul le manque de réalisme et de visionnement historico-politique pousserait une analyse à rendre coupable exclusivement les États-Unis, la France, et le Canada, comme l'admet l'opinion populaire. Mais, qu'on se souvienne du groupe paramilitaire russe Wagner, dont le chef aurait été assassiné pour trahison gênante par l'actuel chef du Kremlin, pour avoir un soupçon du rôle qu'aurait pu jouer ces mercenaire dans les conquêtes de fronts périphériques dans le monde pour les alliances intercontinentales d'une Russie avec le Tiers-monde de l'Amérique. Bien sûr, une Russie qui était déjà en guerre, contre ses adversaires de l'Europe, avant les attaques d'invasion de l'Ukraine (Crimée).
C'est Elysée Réclus qui écrivait que la géographie servait d'abord à faire la guerre. Et Donald Trump vient d'approuver cette thèse en voulant faire main basse sur le Canada, le canal du Panama, et le Groenland. Sans oublier l'obstination de Vladimir Poutine qui retire à l'Ukraine le droit de devenir un membre de l'OTAN. Cette organisation transatlantique nord qui protège l'entente entre Truman, Staline, et Churchill, faite à Yalta durant la redéfinition du monde de l'après guerre de 1939 et 1945. Aujourd'hui, il s'agit de la. guerre de positionnement, de la guerre de conquête d'espaces vitaux, mais aussi de la guerre d'influence pour changer les anciennes perception sur les puissances qui sont sorties de cette deuxième guerre mondiale qui ne pouvait pas laisser penser à une troisième qui est en train de menacer le monde des démocraties en crise. Avec la Chine bien sûr, qui fracture le mur de la bipolarisation.
Donc, Haïti est sur la scène des grandes puissances, malheureusement le leader de la liberté de 1804 qui est transformée en un bouffon utile. Utile pour la diversion au moment des grandes décisions sur la migration et le réarmement. Mais aussi, utile pour les convoitises de richesses minières de son sous sol et géostratégiques non avouables et non avouées.
Pour rester dans une comparaison proche de la réalité cartographique du monde, nous dirions qu'au même titre que la France qui est une puissance nucléaire au cœur de l'Europe et qui prend le leadership de mener les troupes européennes contre l'alliance Trump-Poutine, Haïti est au cœur de l'Amérique. Au milieu d'autres Antilles qui sont regorgées d'expatriés européens. Donc, cette île regroupant deux Etats, dont l'un joue la même carte sur la table de la migration que les États-Unis et l'autre qui se métamorphose en des îlots de "no men' s land", est, sans créer de soupçon un enjeu géostratégique pour tout éventuel conflit entre les puissances nucléaires du monde. Elle peut servir de zone de bouclier pour la sécurité du continent, comme elle peut servir de rempart pour les adversaires de l'Amérique qui devrait avoir à discuter encore des stigmates que la colonisation européenne a laissés dans les sociétés des Etats de l'organisation des États américains (OEA). C'est plus le temps de James Monroe. Mais, les peuples de l'Amérique doivent s'engager comme les peuples Européens. Pacifistes et continentalistes!
CHERISCLER EVENS
Journaliste et professeur
Pour un monde du droit des Nations!
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.