Les élections kafkaïennes de l’Université d’Etat d’Haïti : Une réplique de Tammany Hall et de la famille Corleone
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Introduction
Les élections à l’Université d’État d’Haïti (UEH) n’ont pas pu se tenir faute de quorum. Une impasse montée de toute pièce. Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter?
D’un côté, cette impasse empêche la reconduction d’un système gangrené par la corruption et le népotisme. De l’autre, elle reflète une crise institutionnelle où les élections sont devenues une mascarade, un jeu de pouvoir orchestré par des intérêts occultes. Cet épisode électoral manqué illustre la nécessité d’une réforme profonde pour moderniser une institution dont le fonctionnement apparaît de plus en plus archaïque et obsolète.
Un processus électoral vicié et vissé à la base
L’organisation des élections à l’UEH est théoriquement essentielle pour renouveler les instances dirigeantes du rectorat et des facultés. Une Commission Électorale Centrale qui devait organiser des élections de renouvellement une année avant l'échéance de tous les mandats à l'intérieur du système a trainé du pied pendant plus de quatre ans et a été incapable de démarrer le processus.
Le pot-au-rose a été découvert quand le président de la Commission Électorale Centrale a donné sa démission après la publication du calendrier électoral officiel pour se porter candidat à des élections dont il a huilé la machine à son profit. Le comble de cette forfaiture est qu'il bénéficie de la complicité de toute une camarilla. Toutefois, dans la pratique, ce processus est souvent détourné au profit de groupes d’intérêts. La corruption s’infiltre à tous les niveaux, faussant les règles du jeu et compromettant toute tentative de transparence.
Au cœur de ce système se trouve le Conseil de l’Université d’État d’Haïti (CUEH), un organe dont la composition et le fonctionnement suscitent des controverses. Le président du Conseil Électoral Central (CEC), au lieu de garantir une gestion impartiale du scrutin, n’hésite pas à manipuler la composition du CUEH pour se créer une majorité favorable. Certains membres, devenus de simples vassaux du pouvoir en place, servent les intérêts d’un ancien président de la CEC, aujourd’hui candidat, qui a su tisser un réseau d’alliances grâce à des projets et contrats souvent opaques et inachevés, dénoncés par des responsables d'institution qui n'ont pas lésiné pour contester haut et fort la candidature des imposteurs et corrompus.
Une institution prise en otage
L’UEH, censée être un espace de savoir et de progrès, se retrouve ainsi prise au piège d’une logique mafieuse où les élections ne sont qu’un simulacre. La comparaison avec le Tammany Hall – célèbre machine politique corrompue de New York – et la famille fictive des Corleone n’est pas anodine. A l’instar de ces structures, l’UEH est gouvernée par des jeux d’influence, des arrangements en coulisses et une distribution stratégique de privilèges.
Ce clientélisme institutionnalisé bloque toute tentative de réforme réelle. Les décisions ne sont pas prises dans l’intérêt de la communauté universitaire, mais au service d’un petit cercle d’individus cherchant à préserver leur pouvoir et leurs bénéfices.
Conclusion : Vers une refonte nécessaire
L’échec de ces élections, achoppées à l'épuration des illégitimes et aux deux quorums non obtenus, met en lumière les limites d’un système à bout de souffle. Plutôt qu’un simple renouvellement des instances dirigeantes, c’est une refonte en profondeur qui s’impose. La mise en place de mécanismes de transparence, l’indépendance des organes électoraux et l’élimination des pratiques clientélistes sont des étapes cruciales pour restaurer la crédibilité de l’UEH. Enfin, il faut arrêter le processus et attendre l'arrivée des autres élus qui doivent venir compléter le Conseil de l'Université et ensuite recommencer.
Tant que les principes démocratiques et éthiques ne seront pas rétablis, l’université continuera à être le théâtre de luttes d’influence dignes des grandes organisations politiques corrompues du passé et de la fiction. Il appartient maintenant à la communauté universitaire de briser ce cercle vicieux et d’exiger une gouvernance plus juste et intègre.
Ernst M Jacquitte,
BA, LL.B, MA, MBA, PhD
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