Lettre à quiconque
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Kenscoff, le 1er mars 2025
Cette lettre, je l’écris sans connaitre réellement son destinataire. Dans une certaine limite, ce n’est pas mon problème. Elle volontairement lancée comme une balle perdue, espérant qu’elle fera mouche et touchera la personne à qui elle est destinée.
Englué dans l’horreur de la rage, des frustrations, j’ai envie d’écrire cru, sans filtre, jusqu’à faire mal aux mots. Depuis tout petit, je me suis amusé à cocher les cases : ce qu’on appelle une bonne éducation : servir l’église, m’intégrer dans la société, aider du mieux que je peux, acquérir une formation supérieure, entrer dans votre course à rats à la recherche d’emploi, tout. Tout. Et quoi comme récompense, une balle gravée de mon nom.
Je ne sais plus où classer vos actions : de l’irresponsabilité à la méchanceté. Je ne sais plus ce que vous me reprochez, peut-être d’être têtu et d’être resté au pays. Mais après tout, je suis de descendance paysanne, je ne devrais pas avoir à choisir entre être attaché à ma terre et être attaché à ma vie. Je sais que je ne suis pas coupable, je n’ai rien fait de mal à part choisir Haïti. Et même là encore…
Manigances politiques, intérêts économiques, et moi, et nous, pris au piège, dans tout ça ?
Mes mots sont vulnérables, tout comme mon peuple, quémandant une liberté que nous avions créée. D’un autre côté, j’ignore votre plan, mais, par pitié, dépêchez-vous. C’est d’autant plus pénible quand cela prend tout ce temps. Du moins, je sais déjà que mon droit de vivre dans ce pays est compromis, mais au moins il faut laisser à cette nation le droit d’exister.
Qui pis est, je sais que pour vous je ne suis pas seulement laisser pour compte mais compter pour mort. De Martissant à Solino, de Tabarre à Kenscoff, de Delmas à Croix-des-Bouquets, de Pernier à Port-au-Prince, les larmes sont les affluents d’une rivière qui se déverse dans un océan macabre.
Tuez-nous tous et vous serez hantés par des zombis malheureux !
Vous criez au diable ma jeunesse, aux ruines mon avenir. Je cherche, je cherche encore cette lumière promise au bout du tunnel, cette flamme qui ravive. Je puise de cette dignité léguée par les ancêtres qui, sans doute, vous a épargnés. Vous avez détruit le peu de fierté qui restait et tué tout espoir d’un lendemain meilleur.
Enfin, je vous déteste au point que j’aime Haïti.
D’une jeunesse affaiblie,
Christian S. Massillon
10 commentaires
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Diego
Le problème c’est nous, ce n’est pas eux. Par ce que c’est nous qu’ils veulent détruire.
DORLÉAN
On pleure du sang là. Puisse notre espoir nous guide! Félicitations champion !
MR PRÉMILUS
Nous les détestons tous. Crier plus fort "Dépêchez vous par pitié" . Car, le problème n'est pas cette terre mais plutôt vous. Vous.
Le patriote
C'est un cri du coeur, d'une jeunesse démunie, découragée.
Sabine💓
Il y'a dans votre texte une lumière qui éclaire même les zones d'ombre.Elle ne se contente pas de raconter, elle murmure, elle bouleverse, elle laisse une empreinte ineffaçable. Félicitations Christian S. MASSILLON 🤜💥
Sabine💓
Il y'a dans votre texte une lumière qui éclaire même les zones d'ombre.Elle ne se contente pas de raconter, elle murmure, elle bouleverse, elle laisse une empreinte ineffaçable. Félicitations Christian S. MASSILLON 🤜💥
Gecroizile
Je pense qu’avec tes écritures, nous finirons par trouver l’espoir de demain, tissant des mots comme des lumières dans l’obscurité. Félicitations Christian S. Massillon
Unhaitiendupays
Continue d’écrire, de témoigner, d’élever la voix. Nos mots sont parfois notre dernier rempart contre l’indifférence et le fatalisme. Merci pour ce texte. #HT6150
Laydine 🤍
Il faut Laisser à cette nation le droit d’exister! À tous ceux qui perdent espoir , il en reste encore. Christian.M en fait partie. Merci! Notre Haiti Chérie renaîtra 🇭🇹
Anonyme 🛣️
Eee😍 Cette phrase ''je sais que pour vous je ne suis pas seulement laisser pour compte mais compter pour mort.'' Je te l'assure, tu seras mon écrivain préféré.