Écrire à la rédaction
Radio Pacific 101.5 fm
Tribune

Le  problème des enfants embrigadés dans des gangs armés en Haïti: définitions  et controverses

Le  problème des enfants embrigadés dans des gangs armés en Haïti: définitions  et controverses

Écouter l'article

Dans la série consacrée à la définition du problème “des enfants embrigadés dans des gangs armés en Haïti”, ce quatrième article tient lieu à creuser davantage ce problème. Les aléas sont multiples dans ce périple. Les séparations de familles et la migration se présentent  comme l’une des conditions aggravantes de ce problème. La déstabilisation de quartiers traditionnels et les mutations des populations y participent conjointement. Des facteurs psychotiques, psychosociaux, économiques et politiques ne sont sans moindre importance. Le contexte de paupérisation et de marginalisation grandissante dans la société haïtienne alimente davantage les situations de délinquance, de criminalité et de prolifération de gangs armés. Outre des variables classiques qu’il convient de considérer dans l’exploration du problème des enfants embrigadés dans des gangs armés, il y a lieu d’apprécier le poids de facteurs d’ordre exogène dont la criminalité transnationale associée au trafic de la drogue, des armes et munitions, au trafic des organes , le trafic et la traite de personnes en particulier des femmes et des enfants et la prostitution juvénile. La violence politique intervient comme une variante importante dans le cadre de notre exercice analytique de définition de problème.

Tout compte fait, les enfants sont traités comme de petits esclaves dans la société haïtienne, exclus de leur droit à l’éducation et assujettis au travail domestique. Ce qui relève d’un problème structurel quand on tient compte de la reproduction des enfants en domesticité dans une société qui a combattu l’esclavage au prix d’une longue lutte révolutionnaire..

Nous sommes en 2014 quand un adolescent en proie d’être recruté par un gang  et a alerté ses parents de l’offre qui lui a été faite. Cet adolescent a été dépêché en province pour se mettre à l’abri dudit gang. Peu après, de passage à Port-au-Prince pour visiter ses parents, il a vite été  éliminé par ce gang pour n’avoir pas gardé de secret. Un deuxième adolescent qui trainait dans la rue s’est vu  consulter subtilement par quelqu’un qui lui a invité à rapporter  s’il y a la présence de policiers dans les parages. L’enfant a collaboré sans arrière pensée alors qu’il était dans une spirale d’être recruté pour se mettre au service d’un gang. La vigilance du père de ce dernier aidé par des proches du quartier avait vite dévié cette tentative de recrutement.

Un troisième adolescent qui a approché un des gangs de la zone métropolitaine de Port-au-Prince par l’entremise d’un de ses amis se voit refuser son intégration par un membre de ce gang. Ce, ayant jugé que ce deuxième adolescent non éligible du fait qu’il ait été en tenue décente. Ce qui est un signe de bien-être en lieu et place d’une situation de vulnérabilité économique qui a caractérisé d’autres candidats. Alors que l’adolescent allait par la suite se faufiler dans le fief du gang il a été risqué d’être pris à partie par le caïd si ce n’était l’interposition d’un proche des parents de cet adolescent. Ce dernier a été forcé par sa mère à se réfugier dans une ville de province avec les autres membres de sa famille.

 Les adolescents sont aussi utilisés comme boucliers humains dans la rue lors des incursions policières dans des quartiers difficiles.

Plus d’un fait référence aux vulnérabilités des adolescents qui trainent dans les rues , relâchés par leurs parents et enclins aux opérations d’embrigadement dans les gangs armés.Aussi les milieux fermés sont-ils quelques fois la scène de production d’enfants à risques d’être recrutés par des gangs. Ces milieux sont sujets à la violence.

Dans le cas de la famille, la rébellion survient à l’adolescence. Il a été révélé dans les Enquêtes de Mortalité Morbilité et Utilisation de Services (EMMUS) qu’à l’adolescence les parents tournent le dos à des enfants plus particulièrement aux filles. Pour ce qui concerne les centres d’accueil, ils ne sont pas une formule efficace à l’intégration sociale et la réhabilitation des enfants en situation difficile sinon contribuer à la reproduction  des tendances à la déviance, à l’agressivité et à des risques de s’associer aux pratiques de violence.

A l’heure actuelle, le profil d’enfants soldats se dessine pour avoir équipé militairement certains gangs et constitué en leur sein des unités dans lesquelles des adolescents seraient astreints à la discipline de corps militaire.

En effet, la presse se questionne sur l’importance de mesures de redressement social centrées sur des approches d’internement social en utilisant le support des centres d’accueil dans la tradition du modèle idéal que représentait le centre d’accueil Duval DUVALIER de Carrefour fondé en 1958.Dans l’opinion publique, les enfants issus duquel centre d’accueil sont réhabilités et sont arrivés à intégrer les normes sociales après avoir enfreint les normes et voués à la pratique de délinquance. La prémisse est fausse quand le centre n’a pas tout à fait hébergé des enfants dangereux . Les  délinquants ne sont qu’au nombre de 7 sur 35 au total. Ce qui donne 15%. Seulement 5% des internés sont en danger moral. 75% correspondent à des internés qui sont des non délinquants. Les mécanismes de définition du problème en liens avec les enfants embrigadés dans des gangs armés ne souffrent-ils pas de cohérence interne et sujets à une démarche systématique?

 

Repères bibliographiques

- Mildred ARISTIDE (2003), l’enfant en domesticité en Haïti, produit d’un fossé historique, Henri Deshamps, Port-au-Prince, 177p.

-Charles L. CADET (1996), Crise, paupérisation et marginalisation dans l’Haïti contemporaine, Edition UNICEF, Port-au-Prince.

-Andre CORTEN (2000), Diabolisation et mal politique.Haïti:misère, religion et politique, Editions CIDIHCA,Montréal.

  - Monferrier Dorval (1985), Le centre d’accueil Duval Duvalier, situation, diagnostic et proposition. Faculté des Sciences humaines, Université d’État d’Haïti, Haïti,. Non publié.

-Jean Michel HAUTEVILLE  (2024) « Un rapport dénonce le recrutement massif d’enfants par les gangs en Haïti » in Le Monde du 10 octobre 2024.

- Hancy Pierre (2005), « l’insertion sociale des jeunes enrôlés dans les institutions d’internement en Haïti : enjeux et perspectives ». In Les cahiers du Cepode, No 5, 5e année, Éditions Cepode, Port-au-Prince, pp179-206.

  -Luthanius Renaudin (2020), Causes et conséquences de la violence en milieu scolaire sur les enfants de 8 à 16 ans dans le quartier de Martissant au cours de l’année 2016-2017 et perspectives d’accompagnement en Travail social, Faculté des Sciences Humaines , Université d’Etat d’Haïti, Mémoire de licence en Service Social. Non publié.

 Catherine TOURRIHES (  2008 ) Construction d’une jeunesse en difficulté. Innovations et ruptures. Collection Logiques sociales, Edition l’Harmattan, Paris.

0 commentaire

Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.

Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.

Se connecter Créer un compte

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.

À lire également

Toute la rubrique Tribune

Alertes du National

Recevez une notification sur votre téléphone ou votre ordinateur dès qu'un article paraît dans les rubriques de votre choix. Gratuit, sans inscription.

Rubriques à suivre