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Haïti, les paradoxes des paradoxes

Haïti, les paradoxes des paradoxes

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Nous voilà une fois de plus à un carrefour où l’on ne sait plus s’il faut avancer ou reculer, tant les labyrinthes se forment et se déforment sans que nous puissions comprendre véritablement les intentions des acteurs, ou du moins ce qu’ils souhaitent réellement.

Les gangs, qui se livrent à des rackets et à l’amassement d’argent sale, incarnent de véritables nœuds de contradictions. Ils prétendent vouloir « défendre le peuple », pourtant ils s’en prennent aux plus humbles de nos compatriotes, les forçant manu militari à abandonner leurs maisons pour se réfugier dans des camps où ils conservent encore le contrôle.

Ces groupes n’ont aucune idéologie : ils ne sont ni les sandinistes du Nicaragua, ni les Sentiers lumineux du Pérou, et encore moins des formations d’extrême gauche. Ils se contentent d’être des gangs, se livrant au pillage, aux enlèvements, au racket, etc. Leurs chefs sont déterminés à défier ce qui reste de l’État. On peut illustrer cette situation par l’exemple d’un individu recherché par la police, qui traverse la ville pour participer à un carnaval où se réunissent les principaux chefs de gangs.

Ce paradoxe met en lumière la complexité de la lutte contre ces entités : combattre les gangs relève d’un défi stratégique et politique d’une ampleur considérable. On peut légitimement se demander si nos « amis » de l’International agissent avec sincérité dans les actions qu’ils entreprennent. Pourquoi est-il si difficile d’éliminer les principaux chefs de gangs ? Avec toutes les technologies disponibles sur le marché, comment se fait-il que ces individus continuent de narguer l’État et de conquérir de nouveaux fiefs, au mépris des soldats kényans et d’autres forces présentes sur le territoire ?

Vers un effondrement progressif de l’Etat haïtien 

Dans leurs opérations de racket, ils vont jusqu’à envahir Kenscoff, jusqu’à présent un lieu plutôt protégé de leurs méfaits, pour étendre leurs gains territoriaux. Cela constitue une preuve supplémentaire de l’effondrement progressif de l’État, malgré toutes les belles paroles et déclarations sans fin.

Il est à se demander pourquoi ces bandits, soi-disant révolutionnaires, ne s’en prennent jamais à des ministres en exercice, ni même à des symboles de l’État régalien, comme les villas d’accueil ou les ambassades ? Ces lieux restent intouchés. Ce sont toujours les plus pauvres de nos communautés qui subissent leurs agissements criminels.

Pour une fois dans notre histoire nationale, nous nous retrouvons face à nous-mêmes. Poussée par le désespoir de vivre dans une société injuste et dépourvue d’avenir, une partie de la jeunesse a pris les armes contre nous. Ne trouvant aucun soutien de la part de l’État, ils se sont emparés de territoires, créant leurs propres fiefs et imposant leur ordre. Ils ont ainsi pris un morceau de notre nation pour y faire régner leur propre loi.

Leur comportement est d’autant plus préoccupant qu’ils disposent des moyens d’enlever qui ils veulent, à leur guise. Cela démontre une impunité flagrante qui contraste avec l’inaction des membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), responsables de la gouvernance du pays. Toujours est-il que le gouvernement prend des décisions sans véritable impact positif pour la population. Les crimes perpétrés par ces bandes armées illustrent clairement l’absence de contrôle effectif des forces de l’ordre sur le territoire. Même les villes de province, qui ne sont pas directement sous leur emprise, restent vulnérables et peuvent basculer du jour au lendemain. En attendant, les cinq principaux points névralgiques du territoire se trouvent entre les mains des gangs, qui circulent librement d’une zone à l’autre, renforçant ainsi leur domination et leur capacité à étendre leur influence.

« Barbecue » courtisé par l’ambassade américaine ?

La situation à Port-au-Prince est empreinte d’une complexité telle que l’on peut difficilement discerner le vrai du faux dans les informations qui circulent. La déclaration, en novembre 2024, de l’ambassadeur des États-Unis, affirmant que des négociations sont en cours avec des gangs pour la sécurité des locaux de la mission américaine à Port-au-Prince, témoigne d’une approche pragmatique face à une réalité locale où le pouvoir des groupes armés est indéniable.

Les déclarations du chef de gang, Jimmy Chérisier, alias “Barbecue”, selon lesquelles il partagerait les mêmes patrons que les policiers, ne font qu’ajouter à la confusion. D’après ses dires, il aurait même été reçu à l’ambassade américaine, et les agents de l’ambassade, chargés de le conduire jusqu’à l’ambassadeur, auraient fait preuve d’une grande habileté afin que le trajet ne soit pas remarqué par les employés.

Ces déclarations, qui pourraient relever tant d’une stratégie de propagande destinée à asseoir une légitimité que d’un exutoire de revendications de pouvoir, rendent la situation particulièrement opaque. Il est difficile, en l’état actuel des choses, de statuer clairement : s’agit-il de véritables négociations et d’un appui réel des instances étatiques, ou bien d’un jeu d’influences et de manipulations politiques où la rhétorique sert à masquer des alliances obscures ?

Ce qui semble certain, c’est que les groupes armés qui règnent sur Port-au-Prince bénéficient du soutien d’intérêts ou de réseaux dissimulés – une « main » invisible qui leur permet d’opérer en dehors des cadres stricts de l’État.

Pour découvrir ceux qui tirent les ficelles, il serait nécessaire d’entreprendre une enquête approfondie et indépendante, capable de vérifier les faits et de mettre en lumière la nature exacte des relations entre l’État, ses représentants et les groupes armés. En attendant, la prudence et un regard critique s’imposent face à des déclarations qui, si elles ne font pas l’objet de confirmations solides, risquent de nourrir un climat de méfiance et d’incertitude quant aux véritables enjeux de sécurité et de gouvernance dans le pays.

 

Maguet Delva

maguetdelva@evoh.fr

 

 

 

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