«Commentaires stériles»
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Ce qu'il faut faire, justement.
Nous avons lu avec intérêt la réaction de Michel Legros, qui confond critique et cynisme, refus et alternative. Il nous gratifie d'un grand classique du débat haïtien : décréter ce qu'il ne faut pas faire. Fidèle à la tradition des experts en immobilisme, il critique sans proposer, rejette sans offrir d'alternative, adopte la posture du sage qui voit tout venir mais ne change jamais rien. Il a donc lu notre texte, l'a critiqué, l'a rejeté et après ? Rien. Pas une seule idée, pas une piste, pas même un vague espoir. Juste l'habituelle rengaine : ça ne marchera pas.
Le voilà donc juge suprême du possible et de l'impossible, dispensant ses leçons depuis son piédestal de commentateur professionnel.
Sa critique ? Notre proposition de confier à L'université d'État d'Haïti (UEH) un rôle central pour structurer une sortie de crise ne serait qu'une énième combine. Pourtant, notre démarche est limpide, elle vise une rupture avec les marchandages qui ont précipité Haïti dans l'impasse actuelle. Il s'agit de rapatrier les décisions stratégiques, refuser les solutions préfabriquées et redonner aux forces vives du pays la responsabilité d'organiser le départ du Conseil Présidentiel de Transition (CPT).
L'UEH n'est pas une officine de politiciens en quête de pouvoir, mais une institution de transmission de savoir où se forgent encore des idées en dehors des influences étrangères et des calculs d'intérêts privés. Si Legros pense autrement, qu'il nous dise alors : qui d'autres ? Ceux qui ont déjà lamentablement échoué ? Nous ne proposons pas un simple remplacement d'acteurs dans une pièce éculée, mais un processus, capable de faire émerger une autorité nationale affranchie des pressions diplomatiques et des arrangements opaques.
Mais peut-être que ce qui dérange Michel Legros, c'est que cette idée ne vienne ni des ambassades, ni des grandes ONG, ni des politiciens qui font commerce de la crise. En Haïti, il y a deux catégories de saboteurs : ceux qui détruisent activement et ceux qui bloquent toute tentative de construction en répétant que rien ne marchera.
Alors, Michel Legros, que doit-on faire ? Attendre Notre-Dame du Perpétuel Secours par un miracle nous envoie des dirigeants tombés du ciel, légitimes, acceptés, porteurs de toutes les solutions ? Ou chanter l'hymne national en espérant que les gangs se dissolvent d'eux-mêmes ? Ou peut-être laisser les marionnettistes habituels du clan Clinton, de l'ambassade américaine, de l'ONU, du Core Group, du FMI, de la Banque Mondiale nous concocter la prochaine version du chaos, validée par trois ou quatre oligarques locaux ? Doit-on encore patienter bien sagement que le prochain pantin soit désigné en coulisses et nous soit imposé sous couvert d'un consensus international pour Haïti ?
Soyons sérieux, monsieur Legros ! Ce qui dérange, ce n'est pas qu'on reproduise les erreurs du passé, c'est qu'on ose essayer autre chose, avec l'audace de croire qu'Haïti puisse, pour une fois, décider sans demander la permission. Ce pays est pris en otage par une élite qui excelle dans l'art de saboter toute tentative d'organisation nationale indépendante. Dès qu'une initiative s'écarte des négociations d'ambassade et des petits arrangements entre amis politiques, on la taxe d'irréaliste, d'utopique, voire de dangereuse.
Mais s'il y a bien une expérience politique qui a échoué en Haïti, c'est celle que Michel Legros semble défendre : l'inaction, la soumission et l'attente.
Mais le plus savoureux dans sa démonstration reste son invocation du "gros bon sens". Ah, ce cher gros bon sens ! L'argument fétiche des experts en immobilisme. Il sert à paraître pragmatique quand on se contente d'être stérile. C'est la tarte à la crème des esprits paresseux, l'arme favorite de ceux qui n'ont rien à dire mais veulent toujours avoir raison. En Haïti, il a toujours été l'allié de la stagnation, un outil pour enterrer les idées neuves et maquiller la résignation en sagesse.
Ce "gros bon sens", permet aux politiciens de véhiculer l'idée que "Les Blancs ne nous laisseront jamais nous organiser" afin de justifier leur inaction. Certains d'entre eux font tout pour arriver au pouvoir au nom de ce prétendu "gros bon sens" qui sert d'excuse à toutes les trahisons. Ils applaudissent chaque mascarade politique en expliquant "c'est la seule solution réaliste". Il est l'équivalent intellectuel d'un klaxon dans un embouteillage : bruyant, lassant et inutile. Avec lui, on a justifié la soumission aux diktats étrangers, la reproduction des mêmes élites parasitaires et la perpétuation d'un État en décomposition.
Si notre idée déplaît, qu'on nous oppose des arguments solides plutôt qu'un scepticisme de salon. Nous préférons prendre le risque d'essayer plutôt que d'assister, en spectateurs cyniques, à l'enterrement d'Haïti.
Alors, voici notre réponse : à ceux qui critiquent sans rien proposer, qui expliquent pourquoi rien ne marchera sans jamais dire ce qu'il faudrait tenter, qu'ils exposent enfin une alternative. Sinon, leur rejet n'est qu'un abandon maquillé en sagesse.
Nous ne sommes pas à un concours de rhétorique; nous cherchons des solutions pour un pays en péril.
À chacun son combat ! Nous, nous avons choisi l'action.
Grand Pré, 14 Février 2025
Hugue CÉLESTIN
Membre de :
Federasyon Mouvman Demokratik Katye Moren (FEMODEK)
Efò ak Solidarite pou Konstriksyon Altènativ Nasyonal Popilè (ESKANP)
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