Des enfants embrigadés dans des gangs armés en Haïti, un nouveau problème social en marge de la médiatisation!
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Les Enfants embrigadés dans des gangs armés est un problème qui puisse se présenter sous diverses facettes dans une loupe donnée. Si l’on prend le cas d’une approche de besoin inhibant que l’on pense avoir une relation linéaire à une seule variable, soit l’absence de centre d’accueil et de rééducation de mineurs en conflits avec la loi. Ce qui serait devenu une rhétorique quand il s’agit d’aborder toute situation attribuée à la pathologie sociale. C’est aussi valable pour la variable explicative de la démission parentale en lien à une perspective fonctionnelle. Nous revenons plus loin sur les facettes du problème que nous explorons dans une série d’articles de journal pour creuser une question épineuse dans la conjoncture actuelle.
Par ailleurs , problème et projet se définissent dans le même sens du point de vue étymologique à savoir «pro-ballein» du grec qui signifie jeter devant et «projectum» du latin, qui correspond au projet avec le sens de «jeter en avant» (Aïm, 2006:34). En effet, le problème social suppose l’inaccessibilité à un ou des besoins, qu’il s’agit de besoins de base ou toutes autres formes de besoins. La compensation ou la satisfaction de tels besoins n’est pas forcément une garantie à l’élimination ou le dépassement d’un problème.
Il est courant que l’Etat tient à des raccourcis en abordant un problème donné tel serait le cas des Enfants Embrigadés dans des gangs armés (EEGA) qui ne saurait être un problème à être enfermé par la régulation institutionnelle. Du point de vue réductionniste, tout tend à reproduire le problème pour avoir manqué à une bonne définition car toute bonne définition c’est déjà un moyen presque sûr de trouver la solution. S’agit-il d’aborder des besoins singuliers interchangés au problème. Il est un fait que les EAGA confrontent des obstacles de divers ordres. Ce sont des besoins de type affectif, économique, psychosocial et éducationnel. Ce sont aussi de jeunes adolescents qui ont débuté dans les rôles simples et fait montre de bravoure et de loyauté , en parcourant tous les échelons jusqu’à devenir le caïd principal. Ils sont les plus redoutables pour être endurcis dans les forfaits posés. A noter que les premières bandes armées se constituaient de chefferie de jeunes adolescents dans les années 1990 et 2000.
Tout l’enjeu est le fait de se référer aux enfants de rue dans quelques coins réputés pour les pratiques d’itinérance. Si on prend le champ de mars, l’angle des rues Nazon et du carrefour de l’aéroport, le carrefour de l’aviation, le Portail Léogane, l’angle des rues Nicolas et Magloire Ambroise , ce sont entre autres des références territoriales des enfants adonnés au travail de rue. Il y a une opinion publique concernant des enfants de rue à la solde des gangs armés. Entretemps cela se trouve internationaliser dans un discours d’un haut officiel haïtien récemment dans la presse internationale. Ce qui percute et entrave l’effort de tout organisme de l’Etat spécialisé dans la protection des enfants et des jeunes face à l’exploration et l’intervention sur ce problème. C’est une interposition d’un point de vue politique qui inverse toute portée objective dans la démarche de définition du problème objet d’intervention. Nous sommes en présence de biais et d’aprioris voire d’influences politiques enclines à dérouter des politiques publiques efficaces au problème des EEGA. Ce n’est pas aisé de définir ce problème dans un cadre influencé par des aléas divers y compris des aléas politiques aussi bien que les orientations des institutions internationales. L’opinion tend à être assimilée à l’information. Malgré toutes les objectivités et les fondements à la base de la construction de l’information, elle est concurrencée par l’opinion des uns et des autres en guise de raccourcis d’autant plus avec la révolution des réseaux sociaux nous sommes tous devenus de producteurs d’informations. C’est un terrain propice pour jauger des aprioris ou des préjugés face à un problème et à le faire subir de distorsions dans la définition qui répond surtout aux directives de la médiatisation qui est de l’ordre du spectaculaire quand des aspects internes du problème sont passés inaperçus.
Les approches institutionnelle et politique priment en la circonstance par rapport à la démarche délibérée d’ordre scientifique et professionnelle. L’intervention de hauts officiels tend à brouiller les cartes quand des opinions vont s’interposer aux informations objectives. En effet, d’autres informations ramènent au sens commun qui saurait se rapporter à des palabres et raccourcis spectaculaires. Ce qui nous porte à explorer le problème social des EEGA. A noter que nous n’avons nullement parlé d’enfants de rue embrigadés dans des gangs armés, car des enfants comme catégorie vulnérable sont la proie d’actions irrégulières diverses comme le trafic, la pédophilie.
La situation des enfants à risques d’être embrigadés dans gangs armés trouve sa réponse dans l’internement de ces enfants dans des centres de rééducation. C’est ici un besoin singulier si l’on tient compte de la réponse envisagée, on parle dans le même sens de renforcement familial. Aussi l’accès à l’éducation est-il un palliatif. L’accès à l’éducation est un besoin neutre qui n’attaque pas à d’autres aspects du problème un ensemble de facteurs intervenant pour expliquer le problème des EEGA. Le besoin synergique est un impératif pour appréhender un fait total et global en termes de définition du nouveau problème que se profile sur les EEGA. Nous avons déjà révisé différentes dimensions qui pourraient être assignées à ce problème. Ce qui tient lieu à une approximation dans la définition du problème sans se laisser subordonner aux opinions relayées par la presse qui font filtrer le problème, en présenter ses attributs voire culpabiliser ceux qui sont concernés. S’agit-il d’un problème de population avec un caractère transversal et étendu au travail social.
Les précipitations ne font l’affaire que de la marchandisation en lieu et place d’une attitude critique et délibérée face aux EEGA. Pourquoi assimiler un retrait visible des Enfants de Rue dans leur milieu de vie assiégé au recrutement direct par des gangs armés malgré une présence importante d’enfants au sein des ces gangs armés ? Beaucoup d’enfants sont recrutés directement de leur famille, milieu communaitaire de proximité aux opérations des gangs armés, dans certaines écoles de quartiers difficiles ou d’autres qui se sont rendus paradoxalement pour fuir la violence familiale. C’est un débat ardu jusque-là préalable à l’intervention planifiée,une fois le problème soit construit.
Hancy PIERRE, professeur de Travail social, Université d’Etat d’Haïti et à University of Findlay, OHIO, USA.
Repères bibliographiques
Maria José AGUILAR IDAÑEZ et Ezequiel ANDER-EGG (1995) Diagnótico social.Concepto y medologia Editorial LUMEN ,Argentina .78 p.
Roger AÏM (2006), L’essentiel de la gestion de projet 2è Edition Gualino Paris .107p.
Catherine TOURRILHES(2008), Construction sociale d’une jeunesse en difficulté.Innovations et ruptures.Collection Logique Sociale,Edition L’HARMATAN,Paris.
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