Paris : en marge des états généraux !
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Samedi 1er février, Frédéric Boisrond m'a envoyé un message pour m'informer que Kerlande Mirbel, une Montréalaise d'origine haïtienne, fait partie du Comité de révision de la Constitution d'Haïti. Elle était à Paris pour des démarches liées à cette fonction ; il lui a donné mon nom parmi quatre autres personnes qui sont des influenceurs dans la communauté haïtienne de France. En réalité, il ne s’agissait pas de réformes constitutionnelles, mais du pilotage des États généraux initiés par le Conseil présidentiel de transition (CPT), qui comportent trois volets : un nouveau projet de société, la conférence nationale et les réformes constitutionnelles.
À sa tête se trouve l'ancien Premier ministre sous la présidence de transition de Privert, Enex Jean-Charles, un vétéran de l'administration et de la diplomatie haïtienne, discret aux yeux du grand public, mais bien connu dans le milieu politique haïtien.
J’ai appris par la suite, ce même samedi, Kerlande Mirbel et Enex Jean-Charles ont organisé en commun des assises réunissant environ 25 militants, répartis en trois ateliers. Il paraît que les trois personnes à la tête des ateliers auraient été rémunérées pour les diriger, tout comme Samuel Colin, qui coordonne les actions du comité de pilotage à Paris. Rien de surprenant, puisque ce comité dispose d’un énorme budget de 600 millions de gourdes.
En ce qui nous concerne, « les influenceurs de Boisrond », Kerlande Mirbel nous a donné rendez-vous dans un restaurant à Paris pour discuter. J’ai accepté volontiers, puisque c’est mon ami Boisrond, le « sociologue infréquentable », qui lui avait donné mes coordonnées. Ainsi, j’ai fait confiance à cette dernière. D’autant plus qu’il s’agissait de discuter d’Haïti, de l’avenir du peuple haïtien. Mais à aucun moment, elle ne m’a personnellement dit que la réunion se déroulerait en présence de M. Jean-Charles. Je ne savais même pas que ce monsieur se trouvait en France.
Par ailleurs, j’aurais pensé que j’étais pris dans un complot politique, si ce n’était pas Boisrond qui avait donné mon nom à Kerlande Mirbel. Je suis arrivé à l’heure prévue, 18 heures. Nous étions une douzaine de militants et de responsables d’associations comme Josette Buffaerts, Huguette Marcelin, le professeur Wilson Chéry. Nous parlions un peu de tout et de n’importe quoi sur Haïti, dans une ambiance amicale. Kerlande Mirbel nous annonce une surprise. De quelqu’un qui allait participer à notre rencontre ; qu’elle était elle-même « le gâteau » et l’invité surprise serait « la cerise sur le gâteau ».
Après environ une heure de bavardage, trois personnages font leur apparition : le nouveau consul haïtien à Paris, M. Etienne Lindor, l’ambassadeur, M. Lino Volcy, et la cerise sur le gâteau, M. Enex Jean-Charles. Je pensais être en terre conquise. Ce n’était pas tant la présence d’Enex Jean-Charles qui me gênait... Cependant, contrairement à ce que pensait Kerlande Mirbel, Enex Jean-Charles, le président du comité de pilotage, n’avait aucune importance particulière pour aucun de ses invités. Mais les échanges restaient courtois.
Mais, en voyant Étienne Lindor, j’ai vite compris que j’étais plutôt en terre hostile et que Madame Mirbel qui disait constamment avant l’arrivée de ces messieurs, qu’il ne faut pas « mélanger les genres », ce fut exactement ce qu’elle avait elle-même fait en nous invitant sans nous avertir que ces officiels seront présents. Et c’est inadmissible ! Car, il n’y a pas très longtemps, j’ai publié deux longs articles d’investigation sur le consulat haïtien de Paris dans lesquels j’avais mentionné le nom de M. Étienne Lindor dans une affaire pas très nette. Ainsi, ma présence à cette rencontre le gênait assurément, et cela se comprend. Ce fut aussi, pour la première fois en 46 ans de vie en France, que j’allais être photographié en compagnie des diplomates haïtiens. Comme je suis moi aussi « un apprenti anthropologue infréquentable », un journaliste qui ne fait pas de compromis, un militant inébranlable, ces messieurs ne m’ont jamais invité à aucun événement organisé par la mission diplomatique. Il faut aussi dire que cela m’est bien égal, tout comme l’idée d’apparaître sur des photos avec eux. Personne à Paris ne me prendra pour un opportuniste. Et encore, si cela devait arriver : do m laj !
Le plus étonnant dans cette rencontre, c’est qu’on s’est vite aperçu que Kerlande Mirbel n’était pas le gâteau qu’elle prétendait être, mais plutôt la cerise sur le gâteau. Enex Jean-Charles fut la vedette. Il a défini le travail des états généraux, tout en répondant aussi à nos questions. Finalement, pendant toute la durée de la réunion, on n’a discuté que de la réforme de la Constitution de 1987 et rien sur la conférence nationale ni sur le nouveau projet de société. Nous avons finalement compris, à travers la langue de bois de Jean-Charles, que le Conseil présidentiel de transition ne comptait pas du tout faire de réformes constitutionnelles, mais plutôt changer de Constitution. C’est-à-dire passer d’une forme d’État à une autre d’Etat, où il serait question d’une vice-présidence à l’américaine, afin d’éviter les marchandages habituels des parlementaires, notamment lors de la présentation de la politique générale du Premier ministre. Est-ce l’avis des Haïtiens qui participent à ces états généraux ? Ce n’est pas du tout ce qu’on lit au préalable dans le projet de constitution publiée par la commission dirigée par Jerry Tardieu !
Sergo Alexis
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