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Silence, camarade !

Silence,  camarade !

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Dans ce chaos organisationnel, où la mort est devenue aussi banale qu'un ticket de loterie perdant, la mode du moment, c'est « l'esthétique de la mort ». La vie humaine? Une vieille blague à laquelle plus personne ne rit. Tu veux contredire les faux lanceurs d'alerte, faux mannayeurs, faux démocrates, faux patriotes ? Eh bien, prépare-toi. Une balle dans la tête et on t'ajoutera au compteur. Oui, camarade, ici, tu peux être exécuté pour banditisme, même si ton plus grand crime a été de trop respirer.  Ah, le génie unique du peuple haïtien : nous avons ce don inégalé de fabriquer nos propres monstres pour qu’ils nous dévorent ensuite. Une simple divergence d’opinion sur un dossier, et voilà : « Depi w kont mwen, se gang ou ye. » Vous suivez mon regard ?

Silans m di w kanmarad !

 Ici, dénoncer quoi que ce soit, c'est signer son propre arrêt de mort. Mais après tout, ça n'a jamais été une sinécure. Les Duvalier? Ces artistes du carnage buvaient littéralement le sang de tous ceux qui osaient lever un sourcil contre leur régime sanglant. Et le PHTK? Oh, eux, ce sont des poètes: ils écrivent l'histoire en rouge écarlate.  Grégory Saint-Hilaire ? Tué parce qu’il a eu l’audace, l’insolence, que dis-je, le culot, de dénoncer un « plan chimérique » pour l’École Normale Supérieure (ENS). Maître Dorval, Antoinette Ducklair et tant d’autres ? Évidemment, eux aussi balayés comme des poussières gênantes. Par qui ? Par nos fameux mangeurs d’âmes, ces artistes de l’assassinat qui transforment chaque victime en trophée.  Et les journalistes? Assassiner un journaliste ici, c'est comme poser une signature: simple, rapide et silencieux. Parce qu'ils osaient parler, qu'ils dérangeaient, qu'ils dénonçaient.

Alors, écoute-moi bien, camarade : ne dénonce pas! Sinon, ils te conjugueront au passé simple avant même que tu n'aies fini ta phrase. Et, qui sait? On fera peut-être de toi un cadavre « esthétiquement » acceptable pour le prochain bilan

de la PNH. Après tout, tout le monde aime un beau mort, surtout dans un pays où la vie n'a plus aucun prix.

Camarade, détends un peu ton cerveau, étire-le, mets-le au soleil. Ça te fera du bien.

Pose-toi la vraie question : si, par miracle, Haïti venait à éradiquer cette misère humaine soigneusement manufacturée, que deviendraient les médias occidentaux ? Tu sais, ceux qui se nourrissent goulûment de nos drames comme des vampires affamés.

Ah, ces images saisissantes : des enfants faméliques entassés dans des sites d’hébergement comme des sardines en conserve, le regard perdu, le ventre vide. Ces mères au bord de la folie, traînant leurs maigres effets derrière elles, après avoir fui des maisons transformées en torches humaines à Carrefour-Feuilles ou à Solino par ces « entrepreneurs du chaos », autrement appelés terroristes. Des héros locaux, n’est-ce pas, qui, avec une précision inégalée, réussissent à faire de la destruction une œuvre d’art ?

Et le banditisme ? Si on résolvait ce problème, de quoi parleraient-ils ? T’as une idée de combien de dollars ces reportages morbides leur rapportent ? Le misérabilisme, c’est une économie bien huilée, camarade. Tu veux les jeter au chômage, ces braves Photo-journalistes haïtiens qui, grâce à leurs clichés bien sombres, s’assurent une place à la table des grands médias ? Soyons sérieux.

Que dire ? Une fois encore, bravo au système qui permet à ces tragédies d’exister pour remplir les pages des journaux, les écrans des télévisions étrangères et les poches de ceux qui « capturent » ces moments : journalistes, ONG, et bien sûr, les éternels spectateurs internationaux ! Le spectacle est grandiose, le casting impeccable : des victimes parfaites, des bourreaux sans scrupules, et un public global prêt à cliquer sur « play ». Le chaos haïtien, un business florissant.

Non, camarade, ne t’indigne pas ! Laisse les États-Unis, le Canada, et la France continuer à jouer aux sauveurs avec leurs ONG. Après tout, leur « aide » humanitaire, c’est comme un boomerang : ils envoient des millions pour les récupérer en milliards. Un business modèle parfait. Pourquoi gâcher ça ? Silans m di w, kanmarad. Tais-toi et admire l’élégance du pillage humanitaire.

T’imagines, camarade ? Conscientiser la jeunesse haïtienne, qui représente aujourd’hui près de la moitié de la population, à se révolter contre ce système oligarchique bien rôdé, ce grand broyeur de rêves ? Quelle idée saugrenue ! Tu crois vraiment qu’une génération, trop occupée à lutter pour un repas ou un mail du « programme Biden », va soudain se lever et renverser des décennies de statu quo ?

Non, camarade, restons réalistes : mieux vaut leur laisser le soin de scroller sur TikTok  que de leur parler d’engagement politique.

Et quoi encore ? Tu veux organiser une masse critique de femmes et d’hommes prêts à entrer dans la politique pour changer la donne ? Franchement, à quoi bon ? Tu penses qu’en montant une armée de citoyens éclairés, tu vas ébranler ces vieux barons qui tiennent les rênes du pays ? Ah, l’utopie… le rêve éveillé.

Oh, mais attends ! Tu crois aussi pouvoir stopper les États-Unis dans leur programme stratégique de « vidange » de nos cerveaux ? Quelle belle idée d’innovation géopolitique, camarade, pourquoi ne pas leur envoyer une carte de remerciement pendant que tu y es ? S’ils arrêtent ça, tu sais bien qu’il n’y aurait plus moyen pour eux d’exécuter leur grand projet pour Haïti, ce bijou de domination passive. Non, non, laisse-les continuer : moins de cadres, moins de problèmes.

Ne me dis pas que tu comptes dénoncer les politiciens aussi ? Voyons, camarade, à quoi joues-tu ? Tu tiens si peu à ta vie ? Plus il y aura de la misère, plus il y aura d’opportunités pour ces candidats diarrhéiques de troquer leurs promesses contre des votes à 1000 gourdes. Tu veux priver ces partis politiques constipés de leur droit divin à prendre le pouvoir pour continuer à déplumer la poule jusqu’à l’os ? Quelle audace !

Dans cet imbroglio politique où tout le monde joue à « chaises musicales »,  il ne te reste qu’une seule option : deviens un sétoupamiste accompli. Adopte cette doctrine sacrée popularisée par Albert Buron, cet illustre personnage de Gary Victor. Elle consiste à remplacer les hommes sans jamais toucher aux structures. Une alternance sans changement, un peu comme changer les draps d’un lit infesté sans jamais traiter les punaises. Quelle brillante stratégie !

Alors, camarade, adapte-toi : si tu n’es pas prêt à te plier au système, « w ap dòmi deyò ». Dans ce jeu-là, tu n’as que deux options : être mangé ou devenir le prochain « mangeur ».  Je te laisse deviner laquelle est la plus confortable.

Blague à part, camarade…

Oui, un peu d’humour noir pour ne pas sombrer dans cette folie qu’est notre société. Parce que, tu sais, si tu prends tout cela trop au sérieux, tu finiras par perdre la tête. Alors oui, parfois, il faut bien rire des absurdités qui nous entourent. Ce pays, camarade, est une véritable comédie noire. Défends la patrie, et te voilà affublé du titre de « Foli patriyòt», comme si aimer sa terre natale était devenu un acte répréhensible. Parle de morale, et on te traite de « Foli moralis», comme si l’intégrité était une maladie contagieuse. Ah, quelle époque glorieuse !

Mais toi, camarade, ne baisse pas les bras. Accroche-toi à ta dignité, même si elle est désormais une rareté. Regarde autour de toi : l’égoïsme règne en maître, la violence est devenue une norme, et le bien commun ? Ah, le bien commun, cette relique d’un passé révolu, désormais sacrifiée sur l’autel du profit à tout prix. C’est beau, n’est-ce pas ? Un peuple sans vision, sans valeurs, prêt à tout brader pour une poignée de miettes.

Alors oui, camarade, continue ton combat. Pas parce que tu verras un jour les fruits de ta lutte – soyons honnêtes, tu seras probablement mort avant – mais parce que c’est une question de principe. Un jour, peut-être, ce peuple écrasé se relèvera. Sa vengeance sera douce et brutale, et ceux qui l’ont piétiné regretteront de ne pas avoir pris leurs jambes à leur cou.

Et en attendant ce jour ? Survis, camarade. Vis assez longtemps pour voir ce système s’effondrer sous son propre poids. Parce que, comme le disait l’autre, « la vie vaut la peine d’être vécue » – même si c’est juste pour savourer la chute de tout ce cirque.

 

Par : Wilsonley SIMON, Journaliste, Étudiant en Anthropo-Sociologie à la Faculté d’Ethnologie.

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Joan

Triste réalité 😢

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