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HORIZON HAITI

Où sont passés les Pays amis d’Haïti et les nations nègres ?

Où sont passés les Pays amis d’Haïti et les nations nègres ?

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La création de l’Etat haïtien, le 1er janvier 1804, a été incontestablement un exploit hors norme : la fin de l’esclavage suite à la capitulation de l’armée napoléenne, l’une des plus puissantes à cette époque dominée par l’économie colonialiste. Pendant de nombreuses décennies, Haïti a servi d’exemple exceptionnel à tous les peuples et nations africains et afrodescendants. Aujourd’hui, gangrené sur tous les fronts par la violence des gangs, la corruption systémique et l’impunité, l’Etat d’Haïti lutte, quasiment seul, dans une relative indifférence, pour son existence et son avenir. Ce qui est plus que symbolique, tant pour Haïti que pour les pays d’Afrique et les diasporas d’origine africaine, c’est que le premier Etat noir anti-esclavagiste, anti-colonialiste et anti-ségrégationniste est sur le point d’être évaporé non seulement par les professionnels internes du chaos mais aussi par la fuite massive de ses ressources humaines qualifiées et en âge de travailler encouragées par les Américains et les Canadiens, restés indifférents à nos malheurs.

Où sont passés les peuples et les nations africains, les pays latino-américains dont beaucoup ont profité de la généreuse aide et de l’exemplarité révolutionnaire d’Haïti ? Où sont passés les organisations internationales et les « Pays amis d’Haïti » - ci-devant le Core Group qui, par leurs ingérences répétées, ont une grande responsabilité dans cette « démocratisation chaotique » ? Leur objectif était la création de l’Etat de droit comme fin de la dictature, tandis que le néo-libéralisme n’était que le moyen le plus efficace pour y parvenir. Avec de tels amis, on n’a pas besoin d’ennemis. Il y a peu de disciplines aussi peu considérées ou utilisées en Haïti que celle d’analyste en géostratégie et en géohistoire.

Aujourd’hui, au vu de l’attitude attentiste des puissances (tutrices) étrangères et des gesticulations des organisations internationales, confortées dans leur manichéisme moralisateur, beaucoup plus d’Haïtiens comprennent que les nombreuses ingérences étrangères (aussi toxiques que celles qui ont eu lieu à partir de la période post-coloniale) de ces trois dernières décennies, qui ont conduit à la déstabilisation et à la dislocation du pays, n’ont jamais été vraiment dans l’intérêt d’Haïti qui continue de vivre sous l’empire d’épopées héroïques ainsi que la gestion calamiteuse de la plupart de nos gouvernants et l’affairisme de nos possédants. Pions malveillants, ils n’ont fait que répondre aux intérêts claniques et changeants des décideurs internationaux et de leurs complices nationaux. Car, à la moindre volonté de transgression ou position nationaliste, tous ces pays amis, dans notre pays qui compte beaucoup de « laquais », vous accablent.

Haïti qui n’a plus rien à apporter au monde est aujourd’hui dans la situation périlleuse d’un pays en voie d’extinction – toutes les autres questions irritantes, telles que la faillite de nos élites, la corruption à grande échelle ou systémique, l’impunité érigée en politique publique, l’insécurité planifiée, ne sont qu’une épouvantable litanie inhérente à la vieille Haïti qui a survécu au régime macoute mais qui ne fait plus aujourd’hui rêver. Chose que le patriote lucide ne saura démentir. Or, conséquence de la mondialisation technologique et de populations en constante mutation, notre pays n’a pas échappé aux pressions démographiques brisant les repères identitaires, c’est-à-dire la mémoire collective, l’effet positif de l’école, les vertus familiales, la vie religieuse et les valeurs traditionnelles.

Tout d’abord, Haïti avec la complicité de ses propres dirigeants et des puissances occidentales, est aujourd’hui une menace d’abord pour tous ses habitants. C’est-à-dire un Etat moribond que l’Occident dès sa naissance en 1804 s’est efforcé par tous les moyens possibles (double dette, blocus naval, réclamations étrangères et emprunts à répétition, ingérences étrangères) d’entraîner dans la léthargie, le marasme financier, l’entropie politico-institutionnelle, le sous-développement. Et cela fait trois ou quatre décennies qu’on lance et relance de grands débats sur la démocratie et les interventions armées extérieures pour restaurer l’Etat de droit. Cette situation périlleuse de programmation du mal ou d’engrenage infernal ne se terminera pas par une victoire totale d’Haïti, c’est-à-dire par l’établissement d’un Etat stable et prospère, si les meilleurs d’entre nous restent les bras croisés ou appuient le statu quo chaotique. Il ne suffit pas de se prononcer pour ou contre la démocratie par procuration pour aller de l’avant.

 

Ray Alexandre

 

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