PARCOURS AU FOND D’UN PAYS MEURTRI MAIS VIVANT ET TOUTEFOIS SINGULIER (Suite)
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TROISIÈME PARTIE : DUVERGER/MIRAGOÂNE-LÉOGÂNE
La raison principale de mon arrêt à Duverger était non pour entendre les causeries de Rodrigue et Mèt Bo mais bien pour visiter l’École Nouvel Horizon de Duverger (ENHD) et rencontrer le staff et les élèves. Pour celles et ceux qui ne le savent pas, le monde est très matinal partout en Haïti, peu importe le jour de la semaine. Mèt Bo et sa conjointe Carole sont rentrés vite dans cette mouvance. Ils se sont réveillés avant Rodrigue et moi et sont vite partis sans nous le dire à l’ENDH qui se trouve à moins de 200 mètres de la maison familiale. Mèt Bo voulait peut-être nous cacher quelque chose mais je ne savais pas qu'il voulait tant chanter le salut du drapeau avec les élèves. Rodrique et moi sommes arrivés tout juste à la fin de la montée drapeau. On pouvait cependant entendre au loin la voix des enfants bien alignés par classe chanter leur dernier couplet de la Dessalinienne comme de vaillants soldats. Que de souvenirs ! Cela me rappelle bien mes premières années chez les Frères de l’instruction chrétienne (FIC) de Léogâne.
Après la montée du drapeau, c’était la présentation des visiteurs, on pourrait dire des intrus parce que notre visite n’était pas annoncée. Attention ! Mèt Bo voulait créer la surprise mais « tchuippp » tout le village était déjà au courant depuis la veille qu’il était dans les parages. Il oubliait certainement que le télédiol est bien plus puissant que la radio ou le téléphone chez les habitants en Haïti. Les six années d’absence n’avaient pas isolé Mèt Bo de sa base. Les plus vieux en sixième se rappellent bien de lui et de Carole. Le contact était maintenu via WhatsApp et la vidéoconférence. Même les tout-petits étaient au courant que c’était Mèt Bo l’initiateur de cette œuvre du haut des montagnes qui a permis à des dizaines « d’élèves des mornes » de recevoir depuis dix ans le pain de l’instruction, une éducation de qualité bien sûr ! C’était amusant d’observer des « élèves des mornes » communiquer couramment dans les deux langues officielles du pays, créole et français, dès la première année.
J’étais aussi surpris de l’attachement des enfants avec Carole, québécoise blanche de souche, qui se rappelait elle-même des noms de presque tous les élèves de plus de six ans qu’elle a connus avant la Covid-19, et plusieurs autres après, des tout-petits qui ont bénéficié de sa grande générosité de parrainage.
Après le speech du directeur et des Baugé, Rodrique m’a appelé pour dire quelques mots aux professeurs et aux élèves. Il m’a présenté comme trésorier de la Fondation QHASUQ qui envoie de l’argent pour le fonctionnement de l’école. J’aurais eu peur si j’étais ailleurs. Avec tout ce qui se passe dans le pays, on peut se méfier avec raison que quelqu’un croit que le trésorier amène avec lui un sac d’argent (Rires). Je ne crois pas avoir dit assez de « Bravo » au directeur et à son équipe de professeur-e-s pour leur engagement et l'excellence de leur travail, et aussi à la ménagère qui garde la cour de l’école dans un état impeccable, avant de passer à la cuisinière qui préparait déjà le repas du midi pour les 125 élèves et le staff. Je dois taquiner encore mon ami Rodrigue qui a fait son « petit vicieux » en demandant à la cuisinière de pas l’oublier.
Un autre sentiment de fierté m’a envahi pour avoir contribué depuis le début au projet ENHD, cette œuvre de grande importance en faveur des enfants qui, pour la plupart, n’auraient jamais connu le pain de l’instruction sans la générosité des Baugé et des supporters du projet ENDH. Une de mes filles m’avait récemment demandé : Papi je ne t’ai jamais entendu chanter, et j’avais répondu c’est pour ne pas faire peur aux gens. Mais une grande émotion m’a vraiment traversé en regardant les enfants de l’ENHD défiler devant moi en train et j’ai commencé à fredonner en moi-même en l’honneur de la famille Baugé (ou Beaugé, Beauger), des supporters du projet (www.projetduverger.org) et de la Fondation QUASUQ (www.qhasuq.org) cette petite chanson que nous chantions au primaire avec le frère Gabriel des FIC de Léogâne :
« Le bien qu’on a la mort le prend
Le bien qu’on fait le ciel le rend
Faisons tout le bien dont nous sommes capables
Ici-bas, ici-bas ! »
Je ne sais pas si le ciel existe vraiment parce que je n'y suis pas encore allé, mais j'avais traduit ces bienfaits dans un petit poème intitulé « Les bulles de la vie » que je crois encore disponible sur ma page Facebook.
J’avais dit au début que j’évite de poster des photos, mais je l’assume si c’est un péché de déroger à cette position. Cette partie de mon récit ne serait pas complète sans être accompagnée de quelques photos des enfants. Je suis persuadé que certaines personnes dont je me garde de citer des noms n’attendent que cela.
Je parie sur la tête du Bon Dieu qu’en voyant les photos mon ami Mirvil Bruno va jeter quelques gouttes larmoyantes, comme je l’avais fait sur place.
Après deux nuits en Haiti, j’avais hâte de rentrer à Léogâne. J’avais rendez-vous avec mon neveu Sonsonn pour venir me chercher au bas de la montagne. Mon véhicule que j'avais laissé à Léogâne était en panne et je lui avais dit que je n’ai pas de problème pour prendre un tap-tap de Miragoâne à Léogâne mais je ne voulais pas faire le trajet seul. Je savais que le véhicule, une Audi Q7 Diesel que j’avais acheté pour la famille, n’avait pas roulé depuis un certain et que ce n’était pas prudent de le forcer sur le morne Tapion sans un bon tune-up. Il ne m’avait pas écouté et malheureusement il a dû l'abandonner sur la route pour finalement venir en tap-tap. Je l’attendais pour 13h et il est finalement arrivé à 16h. Heureusement qu’il avait trouvé un ami à Miragoâne pour lui louer une Honda CRV, que je ne faisais pas trop confiance, avec chauffeur pour nous conduire à Léogâne.
En traversant la zone de l’étang de Miragoâne, j’ai senti la voiture pomper et zigzaguer, comme une femme en « talons kikit » à travers les roches sur la partie non asphaltée de la route de Darbonne (entre la nouvelle Route 9 et le carrefour Darbonne, l’entrée-est de la ville de Léogâne). Les mauvaises langues disent que l’ancien député Hippolite avait l’argent pour faire toute la route mais il avait laissé cette partie en promesse pour une nouvelle campagne électorale qui attend encore depuis 2016. « Hummm, peyi espesyal wi, se depite k ap fè wout ! ».
J’ai traversé Petit-Goâve sans le savoir tant la route était vide. Je n’avais même pas remarqué les repères que sont les vendeurs de « DOUS MAKÒS » qui sont habituellement là à toutes les heures. Le pont sur la rivière, dont j’oublie le nom, qui sépare en quelque sorte la ville de Petit-Goâve du morne Tapion, est totalement ensablé. Point de vertige en regardant passer la rivière en crue lorsqu'on est sur le pont. On n’est pas encore arrivé à l…
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