HORIZON HAÏTI
Des élections avec le CPT-9 / Alix Didier Fils-Aimé
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Il est bien trop tôt (?) pour imaginer que le pouvoir instauré après la déroute rocambolesque (de celui) du Dr Ariel Henry puisse s’effacer au profit du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé qui doit faire preuve de lucidité et d’efficacité pour ne pas échouer piteusement comme Dr Garry Conille. Personne ne croyait aux paroles et aux promesses du précédent gouvernement de coalition qui a fini carbonisé de façon précipitée. Les bandes armées contrôlent d’une façon ou d’une autre les principaux leviers du quotidien de plusieurs millions d’Haïtiens et de l’insécurité, à commencer par les « chances » d’organiser des élections (non partisanes), objet récurrent de toutes nos névroses et divergences politiques. Tous les contre-pouvoirs, déjà si faibles, se sont évaporés, à commencer par une justice aux ordres des protagonistes du chaos.
L’insécurité qui ne pourrait pas être vaincue par une police corrompue ou une force multinationale insignifiante - par opposition à la force « robuste » préconisée par le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres - focalise toute la frustration de la population, en dépit des tergiversations plus que-piteuses ou démagogiques des Américains. L’état dégradé des conditions de vie haïtiennes compromet toute paix publique, pourtant essentielle pour l’organisation des élections dans un environnement sécuritaire. L’urgence est donc de rétablir l’autorité de l’État. Quels leviers l’État peut-il actionner ? Au vu de son mode de fonctionnement sulfureux et erratique – pas plus horrifique que la bande à Ariel Henry – il est peu probable que la formule expérimentale Conseil Présidentiel de Transition /Alix Didier Fils-Aimé qui a incontestablement elle aussi beaucoup de défis à relever pour le bien-être de la population y réponde en prenant les décisions radicales qui s’imposent, renverser la tendance défaitiste et enclencher le retour à la normalité constitutionnelle dans ce pays à la longue tradition de revers ou rebondissement tragiques. Couple dépareillé, en tout cas, inédit, le CPT-9/Alix Didier Fils-Aimé qui évoluent sur un champ de ruines ferait pourtant bien de se méfier des conséquences des scandales de corruption interposés (transactionnels) : il pourrait, comme le précédent pouvoir de transition qui n’avait soulevé néanmoins aucun espoir chez la population (résignée), récolter ce qu’il a semé en accumulant les sujets de mécontentement.
La prise de fonction du Conseil électoral provisoire le vendredi 18 octobre 2024 qui doit être complété le plus vite possible est une étape indispensable : la raison d’être des actuels gouvernants déjà décriés sur les réseaux sociaux pour plusieurs raisons. L’absence prolongée des deux membres est regrettable. C’est le scénario de la spirale des déchirements des secteurs concernés qui taraude notre société en déliquescence. Pour tous les Haïtiens et nos tuteurs étrangers, la crédibilité du Conseil électoral provisoire est aussi indispensable que la participation aux élections, des critères pour éviter des contestations massives. Les précédentes élections ont en effet toutes été contestées. Face à cette instabilité chronique et aux difficultés des responsables publics à trouver des solutions satisfaisantes, la confiance des citoyens envers leurs élus s’est estompée. La facture électorale est toujours salée, les crises pré-électorales ou post-électorales encore plus. Pour emmener la population aux urnes, outre la question de l’insécurité qui sévit en grande partie dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite, il y a donc toute une série d’obstacles à franchir, à commencer par l’actualisation des registres électoraux et la question de la Carte d’identification nationale (CIN). Cela fait plusieurs années déjà que la majorité des Haïtiens ne croient d’ailleurs plus en la possibilité de réformer le système électoral et, plus largement, le pays. Ceux qui avaient voté en 1990 pour Jean-Bertrand Aristide ou pour René Préval en 2006 et qui se sont déplacés en petit nombre pour Jovenel Moïse à deux reprises (en 2015 et 2016) ont perdu toute illusion en voyant leur situation continuer à se dégrader d’année en année et leurs présidents freinés soit par un coup d’État militaire (1991) soit par un coup d’État électoral réalisé par les Américains contre le candidat du pouvoir en place (2110 – 2011) soit par un assassinat invraisemblable (2021).
Un des faits majeurs est, qu’avec le passage du temps et à travers les luttes fratricides et le discrédit des politiques, les Haïtiens, prisonniers de leurs passions et de leurs divisions, se sont mis à connaître et à comprendre les dirigeants et les possédants beaucoup mieux que ces derniers ne les comprenaient. On va toujours vers une explosion électorale à multifacettes. La désillusion de la population aujourd’hui est d’autant plus importante que beaucoup cherchent à s’enfuir à l’étranger par tous les moyens. Après environ quatre décennies sans un Conseil électoral permanent – illustration éloquente du processus raté de démocratisation -, l’avenir politique semble totalement bouché. Il ne faut pas l’oublier, le vote est une condition nécessaire, mais pas suffisante pour nous protéger de l’instabilité ou des aléas de la transition, mangeuse de ressources en tous genres. Pour être carbonisé, cramé – comme le gouvernement nihiliste d’Ariel Henry et le gouvernement éphémère de Garry Conille -, le gouvernement sous pression et sous observation d’Alix Didier Fils-Aimé, aux allures de rescapés titubant au milieu d’un champ de bataille et de ruines, n’a pas beaucoup de temps devant lui.
Tout le monde le sait, Haïti est éruptive en matière d’élections. Et dire que le processus (de sélection des membres du CEP) a déjà pris trop de temps en s’enlisant dans des querelles et tractations intra-organisationnelles dont les motifs n’ont pas grand’chose à voir avec le patriotisme, l’intérêt général ou la transparence ! Car tous, obnubilés ou aveuglés par le pouvoir à conserver et/ou le pouvoir à conquérir, ne semblent pas redouter l’étincelle qui mettra le feu aux poudres. Comme d’habitude !
N.B.- Un arrêté signé le 18 septembre 2024 et publié dans Le Moniteur du jeudi 19 septembre 2024 a nommé 7 membres du CEP qui sera complété ensuite à la désignation des 2 membres restants par les organismes de Défense des Droits Humains et les Associations de Défense des Droits des Femmes. Il y a un détail important qui mérite d’être souligné, c’est que le mandat des membres de ce CEP prendra fin « à l’entrée en fonction des membres de l’Organe chargé d’organiser les opérations électorales dans les formes et conditions édictées par la nouvelle Constitution » (art. 6).
Ray Alexandre
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