La diaspora rencontre la CARICOM
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Le jeudi 15 août une délégation de la diaspora menée par Myrtha Désulmé du Forum Haïtien pour la Paix et le Développement Durable (FOHPDD qui siège à Paris) et la Société Haïti-Jamaïque (Jamaïque), comprenant Rivière Willer de la Fédération de la Diaspora Haïtienne d’Europe (FEDHE, Paris), Valeska Maurice du FOHPDD, et Edwin Paraison de la Fondation Zile (République Dominicaine), rencontrèrent le Groupe des Éminentes Personnes de la CARICOM en mission en Haïti pour s’enquérir du progrès de la transition. Suit la déclaration de la délégation :
Chères Éminentes Personnes,
Merci d’être venus prendre le pouls du patient.
Hier, le 14 août, était le 233ème anniversaire de la cérémonie du Bois Caïman organisée par les esclaves africains en 1791 pour donner le coup d'envoi de la glorieuse révolution haïtienne sans laquelle la moitié du monde pourrait encore être forcée de marcher avec des boulets aux pieds. Cet anniversaire rend particulièrement douloureux le fait qu’Haïti se retrouve à nouveau sous occupation. Nous avions demandé lors de la réunion de Kingston que vous adoptiez comme ligne directrice de ne rien accepter pour Haïti que vous n'accepteriez pas pour vos propres pays, mais cette consigne semble avoir été complètement ignorée car le monde entier s’empresse d’emboîter le pas pour maintenir Haïti sous tutelle sous couvert de la libérer.
Le Conseil présidentiel de transition était imparfait depuis sa création. L'idée originale était que le Conseil serait constitué de la société civile, mais il a été élargi contre notre gré pour inclure certains acteurs que la société civile luttait depuis des années pour purger du système afin de rompre avec le fléau de la corruption endémique. Le Conseil comprend trop d’acteurs politiques, censés obtenir le pouvoir par le biais d’un scrutin et non pas être parachutés dans un Conseil de gouvernement qu’ils vont tenter de manipuler pour obtenir un avantage lors des prochaines élections.
Le Conseil a été en proie à des scandales et à des allégations de corruption, et est maintenant frappé par une crise qui, si elle n’est pas gérée adroitement, risque de conduire à l'érosion complète de sa crédibilité et de sa viabilité : trois de ses membres ont été accusés d'avoir tenté d'extorquer le président du Conseil d'administration de la Banque Nationale de Crédit, Monsieur Raoul Pierre Louis, pour qu'il puisse conserver son poste. Le président a dénoncé la tentative d'extorsion, mais c'est lui qui a été licencié par le Premier ministre il y a 5 jours.
Nous, membres de la diaspora, pensons que ces trois Conseillers présidentiels devraient démissionner, ou au moins se retirer temporairement, afin de permettre une enquête transparente. Ce scénario de pratique courante, malheureusement sans précédent en Haïti, enverrait un signal fort et positif à la nation haïtienne qui continue de s'effondrer sous le poids de la corruption et de l'impunité.
La composante cruciale de la diaspora est absente de l'accord politique trouvé entre les différents secteurs le 3 avril. L’importance de la diaspora dans la vie socio-économique d’Haïti ne peut être surestimée. La diaspora joue, au fait, un rôle de respirateur. En effet, Haïti est maintenant en vie sur respiration artificielle, grâce aux transferts de fonds de la diaspora, en particulier ces dernières années où toute activité commerciale est paralysée par des gangs qui contrôlent près de 90% de la capitale ainsi que toute la région agricole de l’Artibonite, bloquant l’accès aux autres départements, paralysant la libre circulation, kidnappant, massacrant, et provoquant des déplacements forcés de population. Même si par définition la Diaspora vit en dehors d'Haïti, comme dit le dicton haïtien « Chak ayisien gen lonbrit li entere anba on pye bwa an Ayiti ». (Aussi loin qu’il se trouve, le cordon ombilical de chaque Haïtien est enterré sous un arbre en Haïti).
L'Organe de Contrôle de l’Action Gouvernementale (OCAG), prévu dans l'Accord du 3 avril, était censé être l'organisme de surveillance à travers lequel la société civile aurait pu maintenir l’exécutif et la transition sur le bon chemin. Non seulement le Conseil n’a pas créé l’OCAG, mais il a même refusé jusqu’à présent de publier l’Accord du 3 avril qui a lui-même créé et est supposé encadrer le Conseil.
Pour les acteurs haïtiens qui se retrouvent dans la chaudière qu’est Haïti, qui brûlent dans le feu d’une insécurité cataclysmique exacerbée par une instabilité politique et économique chronique, les arbres leur cachent la forêt. C’est la diaspora qui jouit du bénéfice de la distance qui a le recul nécessaire pour conduire une analyse sereine, objective et détachée de la situation.
Nous affirmons donc que la CARICOM doit plaider en faveur de l'inclusion et du renforcement de la société civile organisée et de la diaspora, qui sont les seules entités capables de maintenir la crédibilité de la prochaine conférence nationale souveraine et de la réforme constitutionnelle, étapes obligées pour arriver à l’organisation d’élections transparentes, libres et démocratiques avec un taux de participation raisonnable pour conférer au nouveau pouvoir une légitimité incontestée. Nous tenons à ajouter que quand nous parlons de société civile, nous voulons bien nous référer à la société civile organisée et non à ces sociétés civiles frauduleuses, créées de toutes pièces par les différents pouvoirs politiques en Haïti à chaque fois qu’on veut convaincre l’international de la participation de la société civile.
Une autre entité stipulée par l'Accord du 3 avril est le Conseil National de Sécurité, qui était censé être un organe à travers lequel les Haïtiens se seraient assis sur un pied d'égalité avec la communauté internationale pour discuter des besoin sécuritaires d'Haïti et d'un véritable renforcement de la police et de l'armée nationales, au lieu de l'imposition de diktats qui foulent aux pieds la souveraineté et l'autodétermination d'Haïti. Ajoutant l’affront à la blessure le nouveau gouvernement a nommé un nouveau Chef de police et la MMSS dirigée par les Kenyans a debarqué, pour accoucher d’une situation sécuritaire empirée par des gangs qui ont au fait élargi leur contrôle du territoire. Le peuple Haïtien est un peuple fier, résilient et independant qui ne demande pas la charité, mais de la sécurité pour pouvoir vaquer à ses occupations et vivre comme tout être humain sur la terre. Si la CARICOM s’implique, elle doit se porter garante de la transition de rupture, et jouer son rôle de facilitateur entre les divers secteurs de la vie nationale, ainsi qu’entre la République Dominicaine et Haïti, à bon escient. En tant que représentante de la communauté internationale, la CARICOM doit faire pression sur cette communauté pour mettre fin à l’hypocrisie, à la complicité et au faire semblant, et venir avec des solutions solides et réelles.
La diaspora soutient que l’Accord du 3 avril doit non seulement être publié et appliqué, mais doit également être corrigé et redéfini. En plus d'exiger la démission ou le retrait temporaire des 3 conseillers présidentiels, les 2 membres observateurs sans droit de vote du Conseil présidentiel devraient être investis d'un mandat pour jouer un rôle de vigie, afin de conjurer la corruption au sein du Conseil présidentiel, qui risque de faire basculer cet organe important. En outre, les organisations paysannes sont une composante cruciale de la société civile qui doit être incluse, compte tenu de son importance dans la vie socio-économique du pays.
Haïti, en tant que membre de la famille CARICOM, ne devrait pas être traitée comme un parent pauvre et calamiteux, mais mérite la même fraternité, le même respect, et oui, le même amour, que tous les autres membres de l'organisme régional. Encore une fois, n’acceptez pas pour Haïti quoi que ce soit que vous ne jugeriez pas approprié pour votre propre pays.
Merci de vos efforts.
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Myrtha Désulmé
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Wendy Joel
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