Mise au point
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Nous avons reçu le dimanche 4 août 2024, par messages WhatsApp dont certains assortis de graves menaces sur nos personnes, une note titrée ʺ Afin que nul n’en ignore ʺ dans laquelle nous, signataires de la présente, sommes accusés de ʺ piétiner les acquis de la Faculté de Médecine et de Pharmacie (FMP), accusation ne reposant, à l’analyse du texte, sur aucune preuve factuelle.
Nous aurions pu ignorer cette note car elle n’est ni plus, ni moins qu’un vulgaire tract, ses signataires n’ayant pas eu le courage d’assumer leur opinion et de la signer. Ils ont préféré se retrancher derrière un obscur groupuscule dénommé ʺ Filles et Fils Authentiques de la FMP ʺ et manifestement créé en la circonstance.
Nous avons néanmoins décidé de réagir par la mise au point suivante, non pas dans l’intention de lancer une polémique avec de quelconques anonymes, mais parce que nous sommes convaincus que certains de ceux qui ont participé à sa rédaction, s’il s’agit bien d’étudiants de la Faculté ou encore de futurs postulants au concours de la résidence, ont une compréhension totalement erronée de la problématique actuelle de la résidence hospitalière et ont pu de ce fait avoir été aisément manipulés.
De quoi s’agit-il ? Il existe de fait, depuis plus de 10 ans, comme l’un d’entre nous l’avait déjà signalé dans un article paru dans l’un des numéros du journal ʺ Le Nouvelliste ʺ du mois de juillet 2024 sous le titre ʺ Les vrais problèmes de la résidence hospitalière ʺ, une résidence à double vitesse au sein des centres hospitaliers universitaires affiliés à la FMP, à savoir l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), l’Hôpital universitaire La Paix (HUP), l’Hôpital universitaire Justinien du Cap-Haïtien (HUJ), la Maternité Isaïe Jeanty de Chancerelles (MIJ), le Sanatorium de Port-au-Prince, le Centre de psychiatrie Mars et Kline et l’Hôpital universitaire de Mirebalais (HUM). Nous avons en effet d’un côté une résidence à l’HUM qui répond dans l’ensemble aux standards internationaux en la matière ; et de l’autre, la résidence offerte dans les centres hospitaliers universitaires publics sus-mentionnés qui croule, elle, sous toutes sortes de problèmes et qui à l’évidence ne répond à aucune norme. Citons à titre d’exemples, pour corroborer ces assertions, quelques faits criants :
- L’HUM, dernière résidence en date, a déjà vu trois de ses principaux programmes – ceux de médecine interne, de médecine familiale, de médecine d’urgence – accrédités au plan international. Quelle autorité de la FMP oserait aujourd’hui prétendre que l’institution facultaire est en mesure de soumettre à l’accréditation internationale l’un des programmes de résidence qu’elle coiffe dans l’un ou l’autre des centres hospitaliers universitaires publics qui lui sont affiliés ?
- La durée même de certains programmes ne respecte pas les standards internationaux. La chirurgie et l’orthopédie sont des programmes de 5 ans à l’HUM et de 4 ans dans les autres centres affiliés à la Faculté. L’OBGYN est un programme de 4 ans à l’HUM et de 3 ans dans les autres centres hospitaliers.
- L’encadrement quotidien des résidents des centres hospitaliers publics, en ce qui concerne leur apprentissage pratique, reste extrêmement problématique, pour ne pas dire plus ; il en est de même des modalités de leur évaluation tout au long de leur parcours de résidents.
- Les conditions de vie et de travail qui sont offertes aux résidents dans les centres hospitaliers universitaires publics sont particulièrement exécrables, comparées à celles qui prévalent à l’HUM.
Cette résidence à double vitesse commence dès la phase de recrutement des différentes promotions de résidents puisque la FMP organise d’un côté pour l’HUM un recrutement répondant aux normes d’accréditation internationale des programmes de résidence, avec trois composantes – une évaluation écrite, un examen clinique pratique et une entrevue ; et de l’autre, pour les autres centres hospitaliers publics, un recrutement au rabais, basé uniquement sur un examen écrit classant, le seul facteur limitant de l’accessibilité en résidence étant le nombre de postes disponibles.
Un tel état de fait est-il acceptable ? Est-il normal que la même faculté organise pour le même objectif – le recrutement de résidents en vue d’une formation médicale spécialisée – deux modalités de concours de niveaux différents, l’un répondant aux normes d’accréditation internationale en la matière et l’autre, pas du tout ? Les rédacteurs de la note acceptent-ils ce traitement au rabais, alors que paradoxalement ils se plient aux modalités de recrutement lorsqu’ils postulent pour un poste de résident à l’HUM ?
En tant que responsables de formation des résidents sur le terrain, c’est cette anomalie criante que nous avons voulu corriger sans délai, en proposant une modalité de recrutement des résidents unique pour tous les centres hospitaliers universitaires affiliés à la faculté, car le maintien du statu quo en la matière risque d’impacter sévèrement le processus d’accréditation internationale de la Faculté, déjà fort complexe et extrêmement problématique.. Et comme il convient de niveler par le haut et non par le bas, nous avons opté pour la modalité appliquée par la FMP pour Mirebalais. Il est paradoxal que ceux qui avaient la charge d’organiser les concours d’admission des résidents aussi bien pour l’HUM que pour les autres centres hospitaliers soient ceux qui se sont opposés ouvertement et farouchement par leur comportement et leurs écrits à l’uniformisation des modalités de recrutement des résidents pour tous les centres hospitaliers affiliés à la FMP.
Il va de soi bien entendu qu’une réforme en profondeur de la résidence hospitalière s’avère indispensable et qu’elle devra aborder progressivement les autres aspects essentiels de la problématique mentionnés plus haut.
Il convient de noter que cette proposition a été validée par l’ensemble des Chefs de service des institutions hospitalières concernées, quotidiennement confrontés aux problèmes de la résidence hospitalière ; elle n’a par ailleurs soulevé aucune objection de la part de la DFPSS du MSPP.
Il est par contre absolument faux que nous ayons voulu toucher, contrairement à ce qu’affirment ceux qui s’opposent à tout changement à la Faculté, à certains avantages acquis, notamment en ce qui concerne les priorités accordées aux étudiants issus de la FMP. Bien au contraire, 100% des postes de l’HUEH en effet leur restent réservés ; de plus ils peuvent désormais dans le cadre des changements envisagés, postuler, comme tout médecin diplômé et muni de la licence d’exercer délivré par le MSPP, pour tous les postes mis au concours à l’HUP, alors que jusqu’à présent seulement 1/3 de ces postes leur étaient destinés ; ils peuvent à nouveau concourir pour des postes de l’HUJ, ce qui ne leur avait pas été autorisé lors du dernier concours de 2022-2023.
On peut donc, in fine, se demander de quels acquis de la Faculté de Médecine et de Pharmacie parlent les rédacteurs de la note. Devrait-on comprendre qu’ils considèrent la formation au rabais et la facilité comme des privilèges acquis ? C’est évidemment une vision à court terme qu’ils auront à payer cher demain.
Dr Bernard PIERRE, Doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie
Dr Philippe QUALO, Directeur de formation à la Maternité Isaïe Jeanty
Dr Jean Ardouin LOUIS-CHARLES, Directeur médical du Sanatorium de Port-au-Prince
Dr Jory DÉSIR, Directeur médical et co-responsable de la formation et de la recherche à l’Hôpital universitaire Justinien
Dr Rodolphe MALEBRANCHE, Directeur de la direction de la résidence hospitalière et de la recherche à l’HUEH
Dr Ornella SAINTERANT, Directrice académique à l’Hôpital universitaire de Mirebalais
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