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Réponse à «Proposition pour un travail de synergie au niveau du gouvernement et aussi en guise de canevas pour une feuille de route»

Réponse à «Proposition pour un travail de synergie au niveau du gouvernement et aussi en guise de canevas pour une feuille de route»

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Un très bon exercice!!!

Vraiment intéressant, cette «Proposition pour un travail de synergie au niveau du gouvernement et aussi en guise de canevas pour une feuille de route» de Me Yves LAFORTUNE.

J’ai lu ce texte avec très grand intérêt puisque le contenu traite d’un dossier très familier au niveau du Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE). Il s’agit du Plan Stratégique de Développement d’Haïti, couramment appelé PSDH. L’effort d’analyse et de conceptualisation autour de ce plan de développement est très pertinent. Cependant, j’ai décidé d’apporter un enrichissement à ce raisonnement.

D’emblée, je dirai que le PSDH a été validé par l’Etat mais non suivi par les autorités d’après PREVAL, misant de préférence pour une gestion de l’Etat à coup de slogan: les «5 E» ou encore la «Caravane du Changement». Cette vision du PSDH de faire d’Haïti un pays émergent d’ici 2032 fut un vœu pieux car, « le bilan mitigé de la première année de mise en œuvre du PTI 2014-2016 est à mettre au compte de l’instabilité politique qui a eu comme conséquences des modifications dans les priorités gouvernementales. De nouveaux projets sans liens directs avec les objectifs visés dans le PTI 2014-2016 ont été financés en dépit du fait qu’aucun document de faisabilité ni d’exécution n’avait été au préalable élaboré, analysé, validé par les autorités gouvernementales compétentes. Il n’a donc pas été facile de produire des bilans de ces projets en raison de l’absence de documents, de plans opérationnels et de la difficulté dans un tel contexte à produire des rapports de suivi et d’évaluation » [1]

Il est certes vrai que l'instabillité politique et l’absence de continuité de la chose publique constituent des indicateurs clés dans l’inefficacité du PSDH. Mais, avec un peu de recul, j’estime que le contexte actuel exige une toute autre approche du PSDH puisque nous sommes en période transitoire. Il faut donc l’adapter pour faciliter l’émergence d’un PSDH 2.

Les quatre grands pôles ou chantiers de développement évoqués dans l’article demeure valables à la seule difference que le pilier TERRITORIAL doit être mis au premier plan pour contenir les trois autres pôles ou chantiers. L’idée serait d’avoir un seul grand chantier au sein duquel graviteraient les pôles Économique, Social et Institutionnel.

Contrairement aux idées véhiculées, même au niveau du MPCE, l’aménagement du territoire comme volet spatial de la planification du développement ne se résume pas à une simple question d’aménagement physique. Il est plutôt ce Cadre Intégrateur par excellence de toutes les activités sociales, économiques, institutionnelles, infrastructurelles. Il est concerné par tous les domaines du développement national (économique, social et culturel) au niveau de tous les territoires urbains et ruraux. A ce titre, il est de par sa nature, unitaire, global, intégré et prospective.

En clair, on ne peut plus se permettre de poser le problème du développement d’Haïti aujourd’hui sans chercher à maîtriser l’espace territorial. Aujourd’hui, toutes mesures ou actions raisonnées devraient être posées conformément à un couplage de nouveaux paramètres comme, les failles sismiques, les ressources minières, les potentialités des sols, la gangstérisation de l’espace, les risques et désastres.

Par exemple, ce que tous les haïtiens observent avec émoi actuellement dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince n’est rien d’autre qu’une conséquence directe de la négation des principes de l’aménagement du territoire par les autorités gouvernementales. Pour les esprits avisés en aménagement du territoire, cet état de fait était prévisible. Assiégée au quatre points cardinaux par des bidonvilles tant en hauteur (Canaan au nord, Morne l’Hôpital au sud, Jalousie à l’ouest) que sur le littoral (village de Dieu à l’est etc.) et dans lesquelles prolifèrent des gangs armés, Port-au-Prince était vouée à un triste sort.[2]

Cette capitale, en retour, est devenue une victime de ses propres privilèges par le fait qu’elle a attiré durant les cinquante dernières années des millions de migrants à la recherche de meilleures conditions de vie sans aucune mesure urbanistique appropriée pour les recevoir. A noter qu’on observe l’effet inverse actuellement sous le coup des gangs armés: un exode urbain sans aucune mesure de développement rural appropriée.

Peut on continuer à implanter des zones franches sur des terres agricoles denses comme ce fut le cas à Ouanaminthe pour le Parc industriel de Caracol avec des incidences graves sur l’environnement? Peut-on continuer à laisser la population s’implanter n’importe où? Peut-on continuer à définir des programmes et projets sans de véritables «Politiques publiques»? Comment aborder la problématique du monde rural? Comment rendre l’agriculture haïtienne plus innovante et compétitive? Peut-on continuer à parler de développement d’Haïti sans une idéologie nationale du développement?

Au final, revenir à la loi sur la régionalisation et l’aménagement du territoire de 1982 avec les quatre grandes régions constitue le meilleur exercice de planification du développement pour le PSDH 2 et pour les autorités gouvernementales.

Chaque région devrait être dotée d’infrastructures, de services de base, de mécanismes institutionnels et financiers devant assurer une certaine autonomie et prise en charge des actions gouvernementales pour cet échelon territorial. Par exemple, à l’Instar de Port-au-Prince, il serait loisible de compter, un hôpital général régional, une direction régionale de l’environnement, une direction générale régionale des services sociaux de base, un centre régional des équipements (CRE), un dépôt régional de réserves et d’approvisionnement stratégique en cas de catastrophes naturelles, un centre régional de gestion des risques et désastres, etc.

Ces mêmes infrastructures et services seraient dupliqués au niveau des Arrondissements de la Région aux fins de supporter la décentralisation et le renforcement des Collectivités Territoriales de Communes et de sections communales. Obligatoirement, tous les contraintes spatiales (zones enclavés, localités inaccessibles, faiblesses et ou absences de services sociaux de base etc.) auraient été prises en comptes à travers un Programme d’Investissement Public Régional (PIPR) en lien avec des politiques publiques y relatives.

L’aménagement du territoire peut être perçu ici comme un véritable «Projet de Société» et non pas comme une nébuleuse transversale. Il dépasse toutes les approches et stratégies de développement sectorielles et partielles utilisées ou envisagées. Comme volet spatial de la planification, l’aménagement du territoire vise le développement harmonieux des régions et des localités en fonction de leurs spécificités en vue d’offrir à chacun un cadre de vie et d’activités propres à son épanouissement en tant qu’homme, acteur social et producteur de biens matériels et immatériels concourant à la prospérité économique ainsi qu’à la paix sociale de la nation.

 

Marie Florance JEAN PIERRE

MAP, Anthropologue, Juriste

 

[1] Ministère de la Planification et de la Coopération Externe, PSDH : Mise en œuvre du Plan Stratégique de Développement d’Haïti, rapport d’exécution de la deuxième année du Plan Triennal d’Investissement (PTI) 2014-2016, juin 2016, p12

www.juno7.ht/gangsterisation-de-lespace-ou-l-defi-du-xxieme-siecle/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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