Pour repenser la diplomatie haïtienne
Écouter l'article
Madame Dominique DUPUY et Monsieur Ricarson DORCE ont déjà fait leurs preuves à l’UNESCO en inscrivant la « soupe joumou » et en proposant le genre musical populaire haïtien, le compas, comme patrimoine immatériel mondial de l’humanité. À eux deux, dans une union fusionnelle et dans une collaboration franche et sincère, ils ont réussi à attirer le regard du monde entier sur le patrimoine historique, culturel et naturel haïtien.
Aujourd’hui, ils travaillent ensemble au Ministère des Affaires étrangères et des Cultes, elle comme ministre et lui comme chef de cabinet. Une nomination que toutes les couches sociales saluent avec véhémence, dans la mesure où ces deux jeunes apportent de l’espoir et du changement partout où ils passent.
En fait, tout en saluant la récente mesure de Madame DUPUY visant à encourager une plus grande représentation féminine dans les missions diplomatiques haïtiennes, je profite de l’occasion pour attirer son attention sur des pistes explorables mais inexplorées dans la diplomatie haïtienne.
D’une part, les interrogations sur l’existence d’une politique étrangère haïtienne sont légion. À cet égard, beaucoup se demandent quelles sont les orientations stratégiques d’Haïti vis-à-vis d’autres États et quelle est la nature de la diplomatie haïtienne.
D’autre part, il devient un truisme de croire que la culture reste l’un des domaines qui ne s’est pas tu en Haïti. En ce sens, si Haïti est encore debout, c’est grâce à sa culture.
Par rapport à ce double constat, je propose deux choses: la diplomatie du bambou et le déclenchement de la machine diplomatique culturelle haïtienne.
Haïti, pays où la négritude se mit debout pour la première fois, pour parler comme Aimé Césaire, et pays qui a inventé la liberté puis concrétisé les droits humains, n’a jamais su, depuis 1804, définir une politique étrangère à la hauteur de son histoire. Notre pays a toujours été à l’écoute et sous la tutelle de ceux-là même qui l’ont maintenu dans la pauvreté. Le glas est enfin sonné pour mieux orienter la politique étrangère haïtienne. Pour l’heure, la diplomatie du « bambou » serait la voie royale vers une meilleure politique étrangère pour Haïti.
C’est quoi la diplomatie du « bambou »? La diplomatie du « bambou » est la stratégie utilisée par le Vietnam en menant une politique extérieure flexible et en créant un environnement favorable à la préservation de son indépendance, de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, mais aussi à son développement socioéconomique et à son affirmation sur la scène internationale. La diplomatie du « bambou » est surtout une démarche consistant à développer des relations diplomatiques et commerciales avec tous les pôles de puissance dans le monde (multipolaire) dans les intérêts nationaux les plus larges.
Si les nouveaux dirigeants de notre pays décident de choisir cette voie diplomatique, Haïti pourrait développer ou renouer des liens diplomatiques avec des pôles de puissance en Afrique, en Amérique latine, en Asie ou en Europe de l’Est. Le choix de cette nouvelle voie lui permettra de relancer son économie et de mieux fixer sa politique extérieure.
D’autre part, comme je l’ai dit ci-devant, si la politique s’est tue depuis longtemps en Haïti et l’économie est frappée d’asphyxie, la culture reste le rare domaine qui fait que notre pays ne se met pas en veilleuse. Fort de tout ce que la chancelière et son chef de cabinet ont réalisé à l’UNESCO, ils peuvent œuvrer à déclencher la machine diplomatique culturelle haïtienne. En ce sens, en développant des partenariats culturels avec d’autres pays dans différentes régions du monde, ils peuvent mettre sur pied des alliances haïtiennes en Asie, en Afrique, en Europe et en Amérique latine, voire placer des instituts haïtiens partout dans le monde. Une telle initiative aura de ceci de particulier de travailler le « soft power » haïtien et de promouvoir la culture haïtienne dans le monde. Ce qui, à coup sûr, aura des retombées économiques positives.
Après tout, comme le soutenait Milan Kundera, la culture, n’est-elle pas la mémoire du peuple, la conscience collective de la continuité historique, le mode de penser et de vivre? Ou encore, comme le disait un proverbe africain, la culture n’est-elle pas la possibilité de créer, de renouveler et de partager des valeurs, le souffle qui accroît la vitalité de l’humanité ?
Si le vent souffle encore fort dans le pays, nombreux sont ceux qui restent persuadés que ces deux jeunes, dans l’espace d’un cillement, peuvent révolutionner la diplomatie haïtienne.
Qu’ils choisissent non l’honneur, mais la gloire de l’histoire !
Caleb Mac Bernard DORCE
Philosophe
Spécialiste de la mondialisation et des modernités alternatives
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.